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De la dignité des robots : Quand leur mésusage banalise le crime

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article paru dans la revue

  Études 

 
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Les plateformes qui proposent des pantins pour assouvir des pulsions sexuelles et pédocriminelles soulèvent le problème d’une désensibilisation morale et d’une banalisation du crime. Les possibilités de telles imitations de l’humanité démultipliées par l’intelligence artificielle ouvrent de nouveaux chantiers à la réflexion éthique sur les objets techniques qui opposent différentes conceptions de la morale et de la dignité humaine.

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Main humaine et robot côte à côte
Main humaine et robot côte à côte
aerogondo2/Shutterstock.com
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Début novembre 2025, les Français découvraient horrifiés que la plateforme d’e-commerce Shein, fraîchement implantée au BHV, proposait dans son catalogue des poupées sexuelles à l’apparence d’enfants. Ces pantins à caractère pédopornographique, au réalisme très perturbant, n’ont pas manqué de susciter un tollé. Le malaise moral suscité par ces artefacts n’est pas sans rappeler celui éprouvé devant certaines œuvres de science-fiction, où des robots aux traits indifférenciables de ceux de véritables êtres humains subissent des exactions. Ainsi de la série Westworld (2016-2022) qui mettait en scène un parc d’attractions futuristes recréant le Far West grâce à des humanoïdes appelés « hôtes », réinitialisés après chaque scénario et sur lesquels les visiteurs pouvaient tout expérimenter, sans aucune conséquence. L’androïde Dolores Abernathy était par exemple chaque jour soumise à la brutalité du psychopathe « homme en noir ». En 1982 déjà, les « replicants » imaginés par Ridley Scott dans son célèbre Blade Runner se voyaient infliger des sévices similaires : dans un futur dépeuplé et ravagé par les guerres et le dérèglement climatique, ces êtres artificiels étaient réduits au rôle d’esclaves, destinés à accomplir les tâches les plus pénibles ou à assouvir les fantasmes humains. 

Du fait des avancées majeures dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) et de la robotique, la réalité pourrait bientôt rattraper la fiction. Commettre un crime sur un objet qui ressemble en tout point à un humain, est-ce alors commettre un crime ? Bien que le droit ne reconnaisse pas la dignité des machines, l’éthique s’interroge : qu’implique moralement le fait de violenter ou humilier une « humanité imitée » ? 

S’il est tentant d’envisager ces objets techniques comme de pro metteurs exutoires, ils portent en eux un double problème, de réification de la pulsion, d’une part, et de banalisation du crime, d’autre part. Surtout, c’est en réalité à la dignité humaine que s’en prennent ceux qui commettent ces violences, fût-elle une dignité artificielle.

Titre Edito

L’innocence d’un simulacre ?

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Étymologiquement, l’innocence renvoie à l’incapacité de causer la mort d’autrui. Par extension, l’innocent est celui qui ne peut nuire : si un acte n’occasionne aucune souffrance, il peut être envisagé comme innocent. Les objets dont il est ici question, qui permettent de s’adonner à des pulsions criminelles sans porter atteinte au corps humain – et servent en cela de substituts à de véritables victimes – seraient alors vertueux. Tout l’enjeu est donc de savoir si ceux-ci renforcent les fantasmes criminels et favorisent un passage à l’acte ou s’ils portent au contraire en eux la possibilité de le décourager, en servant d’exutoires. 

La Haute-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry rappelait, le 3 novembre 2025, que « la détention d’images pédocriminelles fait malheureusement passer à l’acte ». Pour autant, les images et les objets ne peuvent pas tout à fait être envisagés de la même manière. Là où les images pédopornographiques sont le fruit de crimes bien réels, perpétrés sur de vrais enfants – chaque visionnage augmentant de fait la demande et, par conséquent, le nombre de crimes commis – les poupées sont produites dans des usines, sans violences commises sur des mineurs. Des études ont par ailleurs montré que, dans le cas des poupées sexuelles notamment, la propension à passer à l’acte était moindre chez les possesseurs de tels objets. 

C’est là une hypothèse qui pourrait être qualifiée de freudienne : l’expression de la pulsion sans dommage réel pourrait prévenir le crime, puisque la perversion serait confinée plutôt qu’agie. La technologie prendrait alors une dimension cathartique, en servant de sou pape aux fantasmes les plus déviants. Au sens juridique, d’ailleurs, « l’état d’esprit » criminel (mens rea) d’un agent ne suffit pas à établir sa culpabilité si l’acte illégal (actus reus) n’est pas également prouvé. De ce fait, une culpabilité morale sans acte matériel de culpabilité ne peut être qualifiée d’infraction. 

D’un point de vue conséquentialiste, le fait de recourir à ce type d’artefact ne saurait alors être moralement répréhensible. Ce courant de la philosophie morale d’origine anglaise considère en effet que le jugement moral porté sur une action doit se fonder uniquement sur les conséquences de celle-ci. Si, par exemple, le fait de s’adonner à des accès de violence sur des robots humanoïdes désincite à se livrer à une telle brutalité sur ses semblables et réduit de facto le nombre de victimes de violence, alors le recours à ces machines devrait être considéré comme moralement acceptable. 

Cette première hypothèse, si séduisante soit-elle, n’est pourtant pas convaincante. En poussant la réflexion, pourrait-on dans ce cas considérer que des deepfakes mettant en scène des actes de barbarie devraient être autorisés dès lors qu’aucun être humain n’aurait eu à subir de violence ? Cette supposition ne résiste pas à l’analyse, car elle pose en réalité un double problème.

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>> Retrouvez cet article en intégralité dans le numéro 4335 de la revue Études.

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Laure de ROUCY-ROCHEGONDE

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