Rechercher sur Ifri.org

À propos de l'Ifri

Recherches fréquentes

Suggestions

Désigne, détruit, domine : la dronisation massive des opérations comme potentielle révolution militaire

Notes
|
Date de publication
|
Image de couverture de la publication
Note dronisation massive, Vincent Tourret, juin 2025.
Accroche

La dronisation observée en Ukraine, par l’ampleur des flottes engagées et son omniprésence dans les opérations des deux belligérants, semble réunir les conditions d’une véritable révolution militaire.

Image principale
Drone en vol dirigé par un soldat
Drone en vol dirigé par un soldat
Parilov/Shutterstock.com
Table des matières
Table des matières
body
La dronisation ne peut être réduite à une innovation technique ou à une gamme spécifique d’appareils. Elle s’impose comme un principe de transformation comparable à la motorisation et mécanisation du siècle passé. Elle s’incarne dans l’évolution des appareils en objets consommables et adaptatifs, dans l’avènement d’une « guerre participative », dans la conduite des opérations, qui évolue vers un « combat multi-feux, multi-champs ».

Pour le modèle de force européen, l’exemple ukrainien devrait conduire à établir l’écosystème numérique, industriel et humain capable d’accompagner la dronisation : constituer un système d’information et d’aide à la décision unifié, développer une « culture drone » dans les forces armées et cibler à court terme le « segment haut » de la dronisation, soit les capacités de frappe en profondeur. 

Entrant dans sa troisième année, l’invasion russe de l’Ukraine est le théâtre d’une dronisation massive des opérations. Le phénomène est sans précédent, tant d’un point de vue quantitatif avec désormais plusieurs millions d’appareils produits et détruits chaque année, que par son influence sur la cinématique des opérations et la structure des forces. À titre d’indication, le conflit le plus « dronisé » avant 2022 est la guerre pour le Haut-Karabagh. Dans celui-ci, les pertes infligées par les drones sont de l’ordre de 45 % du total des blindés, véhicules, pièces d’artillerie et batteries antiaériennes. En Ukraine, en 2025, 60 à 70 % des pertes toutes catégories confondues sont la résultante de frappe de drone.

Pour les deux belligérants, les drones se sont ainsi imposés comme les capteurs, relais et effecteurs majeurs des hostilités. Ils constituent le système nerveux robotisé et de plus en plus automatisé qui conditionne l’application de leurs feux et la coordination de leurs mouvements, tous milieux et champs confondus. Véritables chimères techniques aéroterrestres, les drones servent en effet à la fois de jumelles, de grenades et de mortier pour l’infanterie qui s’empresse de les reconfigurer en permanence pour s’adapter au plus près de leur adversaire. Ils s’imposent également dans le combat de contre-batterie, la reconnaissance en profondeur et l’interdiction du champ de bataille qui constituaient jusqu’ici le cœur de métier de l’aviation légère. Dans la profondeur stratégique, ils renouvellent les méthodes de pénétration des défenses anti-aériennes et matérialisent, par une massification à moindre coût, les schémas de salves manœuvrantes contre les cibles jugées critiques, économiques et politiques, de l’effort de guerre des belligérants. Plus fondamentalement, ce sont enfin les drones qui permettent aux armées ukrainienne et russe de maintenir leur cohérence et leur combattivité dans une situation d’attrition extrême de leurs effectifs et matériels lourds. Ils leur prodiguent l’élément de choc nécessaire dans leurs poussées offensives et leur garantissent une force d’arrêt suffisante pour maintenir ou réoccuper leurs positions. Les drones saturent ainsi les premières lignes à la manière d’une mitraille permanente ou d’un bouclier réactif contre les pénétrations adverses. Ils s’infiltrent et rôdent dans les arrières pour mener la chasse aux appuis-feux et soutiens logistiques, incarnant une menace permanente pour toutes rotations de troupes et de matériels. Ils opèrent enfin des raids à longue portée contre les infrastructures et les concentrations de troupes.

Contrairement à l’image d’un front continu de 1 000 kilomètres (km) allant de Kharkiv à Kherson, la guerre de position qui s’est imposée en Ukraine depuis l’automne 2022 est, aux échelons tactique et opérationnel, profondément lacunaire et fluide. Pour survivre sur un champ de bataille saturé de capteurs et en puissance de feu, les forces en présence se sont démécanisées et dispersées. Selon les Russes, « en défense, 10 hommes maximum […] peuvent retenir l’avancée d’un ennemi supérieur, parfois jusqu’à l’équivalent d’une compagnie renforcée ». « Les opérations à grande échelle mettant en œuvre des bataillons et des régiments » sont rendues prohibitives par l’impératif d’assurer un « soutien complet et global » en matière de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR) sur toute la profondeur défensive adverse, mais aussi de guerre électronique (GE), de défense sol-air (DSA), et d’appui-feux par l’artillerie, l’aviation ou des drones de frappe. Cette complexité confère ainsi aux opérations le caractère d’une progression méthodique et saccadée, proche dans son esprit de la « bataille conduite » de la fin du premier conflit mondial. Chaque poussée requiert des efforts de préparation et de coordination qui s’avèrent insoutenables à plus large échelle ou sur la durée pour les organisations traditionnelles. En conséquence, l’introduction des forces s’apparente à la menée d’incursions ou de raids limités. L’infanterie en est réduite à s’infiltrer par petits groupes et, comme le décrit un officier russe, à monter à l’assaut « à cheval » sur des véhicules sans protection mais rapides.

