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Khamenei assassiné, Maduro capturé... Vers une banalisation des neutralisations de chefs d’État ?

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interrogé par Adrien Bez pour

  Le Figaro 

 
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En moins de 100 jours, devant une communauté internationale stupéfaite, Washington a décapité deux de ses principaux régimes ennemis. Une pratique aux conséquences vertigineuses si elle tendait à se banaliser.

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Khamenei assassiné , Maduro capturé ... Vers une banalisation des neutralisations de chefs d’État ?
Donald Trump avant son allocution sur l'énergie au port de Corpus Christi, au Texas - février 2026
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Le 28 février 2026 pourrait entrer dans l’histoire comme un jour de bascule. Celui où s’est produit un fait rare, et dont la portée dépasse le seul déclenchement d’une guerre au Moyen-Orient à l’issue encore incertaine : l’assassinat d’un dirigeant étranger en fonction par une armée adverse. En tuant le guide suprême iranien Ali Khamenei, alertait le média américain Vox quelques heures après les frappes, Israël et les États-Unis se sont livrés à une « tactique d’escalade spectaculaire » qui, « si elle venait à se banaliser », pourrait avoir des « conséquences potentiellement graves pour l’ensemble des pays du monde ». 

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À notre époque moderne, la pratique a presque un côté anachronique dans la mesure où, en temps de guerre, les dirigeants ne sont plus autant exposés que par le passé.

Qui imagine  Vladimir Poutine , Donald Trump ou Benyamin Netanyahou marcher au-devant de leurs armées comme Richard III, dernier roi d’Angleterre de la maison d’York, tombé au combat en 1485 lors de la bataille de Bosworth ? De nos jours, « à partir du moment où on est dans une logique de guerre, ils se cachent, prennent une protection rapprochée, si bien qu’il est très difficile de savoir précisément où ils se trouvent », souligne auprès du Figaro l’historien Stéphane Audrand, chercheur associé au Centre des études de sécurité de l’Ifri.

Des missiles capables de frapper « une table à manger » à « plus de 1000 kilomètres »

La vraie nouveauté est technologique : il est désormais courant de localiser et d’abattre l’ennemi à des milliers de kilomètres de distance avec des frappes d’une précision redoutable. Voici qui nourrit, en partie, la crainte d’une généralisation des neutralisations de dirigeants au 21e siècle. Stéphane Audrand note ainsi, dans le cas de l’enlèvement de Nicolas Maduro, le « différentiel gigantesque de puissance brute et de savoir-faire militaire entre le Venezuela et les États-Unis, qui sont parvenus à rassembler un renseignement colossal, renforcé par l’IA ». 

Les secteurs de la tech et de la défense avancent désormais main dans la main : le logiciel d’analyse de données de la start-up  Palantir , Maven, a été massivement utilisé dans l’offensive contre l’Iran, de même que l’intelligence artificielle d’Anthropic. Le missile Sparrow, responsable de la mort d’Ali Khamenei, est « capable de frapper une cible aussi petite qu’une table à manger à une distance de plus de 1000 kilomètres », selon le Financial Times. Reste qu’une telle capacité « n’est pas donnée à tous les pays », nuance Stéphane Audrand. « La Russie, par exemple, a essayé d’éliminer Zelensky plusieurs fois au début de la guerre, sans y parvenir. » 

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« Il y a un glissement clair depuis le 11 septembre 2001 avec, au nom de la lutte contre le terrorisme, la pratique de certaines méthodes de torture contraires au droit international. C’est dangereux, parce que des États comme Israël leur emboîtent le pas », observe Julia Grignon. Stéphane Audrand abonde : « Ils ont basculé vers une conception où leurs adversaires ne sont pas vraiment légitimes, ce qui justifie de les traquer et de les tuer, sans aucune forme de procès. »

L’Europe sera « rayée de la carte » si Poutine est assassiné

[...] La loi ne sera toutefois pas, dans le futur, le seul frein aux éliminations ciblées. Se pose aussi cette question stratégique et militaire cruciale : est-ce une bonne idée ? « Avant que les États-Unis ne basculent, les démocraties occidentales y avaient de moins en moins recours, parce que ce n’est pas si utile que ça. Le plus souvent, ça ne suscite pas un découragement chez l’ennemi, mais une radicalisation », analyse Stéphane Audrand. Est-il opportun, par exemple, d’éliminer Vladimir Poutine, alors que l’idéologue russe Sergueï Karaganov  a prévenu dans un podcast  que si cela advenait, « l’Europe serait rayée de la carte de l’humanité » ? En Iran, les États-Unis entendaient provoquer un changement de régime. Ce n’est toujours pas le cas. 

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> Retrouvez l'article en intégralité sur le site du Figaro
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Adrien Bez

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Stéphane Audrand

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Chercheur associé, Centre des études de sécurité de l'Ifri

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