« La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt rappelle à l’Europe son devoir de démontrer qu’elle peut protéger ses citoyens, ses frontières et ses intérêts »
Le succès du parti d’extrême droite, favorable à Moscou, est un signal d’alerte pour l’ensemble du continent, prévient l’historien Paul Maurice, qui plaide pour que les nouvelles capacités militaires dont se dote l’Allemagne soient intégrées au sein d’un cadre européen.
La victoire du parti Alternative pour l’Allemagne [Alternative für Deutschland, AfD] aux élections régionales en Saxe-Anhalt, le 6 septembre, doit être regardée bien au-delà des frontières allemandes. Elle intervient à un moment sensible pour l’Europe, alors que l’Allemagne, contrainte par le retour de la guerre sur le continent, entreprend de redevenir une puissance militaire.
Le paradoxe est frappant, car, alors que l’Europe a besoin d’une Allemagne capable de contribuer à sa défense, une partie croissante de son électorat se tourne vers un parti qui conteste le soutien à l’Ukraine, les sanctions contre la Russie, l’ancrage de l’Allemagne au sein des valeurs occidentales et, plus largement, le projet européen.
Il serait pourtant trop simple de réduire le vote pour l’AfD à la colère contre l’immigration ou à une spécificité de l’ex-Allemagne de l’Est. Le parti d’extrême droite prospère aussi sur une inquiétude plus profonde : le sentiment d’une Allemagne ne maîtrisant plus les transformations qui la traversent, et c’est ce qui rend le succès de ce parti préoccupant pour l’Europe.
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en 2022, l’Allemagne a engagé un changement stratégique considérable. Après des décennies de sous-investissement militaire, Berlin veut reconstruire une armée à la hauteur de son poids économique et démographique. Cette évolution répond à une réalité que l’Allemagne a longtemps eu du mal à regarder en face : la Russie constitue désormais une menace durable pour notre continent et les Etats-Unis ne peuvent plus être considérés comme les garants indéfinis de notre sécurité.
Equilibre stratégique
Une Allemagne mieux armée est une bonne nouvelle pour l’Europe. Cependant, une Allemagne qui se réarmerait principalement avec des équipements acquis hors d’Europe et sans véritable stratégie commune ne constitue pas nécessairement un progrès équivalent pour l’autonomie stratégique du continent. Le débat français doit donc éviter deux écueils. Il serait absurde de craindre le retour de la puissance militaire allemande, mais naïf de penser que l’augmentation des dépenses de défense produira automatiquement une « Europe de la défense ».
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- Paul Maurice est secrétaire général du Comité d’études des relations franco-allemandes à l’Institut français des relations internationales.
Cet article est publié dans Le Monde (réservé aux abonnés).
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