L’échelonnement des feux et des capteurs robotisés, dronisés, automatisés remplace ainsi celui des forces, devenu insoutenable humainement et matériellement pour deux États post-industriels. La dronisation aboutit à former un véritable maillage et tuilage « multi-feux, multi-champs » extrêmement résilient et adaptatif qui enserre les actions des deux belligérants et accapare leur attention.

Des bouleversements d’une telle ampleur imposent par conséquent de trancher cette question : la dronisation incarne-t-elle une révolution militaire ? En revenant d’abord sur les critères d’un tel concept, l’analyse portera sur ses caractéristiques et implications, au niveau des appareils, des systèmes de production puis dans la conduite des opérations.

Téléchargez l'analyse complète

Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.

Désigne, détruit, domine : la dronisation massive des opérations comme potentielle révolution militaire

Decoration
Auteur(s)
Image principale
Un soldat contemplant un coucher de soleil sur un véhicule blindé de combat d’infanterie
Centre des études de sécurité
Accroche centre

Héritier d’une tradition remontant à la fondation de l’Ifri, le Centre des études de sécurité de l'Ifri fournit aux décideurs publics et privés ainsi qu’au grand public les clefs de compréhension des rapports de force et des modes de conflictualité contemporains et à venir. Par son positionnement à la jointure du politique et de l’opérationnel, la crédibilité de son équipe civilo-militaire et la diffusion large de ses publications en français et en anglais, le Centre des études de sécurité constitue dans le paysage français des think tanks un pôle unique de recherche et d’influence sur le débat de défense national et international.

Image principale

La Bundeswehr : du changement d’époque (Zeitenwende) à la rupture historique (Epochenbruch)

Date de publication
25 février 2026
Accroche

La Zeitenwende (« changement d’époque ») annoncée par Olaf Scholz le 27 février 2022 passe à la vitesse supérieure. Soutenues financièrement par la réforme constitutionnelle du « frein à la dette » de mars 2025 et cautionnées par un large consensus politique et sociétal en faveur du renforcement et de la modernisation de la Bundeswehr, les capacités militaires de l’Allemagne devraient augmenter rapidement au cours des prochaines années. Appelée à jouer un rôle central dans la défense du continent européen sur fond de relations transatlantiques en plein bouleversement, la position allemande en matière politique et militaire traverse une profonde mutation.

Johanna MÖHRING
Image principale

Financer le réarmement de l’Europe FED, EDIP, SAFE : les instruments budgétaires de l’Union européenne

Date de publication
19 février 2026
Accroche

Lors d’un séminaire de travail organisé début novembre 2025 à Bruxelles et rassemblant des agents de l’Union européenne (UE) et des représentants civilo-militaires des États membres, un diplomate expérimenté prend la parole : « Honestly, I am lost with all these acronyms » ; une autre complète : « The European Union machine is even complex for those who follow it. »

Samuel B. H. FAURE
Image principale

Cartographier la guerre TechMil. Huit leçons tirées du champ de bataille ukrainien

Date de publication
12 février 2026
Accroche

Ce rapport retrace l'évolution des technologies clés qui ont émergé ou se sont développées au cours des quatre dernières années de la guerre en Ukraine. Son objectif est d'analyser les enseignements que l'OTAN pourrait en tirer pour renforcer ses capacités défensives et se préparer à une guerre moderne, de grande envergure et de nature conventionnelle.

Élie TENENBAUM Bohdan KOSTIUK Daryna-Maryna PATIUK Anastasya SHAPOCHKINA
Image principale

L'Europe face au tournant de la DefTech. Repenser l'écosystème européen d'innovation de défense

Date de publication
16 février 2026
Accroche

« La façon dont je vois Iron Dome, c’est l’expression ultime de ce que sera le rôle des États-Unis dans les conflits futurs : non pas être les gendarmes du monde, mais en être l’armurerie », estimait en novembre 2023 Palmer Luckey, le fondateur d’Anduril, l’une des entreprises les plus en vue de la DefTech. L’ambition est claire : participer au réarmement mondial en capitalisant sur la qualité des innovations américaines et dominer le marché de l’armement, au moins occidental, par la maîtrise technologique.

Alexandre PAPAEMMANUEL Laure de ROUCY-ROCHEGONDE
Crédits image de la page
Note dronisation massive, Vincent Tourret, juin 2025.
Drone en vol dirigé par un soldat
Parilov/Shutterstock.com

Comment citer cette étude ?

Image de couverture de la publication
Note dronisation massive, Vincent Tourret, juin 2025.
Désigne, détruit, domine : la dronisation massive des opérations comme potentielle révolution militaire , de L'Ifri par
Copier
Image de couverture de la publication
Note dronisation massive, Vincent Tourret, juin 2025.

Désigne, détruit, domine : la dronisation massive des opérations comme potentielle révolution militaire