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Donald Trump : des déclarations à la doctrine

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Depuis les frappes israélo-américaines du 28 février dernier sur l’Iran, Donald Trump ne cesse de multiplier les déclarations contradictoires sur les objectifs poursuivis et sur la conduite des opérations. Comme dans le domaine commercial, l’incertitude est volontairement générée afin de pouvoir maximiser son pouvoir de négociation. C’est du moins ce qu’il croit en pensant que la politique internationale se mène à coups de deals, de déclarations fracassantes et, accessoirement, de délits d’initié. Le caractère erratique de ses décisions produit une impression de chaos comme si les États-Unis n’avaient plus d’autre stratégie que la brutalité.

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Thomas Gomart, Ifri
Thomas Gomart, directeur de l'Ifri
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C’est pourquoi il importe d’identifier les invariants et les adaptations de leur culture stratégique au-delà des foucades de leur Président, qui fêtera ses 80 ans en juin prochain, et dont la vision du monde s’est forgée pendant la Guerre froide. Si son empreinte personnelle sur la production doctrinale est plus forte que jamais comme le montrent les multiples références à son nom, il n’en demeure pas moins nécessaire de la suivre au plus près. En novembre 2025, la publication de la Revue nationale de sécurité, qui remettait au goût du jour « l’hémisphère occidental », a fait l’objet de nombreux commentaires, notamment en Europe, mise en garde de son possible « effacement civilisationnel ».

Tous les ans, la communauté du renseignement américaine publie une estimation de la menace, qui indique l’ordre des priorités. Celle de mars 2026 mérite attention car elle reflète l’importance accordée, d’une part, à la sécurité intérieure (homeland) et, d’autre part, aux défis technologiques. La dernière partie est consacrée aux divers vecteurs de menace. Le document commence par souligner la fragmentation de l’économie mondiale et le succès de la politique de Trump concernant la frontière avec le Mexique : diminution significative du nombre de migrants et augmentation significative des saisies de fentanyl, qui a causé 38 000 décès de septembre à décembre 2024 et en 2025.

La sécurité intérieure serait menacée par six phénomènes : le crime organisé transnational (trois grands groupes sont mentionnés), les narcotrafics (la Chine et l’Inde sont présentées comme sources des précurseurs chimiques indispensables à la production de fentanyl), les migrations, l’idéologie islamiste associée au terrorisme, l’accroissement de puissance et, pour finir, la prolifération des armes de destruction massive. Le document anticipe une recrudescence des opérations terroristes liées au conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran.

En ce qui concerne les défis technologiques, la nécessité de maintenir un contrôle humain de l’intelligence artificielle est rappelée. Ces technologies changent la manière de conduire les opérations militaires. Seule la Chine conteste l’hégémonie américaine en la matière : elle espère prendre l’ascendant à l’horizon 2030. Dans le domaine quantique, il reste difficile de préciser les horizons. Les investissements impliquent des partenariats entre public et privé complexes. Outre la Chine, le document mentionne l’Union européenne, le Japon et le Royaume-Uni comme acteurs principaux.

La dernière partie énumère les vecteurs essentiels, parmi lesquels le spatial, qui mérite une attention particulière sur deux points. Le premier concerne l’Ukraine présentée comme le premier pays étant parvenu à intégrer des services spatiaux extérieurs, comme ceux proposés par Starlink, sans disposer d’une infrastructure en propre. Le second annonce que la Russie développe un satellite susceptible de porter une arme nucléaire destinée à devenir un système antisatellite global. Dans le champ du cyberespace, la Chine, présentée comme la « menace la plus active et la plus persistante », la Russie, l’Iran et la Corée du Nord combinent moyens étatiques et groupes criminels pour attaquer les infrastructures critiques américaines.

Il est marquant de constater le décalage croissant avec les déclarations quotidiennes du président des États-Unis, qui produit un discours médiatique de moins en moins lié à une stratégie d’ensemble. Préparé avant le 28 février, ce document mentionne peu l’Iran. Tout se passe comme si la communauté américaine du renseignement établissait la liste des sujets, sans réelle illusion sur sa capacité d’influence sur la Maison blanche.

> Lire la chronique sur le site de la revue Études.

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