Droits de douane : la fuite en avant de Donald Trump, pris à son propre piège
Depuis le « liberation day » d’avril 2025, les taux ont été annoncés, suspendus, abaissés, relevés, négociés puis parfois rétablis. La politique commerciale américaine a changé plus de 50 fois depuis janvier 2025, au gré des menaces, des revirements et des négociations. Un an et demi plus tard, les tariffs n’ont pas eu les effets promis par la Maison-Blanche sur les déficits extérieurs, les prix ou les relocalisations.
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Trois mois à peine après son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump bouscule le paysage du libre-échange mondial. Le 2 avril 2025, il annonce des « droits de douane réciproques » visant pratiquement tous les pays du monde. C’est le fameux « liberation day ». La Chine se voit même menacée, au fil des annonces, de taxes pouvant atteindre 145 %. S’ensuit une succession de pauses, suspensions de 90 jours, prolongations, menaces et revirements, au gré de négociations tous azimuts. Puis viennent les accords bilatéraux, avec des taux différents selon les partenaires. Rares sont les pays qui auront réussi à tenir tête au président américain, comme le Canada tente de le faire ces jours-ci.
Plus de 50 changements depuis le printemps 2025
Le tableau général devient d’autant plus difficile à suivre que les États-Unis appliquent aussi des droits spécifiques à certains secteurs. L’acier et l’aluminium, par exemple, sont soumis à des taxes distinctes des droits visant les autres marchandises. Le feuilleton ne s’arrête pas là. Le 20 février 2026, la Cour suprême invalide les droits de douane mondiaux imposés par Trump au titre de l’IEEPA, estimant que cette loi sur les pouvoirs d’urgence ne lui permettait pas d’instaurer de telles taxes sur les produits importés.
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Pour l’Union européenne, le plafond de 15 % négocié à l’été 2025 et ratifié non sans mal un an plus tard par le Parlement européen, a apporté un peu de visibilité. Mais là encore, tous les biens ne sont pas taxés à 15 %. L’acier et l’aluminium restent frappés d’un droit de 50 %, tandis que certaines marchandises contenant du cuivre sont également soumises à des surtaxes spécifiques. À l’inverse, les automobiles européennes ont vu leur taux ramené de 25 % à 15 %.
« Les revirements ne sont pas un raté de la politique commerciale de Trump : c’est une caractéristique structurelle, presque une méthode. » Sébastien Jean, spécialiste du commerce international, professeur au Cnam et directeur associé à l’Ifri
Le régime douanier transatlantique reste un empilement de règles susceptibles d’évoluer à tout moment. Au total, la politique commerciale de Washington a changé 50 fois depuis le printemps 2025, relève la Tax Foundation, un centre d’études spécialiste de la fiscalité américaine. Cette incertitude permanente n’est d’ailleurs pas accidentelle, rappelle Sébastien Jean, spécialiste du commerce international, professeur au Cnam (Conservatoire national des arts et métiers) et directeur associé à l’Ifri : « Les revirements ne sont pas un raté de la politique commerciale de Trump : c’est une caractéristique structurelle, presque une méthode. »
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Quelques signes positifs
Donald Trump peut toutefois pointer quelques signaux positifs dans l’industrie américaine. Depuis janvier, la production manufacturière a légèrement progressé et quelque 30.000 emplois ont été créés. De grands groupes, comme Siemens, Amazon ou SK Hynix, ont également annoncé d’importants investissements aux États-Unis. Pour le président américain et ses soutiens, c’est la preuve ultime que les droits de douane permettent de réindustrialiser le pays. Mais là encore, la réalité est plus nuancée.
La reprise repose surtout sur deux secteurs : l’électronique liée à l’intelligence artificielle - puces, serveurs, centres de données - et l’aéronautique, portée par un rattrapage de commandes d’avions et les dépenses militaires. Or, ce sont précisément des secteurs gourmands en importations et largement épargnés par les droits de douane, tance l’éditorialiste économique anglais Tej Parikh, dans le Financial Times.
Il n’y a donc pas, pour l’instant, de grande renaissance industrielle américaine. L’emploi manufacturier reste même inférieur d’environ 82.000 postes à son niveau du début du second mandat de Donald Trump.
« Les recettes douanières existent, mais elles sont chaotiques à collecter et une partie a déjà dû être remboursée » suite à la sanction de la Cour suprême, ajoute Sébastien Jean.
L’inflation, également alimentée par la guerre en Iran, à 3,4 % en juillet sur un an, rogne le pouvoir d’achat des ménages. Et s’installe comme un problème politique à deux mois des élections de mi-mandat. Dans les sondages successifs, une majorité d’Américains se déclarent préoccupés par l’inflation.
Le coût se mesure aussi en termes de réputation. Les entreprises étrangères doivent investir dans un environnement où les règles peuvent changer en quelques jours, tandis que les partenaires historiques des États-Unis ont appris qu’un accord conclu avec Washington n’est pas gage de fiabilité. « L’image des États-Unis en sort abîmée », résume l’économiste du Cnam.
>Lire l'article sur le site du Figaro
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