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Les F-35 belges au coeur d'une "illusion" de protection nucléaire entretenue par les Etats-Unis : "On peut presque parler de racket"

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interrogés par Noé Spies dans

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Les F-35 sont bien là, les bombes nucléaires aussi, mais la doctrine qui devait les encadrer prend des airs de piste trouée. En gommant la dissuasion élargie de son plan de vol, les Etats-Unis laissent l’Europe sous une protection nucléaire… effritée. La dépendance, elle, est toujours très solide.

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Les F-35 belges au coeur d’une «illusion» de protection nucléaire entretenue par les Etats-Unis: «On peut presque parler de racket», Ifri
Décollage d'un F-35
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Il pourrait s’appeler le « Groupe des cinq ». Tacite, presque sélect, ce cercle restreint, aux airs plus officieux qu’officiels, regroupe les seuls pays européens à abriter la bombe nucléaire américaine sur leur sol. La Belgique fait partie des heureux (?) élus aux côtés de l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Turquie. Le Royaume-Uni s’affiche comme un potentiel sixième hôte non confirmé.

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Pions historiques pour la projection de puissance des États-Unis, sanctuarisation nucléaire pour les alliés face à la menace russe, cette assurance-vie de l'Europe, pérenne depuis des décennies, est désormais sérieusement bousculée par la politique hostile du président américain Donald Trump. Le principe-même de la dissuasion nucléaire américaine élargie est-il encore valide ?

Dissuasion nucléaire élargie américaine : une absence qui interroge

Pour tenter d’y répondre, le plan américain de défense pour 2026 (le National Defense Strategy, ou NDS), tout récemment publié, délivre quelques indications… et laisse un trou béant. Depuis le début des années 2000, les Etats-Unis s’appliquaient en effet à préciser leur posture nucléaire, dont les affaires de dissuasion élargie font partie intégrante, dans le Nuclear Posture Review (NPR). Démarche que l’administration Trump a placardisée, affirmant que les éléments relatifs au nucléaire figureraient désormais dans le NDS. « Or, dans ce dernier, le seul paragraphe qui évoque le nucléaire est très court, à peine cinq lignes, sans aucune référence à la dissuasion élargie », s’étonne l’amiral français Jean Louis Lozier (2S), expert de la question nucléaire.

Citations Auteurs

D'après Jean Louis Lozier : « On observe un clair effritement de la solidité de la dissuasion élargie américaine, par rapport à ce qu’elle représentait depuis les années 1950. »

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Comment interpréter cette (double) absence de taille ? Tout simplement comme une rupture des normes établies, selon l’ancien haut gradé de la marine hexagonale. « La dissuasion nucléaire américaine est traditionnellement incarnée par une politique déclaratoire, rappelle-t-il, au sein de laquelle l’élargissement de son effectivité en faveur de l’Europe est détaillé en long et en large ».

L’exercice, pour le pays détenteur de la bombe, servait non seulement à démontrer sa crédibilité à l’égard de ses ennemis potentiels, mais aussi d’assurer sa fiabilité envers ses alliés. Ce nouveau défaut, d’après Jean-Louis Lozier, « signifie un clair effritement de la solidité de la dissuasion élargie américaine, par rapport à ce qu’elle représentait depuis les années 1950. Pour autant, elle n’est ni mentionnée, ni démentie, donc toujours supposément effective ».

Dissuasion nucléaire : les Etats-Unis veulent-ils encore assumer les conséquences ?

Toujours est-il que la conséquence ultime de la dissuasion élargie n’est pas une mince affaire, rappelle Héloïse Fayet, chercheuse à l’Institut français des relations internationales (Ifri) et spécialiste de la dissuasion nucléaire. Elle réside en effet « dans l’acceptation, par les Etats-Unis, de possibles frappes de représailles sur leur territoire ». Une condition, voire une concession qui, au vu des tensions transatlantiques actuelles et du mépris dégagé par Trump envers l’Europe, n’est pas garantie.

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Découpage d’intérêts

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En parallèle, si certaines politiques européennes ne sont pas jugées favorables aux Etats-Unis, tel que c’est déjà le cas actuellement, « quelles seraient encore les chances de voir le parapluie nucléaire américain en action ? », pose l’amiral Jean-Louis Lozier.

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D’autres indices vont dans le sens d’un effritement. De fait, (et même si l’assertion paraît paradoxale), la dissuasion nucléaire élargie est également assurée par le déploiement de forces militaires… conventionnelles. « Or, une potentielle réduction des troupes américaines en Europe revient régulièrement dans les discussions au Pentagone », souligne Héloïse Fayet, qui voit là le « signe d’un désinvestissement plus global des Etats-Unis en Europe, et d’un changement de nature de leur présence moins militaire, plus idéologique ».

F-35 et bombes nucléaires: qui en profite vraiment ?

Sur le plan stratégique, les Etats-Unis « gagnent toujours à maintenir leurs ogives nucléaires en Europe, pour un coût marginal », juge la chercheuse. Cette répartition « sert évidemment à vendre des F-35 (les seuls avions compatibles avec la B61), à faire contribuer financièrement les pays alliés (qui entretiennent les installations), mais aussi à freiner leurs potentielles envies de prolifération », énonce-t-elle. L’idée de développer l’arme nucléaire « émerge en effet dans le débat public de certains pays européens (Allemagne, Danemark, Suède) ». Ainsi, selon Héloïse Fayet, si le choix stratégique du F-35 peut se comprendre, « il est aussi une sorte de mal nécessaire lorsqu’on parle de dissuasion nucléaire élargie ».

Citations Auteurs

Selon Héloïse Fayet : « Les bombes nucléaires américaines en Europe servent à vendre des F-35, à faire contribuer les pays alliés, mais aussi à freiner leurs potentielles envies de prolifération. »

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Noé Spies

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Héloïse FAYET

Héloïse FAYET

Intitulé du poste

Chercheuse, responsable du programme dissuasion et prolifération, Centre des études de sécurité de l'Ifri

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Jean-Louis LOZIER

Intitulé du poste

Conseiller, Centre des études de sécurité de l'Ifri

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Décollage d'un F-35
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