Enfin sincère ? L'actualisation de la Loi de programmation militaire à l'épreuve des défis stratégiques et capactaires
Présentée le 8 avril 2026, l’actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 constitue un jalon important de la trajectoire d’évolution des armées françaises. Elle survient dans un contexte économique incertain, marqué par le retour de l’inflation énergétique après deux années d’adoption chaotique des lois de finance, un déficit qui se creuse, et un exécutif en fin de second mandat présidentiel. Pour toutes ces raisons, elle ne pouvait avoir que des ambitions limitées. C’est à l’aune de cette double limite économique et politique qu’il faut donc l’évaluer.
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Points clés
L’actualisation de la LPM permet enfin de sincériser le format des armées françaises. Les nouvelles marches budgétaires financeront tout juste le format qui a été voté en 2023, mais qui était sous-financé, laissant peu de marges pour une évolution du modèle.
Le cadre législatif est ambitieux et traduit une prise de conscience des enjeux, avec des dispositions inédites sur la mobilisation économique et sociétale.
L’annexe capacitaire reflète le modèle d’armée issue de l’après-guerre froide : il répond, avec des années de retard, aux besoins d’une crise majeure plus qu’à celui d’une guerre de haute intensité.
Une désynchronisation apparaît entre la Revue nationale stratégique, qui entrevoit un risque de guerre majeure dès 2030, et l’horizon capacitaire, qui ne donne sa pleine mesure qu’à partir de 2035.
Le doublement du budget en dix ans (2017-2027) ne doit pas tromper sur l’évolution de l’effort de défense (de 1,8% du PIB en 2017 à 2,5% en 2030), dans la moyenne européenne et derrière l’Allemagne.
C’est à l’aune de cette double limite économique et politique qu’il faut donc évaluer la LPM.
Le document fait preuve de volontarisme et son volet législatif et réglementaire montre la prise de conscience d’une dégradation accélérée du contexte stratégique européen. Sur le plan physico-financier, cette actualisation donne au pays, peut-être pour la première fois en trente ans, les moyens de payer le modèle d’armée qu’il s’est choisi au sortir de la guerre froide. Le format actuel des armées, largement issu des ambitions capacitaires des années 1990, a constamment été sous-financé et a dû vivre sur les acquis matériels et humains du passé.
La trajectoire de redressement, amorcée par l’actualisation de 2015 et consolidée par les LPM 2019-2025 et 2024-2030, porte ses fruits, mais ne doit pas tromper l’observateur : si le modèle d’armée « complet et équilibré » est enfin financé à la mesure de ses ambitions, le format, lui, n’est pas toujours au niveau des menaces et plus largement de l’environnement. Pourtant, la Revue nationale stratégique (RNS) parue en 2025 prévoit comme hypothèse de travail le « risque particulièrement élevé d’une guerre majeure de haute intensité en dehors du territoire national en Europe, qui impliquerait la France et ses alliés […] à l’horizon 2030, et verrait notre territoire visé en même temps par des actions hybrides massives ».
Nonobstant ce pronostic, l’actualisation de la LPM conserve pour l’essentiel le modèle du « temps de crise » des années d’après-guerre froide, visant une consolidation à l’horizon 2035 et tentant de ne pas faire d’impasse radicale mais sans jamais parvenir à dépasser la juste (in)suffisance dans aucun sujet. Par ailleurs, la mécanique d’acquisition par programmes longs est largement préservée et les limites industrielles du réarmement ne sont pas franchies.
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