Repenser la fonction « Protection – Résilience ». Un nécessaire changement de paradigme face à un environnement qui se durcit
La France comme les autres pays européens est confrontée de manière directe, tout particulièrement depuis le début de la guerre en Ukraine, à une stratégie hybride de déstabilisation mise en œuvre par la Russie. Cette stratégie se matérialise dans l’ensemble des champs et des milieux possibles d’affrontement et a pour objectif, outre de saper le soutien occidental à l’Ukraine, d’affaiblir les pays européens avec lesquels la Russie se perçoit dans une confrontation systémique de long terme.
Cet emploi décomplexé d’actions déstabilisatrices, par la Russie mais pas exclusivement, qui se matérialise concrètement dans l’espace national appelle une réflexion sur la manière de s’en protéger. Cette réflexion vient naturellement questionner la fonction stratégique « Protection – Résilience », dont l’enjeu est par essence la défense des intérêts nationaux sous le seuil de la dissuasion nucléaire.
Cette fonction stratégique, dans sa forme actuelle et moderne, est le fruit d’un long processus de maturation sur les quatre-vingts dernières années, les dernières décennies ayant été significativement marquées par le terrorisme. A contrario, la menace étatique contre le territoire national a semblé une perspective moins actuelle et pressante que le reste des priorités stratégiques pour la France.
Le nouveau contexte géostratégique et le retour de la guerre en Europe viennent remettre en question le paradigme du territoire national préservé de la confrontation entre États. Pour autant, les fondements établis pour la protection des activités critiques sur le territoire national, nourris par plus de vingt ans de menace terroriste, apparaissent comme solides mais méritent néanmoins d’être reconsidérés pour mieux faire face à une menace étatique, composite, dirigée et organisée, qui s’inscrit dans le long terme. Par ailleurs, les développements technologiques, tels que les armes low cost ou l’intelligence artificielle, démultiplient la capacité de nuisance potentielle des acteurs malveillants et demandent à être pris en compte.
Au-delà, le nouveau contexte incite à repenser notre approche de la protection et de la résilience du territoire national. Alors que ce dernier revient au centre du jeu dans un espace stratégique contesté entre États et marqué par un néo-impérialisme débridé, il nous revient de déterminer les moyens et les fins auxquels que nous sommes prêts à consentir pour en assurer la protection, et ce tant en termes de ressources que sur le plan éthique ou sociétal.
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