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En France, la crainte du réarmement allemand face à la menace russe

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cité par Antoine Margueritte dans

  Marianne 

 
Accroche

Berlin se réveille : face à la menace russe, la Bundeswehr a entamé une remontée en puissance à coups de centaines de milliards. Mais cet afflux d’argent n’est pas seulement au bénéfice de l’Europe, et peut même être en concurrence avec la puissance française et son objectif d’autonomie stratégique.

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Colonne de véhicules blindés allemands pendant un défilé de l'OTAN
Colonne de véhicules blindés allemands pendant un défilé de l'OTAN
Arnoldas Vitkus/Shutterstock.com
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« Le décrochage est possible » : face aux sénateurs, le 13 mai dernier, le chef d’état-major des armées Fabien Mandon alerte. L’Allemagne se réarme rapidement et à grands frais. Si bien qu’après l’hégémonie de l’oncle américain, nous voyons poindre une possible supériorité du cousin germanique. La Bundeswehr, créée en 1955 avec un rôle purement défensif, sous le contrôle strict du Parlement, est passée de parent pauvre de la politique allemande à priorité absolue. Deux raisons vont de pair : les forces russes effraient, et celles de Donald Trump ne rassurent plus comme par le passé.

Le « changement d’époque » est si brutal que sa traduction allemande, la « Zeitenwende », voulue par Olaf Scholz en 2022, est devenue un concept connu de tous les professionnels de la défense en Europe. Au cœur de cette stratégie de changement d’ampleur, un objectif : devenir la première armée conventionnelle d’Europe. Et des moyens, le nerf de la guerre pour ainsi dire : un fonds spécial de 100 milliards d’euros. Pour ce faire, notre voisin habituellement très soucieux de la rigueur budgétaire, pour lui comme pour ses partenaires de l’Union européenne, a fait modifier sa Constitution pour que cette somme ne soit pas comptabilisée dans le « frein à la dette » (un déficit public limité à 0,35 % de la richesse produite sur une année).

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Une certaine vision de la France

Pour autant, les lignes commencent à bouger, comme le confirme Paul Maurice, secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes à l'IFRI : « La vision de Paris commence à prendre : il y a une intégration dans la logique française, on entend qu'Emmanuel Macron n'avait pas tout à fait tort dans sa logique d'autonomie stratégique… Maintenant, la mise en oeuvre nécessite des changements majeurs, nous partons de loin. Le paradoxe est que beaucoup de pays sont "otanisés", ont construit leurs armées dans les processus de l'Otan, et l'Allemagne n'y échappe pas. Il est, pour beaucoup, rassurant d'avoir un changement dans la continuité, d'autant qu'il y a toujours une suspicion d'une France qui voudrait s'européaniser pour ses propres intérêts. » Cette défiance vis-à-vis d'une France qui a toujours eu une certaine idée de son indépendance a d'ailleurs des conséquences bien réelles, et un risque de « cornerisation » n'est pas impo sible pour la France, comme l'analyse le chercheur : « Il y a une tentation de chacun pour soi. On voit bien que Dassault vend très peu en Europe, tandis que les Allemands réussissent à engager les États européens, principalement sur le matériel terrestre. »

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Texte citation
« C'est un problème fondamental, résume Paul Maurice, de l'IFRI. Certains États voisins sont inquiets quand Berlin et Paris s'entendent, car ils le font généralement sans les autres. En revanche, il y a également une inquiétude quand l'entente ne se fait pas. Nous avons toujours eu des divergences, mais quand il y a accord, tout le processus européen est tiré vers le haut. »

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Paul MAURICE
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Le tandem n'oublie d'ailleurs pas son voisin, qui apparaît comme la première des autres puissances : la Grande-Bretagne, à la fois « rival » très atlantiste, et allié inévitable. Une relation spéciale que le directeur du CERFA synthétise : « Nous faisons à trois tout en étant concurrents, même si ce n'est pas sur les mêmes sujets. Sur la question de la dissuasion, nous avons évidemment un partenariat spécial avec Londres, mais nous avons également vu un rapprochement avec Berlin, notamment parce qu'Olaf Scholz voyait le gouvernement britannique travailliste comme un allié. Mais le moteur reste franco-allemand. »

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Le chef d'état-major des armées Fabien Mandon (encore lui !) rappelait face aux sénateurs que le déclassement est possible : « Si l'Allemagne continue à ce rythme, dans cinq ans, l'argument selon lequel nous bénéficions d'une expérience opérationnelle et d'une certaine culture ne tiendra plus. Pour les Américains, la référence européenne devient peu à peu l'Allemagne. Les Allemands prévoient de dépenser (hors dépenses liées à la dissuasion nucléaire et aux capacités expéditionnaires) trois fois plus que la France chaque année. Au bout de cinq ans, le différentiel sera frappant ! ».

 

  • Cet article est paru dans Marianne (réservé aux abonnés).
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