L’AfD aux portes du pouvoir en ex-RDA : « Merz reste imperméable au ressentiment des Allemands de l’Est »
La CDU, le parti du chancelier Merz, s’effondre en Saxe-Anhalt, ce Länder de l’ex-RDA où le candidat d’extrême droite Ulrich Siegmund surfe sur « l’ostalgie » et le conservatisme. Décryptage par Paul Maurice de l’Ifri.
Dimanche 6 septembre, les électeurs du Land de Saxe-Anhalt renouvellent leur Parlement régional. Donnée autour de 40 % des intentions de vote, l’AfD pourrait devenir le premier parti classé d’extrême droite avérée à diriger un Land allemand depuis la refondation de l’Allemagne en 1949. La CDU s’effondre. Décryptage de Paul Maurice, l’un des meilleurs spécialistes de l’Allemagne, secrétaire général du Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l’Institut français des relations internationales (Ifri).
Le Point : Quelles sont les spécificités de la Saxe-Anhalt dans l’ensemble allemand ?
Paul Maurice : Ce n’est pas un Land de premier plan. Peu peuplé (2,1 millions d’habitants, NDLR), situé à l’ouest de l’ancienne RDA et sans grande ville marquante. Magdebourg est une ville moyenne de l’ex-RDA, ce n’est ni une cité industrielle et commerciale de premier plan comme Dresde ou Leipzig, ni une ville d’histoire comme Weimar ou Erfurt. On y trouve toutefois des réseaux intéressants : ceux de la social-démocratie, issus de la transition de 1989-1990. Il s’agissait de familles qui cherchaient un réformisme social plutôt qu’un rejet absolu de l’héritage de gauche dans son ensemble.
On garde le social, on supprime l’autoritarisme en somme.
Exactement. C’est un Land où les néocommunistes (du PDS à Die Linke) ont toujours fait de gros scores (autour de 20 % jusqu’aux années 2010), sans pour autant s’appuyer sur des personnalités très marquantes. En Thuringe, Bodo Ramelow était un vrai personnage engagé syndicalement et au sein de l’Église protestante. En Saxe-Anhalt, cela relevait plutôt du vote de tradition.
Par ailleurs, la Saxe-Anhalt a toujours voté pour la démocratie chrétienne (CDU) à part un interlude social-démocrate à la fin des années 1990. Mais une CDU réformiste, représentée depuis 2011 par Reiner Haseloff : fermement anticommuniste, mais ouverte aux alliances avec les sociaux-démocrates (SPD), les libéraux ou les Verts.
Comment expliquez-vous la bascule au profit de l’AfD ?
La raison extrinsèque réside dans la montée générale de l’AfD à l’Est, où elle atteint 40 %. Aux dernières élections fédérales, elle a remporté la quasi-totalité des circonscriptions au scrutin direct, frôlant parfois les 50 %. La raison intrinsèque tient à une demande de politique libérale-conservatrice. Les électeurs de la CDU estiment que leur parti manque de marqueurs forts et que ses coalitions avec le centre gauche le recentrent et lui font perdre son identité. Résultat : pas de fermeté sur l’immigration ni de mesures libérales sur la fiscalité attendues par les électeurs.
Mais la CDU tenait encore grâce à des figures locales…
Oui, tout reposait sur des personnalités. À l’instar de Haseloff ou de Michael Kretschmer en Saxe. En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (qui votera le 20 septembre, NDLR), la ministre-présidente SPD Manuela Schwesig fait aussi figure d’ancrage local fort et tourne autour de 27-28 % dans les sondages. Mais quand cette personnalité fait défaut, le successeur n’imprime pas.
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- Cet article est paru dans Le Point (réservé aux abonnés).
> À lire également sur le même sujet, le Briefing de l'Ifri de Jeanette SÜß : Entre protestation et conquête du pouvoir : l'AfD à l'approche des élections régionales à l'Est.
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