« Le bilan très positif d’Emmanuel Macron sur la défense est un peu difficile à percevoir », estime Léo Péria-Peigné de l’Ifri
Après le discours aux armées d’Emmanuel Macron qui vantait son bilan, Léo Péria-Peigné, le responsable du laboratoire de recherche sur la défense à l’Ifri, reste sceptique.
L’Usine Nouvelle - Emmanuel Macron semble tirer un bilan positif de son action dans le secteur de la défense, qu’en pensez-vous ?
Léo Péria-Peigné, responsable du laboratoire de recherche sur la défense à l’Ifri - Sur le papier, le budget a doublé, ce qui est une bonne chose, surtout face à la situation actuelle, mais pourquoi faire ? On voit bien qu’il n’y a pas un char, pas un avion, pas un bateau en plus. Il n’y a pas de réarmement français alors qu’il y a un réarmement polonais, allemand et nordique.
Les projets mis en avant, comme le nouveau porte-avions et le renouvellement de la dissuasion nucléaire étaient prévus de longue date et ne sont pas liés à la présence d’Emmanuel Macron. Cela devait être réalisé quoi qu’il arrive.
Ce qui étonne, c’est qu’on a beaucoup parlé de «l’économie de guerre» alors que sur beaucoup d’objet la loi de programmation militaire 2023 est moins ambitieuse que celle de 2019 dans ses cibles pour 2030. La version de 2026 est encore pire : plusieurs projets sont délayés comme le VBAE avec quelques augmentations. Dans ces conditions, le bilan très positif d’Emmanuel Macron sur la défense, est un peu difficile à percevoir.
Emmanuel Macron a insisté sur le fait que les industriels devraient aussi s’appuyer sur davantage de fonds privés et de fonds européens, est-ce un changement de paradigme ?
Le problème est toujours le même : sans commande, les industriels ne produisent pas et les organismes de financement n’y pourront jamais rien. Or, en France, il n’y a pas, ou très peu, de commandes additionnelles par rapport à avant la guerre en Ukraine. C’est lorsqu’il y en a qu’il y a un besoin de financement. On disait qu’il fallait s’appuyer sur l’export, mais ce n’est pas ça l’économie de guerre. Ça c’est business as usual.
Quand les Allemands font une commande massive à leur industrie, cela permet de dimensionner une chaîne de production et d’attirer des plus petits Etats qui vont profiter de l’effet d’entraînement de cette commande allemande. La France a passé les trois dernières années à reprocher aux Européens de ne pas acheter son armement pour l’Ukraine alors qu’elle-même ne le faisait pas.
Après l’échec du Scaf, quelle est la pertinence de relancer des projets européens ? Peut-on concilier intérêts nationaux, privés et européens ?
Le problème, c’est que nous n’avons pas le choix. Ce n’est pas parfait, les projets de coopération, c’est compliqué et long, mais a-t-on le choix ? On a 3000 milliards de dettes, notre budget défense peine à dépasser les 60 milliards effectifs et on a montré, avec la guerre en Ukraine, que nous n’étions pas prêts à investir financièrement.
Nous avons des besoins et nous ne pourrons pas tout financer. En tout cas, pas tout seul. Si nous voulons garder cette image de la France comme d’une nation technologiquement à la pointe, capable de tout faire, soit on fait de la coopération soit on fait moins bien, mais seul.
On dit que les Allemands ne veulent rien lâcher, mais eux, ils ont l’argent, ils réarment et commandent. Ils vont atteindre 160 milliards d’euros de budget pour la défense d’ici cinq ans. Nous, si on atteint 80 milliards sans les pensions, ce serait déjà impressionnant. La coopération c’est compliqué mais est-ce qu’on a le choix ? Je n’ai pas de réponse définitive.
Quelle sont les différences entre les politiques de défense française et allemande ?
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