« Ils sont hors cadre » : le BSW, ce petit parti de gauche allemand qui pourrait s’allier à l’AfD
Le parti fondé par Sahra Wagenknecht réclame un ministre-président sans affiliation politique et pourrait influencer les votes finaux
Pour la première fois depuis 1945, l’extrême droite allemande pourrait diriger un gouvernement régional. Mais si l’AfD a réalisé un score record dimanche 6 septembre en Saxe-Anhalt, le parti n’a pas obtenu la majorité absolue. Un tout petit parti pourrait changer la donne.
L’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW, Bündnis Sahra Wagenknecht en allemand), parti fondé par Sahra Wagenknecht, a recueilli environ 5,3 % des voix dimanche soir. En franchissant de justesse le seuil des 5 %, il peut entrer au Parlement régional, en modifier la composition et pourrait aussi bien faciliter que compliquer la conquête du pouvoir de l’AfD.
« Un parti hors cadre »
À première vue, si l’on se concentre sur les étiquettes politiques, une alliance entre les deux partis pourrait sembler saugrenue : l’AfD se réclame de l’extrême droite tandis que le BSW, issu d’une scission du parti politique de gauche radicale, Die Linke, est couramment classé à gauche en raison de ses positions sur les sujets économiques.
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« C’est un parti hors cadre comparé à ce que l’on voit en Europe occidentale, analyse Paul Maurice, secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l’Ifri, mais ce n’est pas une exception pour autant : c’est une forme de parti hérité de la gauche post-communiste, conservateur sur les questions sociales, propre à l’Europe post-soviétique. » Ces positions ne sont pas forcément incompatibles, explique le spécialiste.
Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri
Le BSW, créé en 2024, se prononce en faveur de la redistribution, du plafonnement des loyers ou encore de la réintroduction d’un impôt sur la fortune. Sa politique sociale repose sur la refondation d’un Etat-providence fort dont les missions seraient, entre autres, de réinvestir massivement dans les services publics d’éducation et de santé, de limiter l’inflation en contrôlant les prix et d’augmenter le montant des retraites et du salaire minimum en puisant dans les impôts des grandes entreprises et des grandes fortunes.
Mais ce sont les sujets sociétaux qui donnent au BSW une ligne de conduite atypique, définie en 2024 par le politologue Thorsten Holzhauser comme un « conservatisme de gauche ».
Des positions sociétales très conservatrices
Leurs idées ultra-restrictives en matière d’immigration sont similaires à celles que défend l’AfD. Le BSW, qui corrèle l’augmentation du nombre d’immigrés à celle de la criminalité, estime notamment que les migrants ne devraient pas bénéficier du droit d’asile ou des aides financières et sociales. Ils ne cachent pas leur défiance vis-à-vis des politiques de transition écologique, promouvant au contraire un développement accru des technologies innovantes. Ils attaquent les minorités et le « wokisme », et sont favorables à un rapprochement de la Russie pour mettre fin à la guerre en Ukraine.
Ce sont justement ces sujets sociétaux qui ont poussé Sahra Wagenknecht, la fondatrice du BSW, à quitter Die Linke, le parti que son mari a cofondé et qu’elle a codirigé de 2015 à 2019. Ses désaccords sur des sujets comme l’invasion russe de l’Ukraine ou l’immigration seraient à l’origine de son départ et de celui de plusieurs membres du parti parlementaire de gauche.
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« Au début, rappelle Paul Maurice, le BSW a siphonné l’électorat de Die Linke grâce à des positions sociétales très fortes, mais aujourd’hui la tendance s’inverse. Die Linke repasse devant avec des positions bien plus fermes à l’encontre de l’extrême droite que Sahra Wagenknecht. » La cheffe de file du BSW montre en effet une certaine ambiguïté vis-à-vis du parti d’Alice Weidel. Elle conteste la classification de l’AfD comme parti d’extrême droite et refuse le cordon sanitaire qui l’entoure en Allemagne.
Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri
Une alliance entre le BSW et l’AfD ?
- « L’AfD a peut-être moins de sièges, mais elle a récupéré un allié : le BSW est le seul parti en Saxe-Anhalt à accepter de faire alliance », souligne le secrétaire général du Cerfa. Sahra Wagenknecht a exigé l’élection d’un ministre-président sans étiquette politique au Parlement régional de Magdebourg. Si cette requête n’est pas retenue, le BSW s’abstiendra lors du vote final.
Mais « on observe une dissension très forte au sein du BSW, remarque Paul Maurice. Certains dirigeants, comme Amira Mohamed Ali, sont opposés à cette alliance. C’est une idée qui suscite des tensions. » À cette réticence s’ajoute la réserve de l’AfD qui, à ce jour, refuse de gouverner sans majorité absolue.
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