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Le Moyen-Orient pris de vertige en attendant le jour d’après

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Article d'Isabelle Lasserre sur la World Policy Conference paru dans

  Le Figaro 

 
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La 18e édition de la World Policy Conference, organisée par l’Ifri à Chantilly, s’est interrogée sur les différents scénarios qui pourraient succéder à la guerre. Depuis la révolution islamique de 1979, le Moyen-Orient vivait dans l’attente inquiète de la guerre qui se préparait entre l’Iran et Israël. Aujourd’hui, la région guette le dénouement de la crise avec un mélange d’espoir et d’angoisse, selon la couleur dont sera teinté le jour d’après. 

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Drone militaire iranien effectuant une surveillance sur mer et rivage
Drone militaire iranien effectuant une surveillance sur mer et rivage
Anelo/Shutterstock
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« L’affrontement entre Israël et l’Iran, l’acmé du conflit au Moyen-Orient, se préparait depuis des décennies. Mais il a élargi le champ de bataille. On a ouvert une boîte de Pandore qu’on n’arrive pas à refermer. La question iranienne est en train de remodeler la région », analyse la spécialiste de l’Ifri Dorothée Schmid à l’occasion de la « World Policy Conference », dont la 18e édition s’est tenue à Chantilly.


Pour la première fois depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, la Russie et Vladimir Poutine ont été les grands absents de la conférence, organisée chaque année par Thierry de Montbrial, le président de l’Institut français des relations internationales. Comme si l’un et l’autre avaient été noyés par les vagues du tsunami qui recouvrent le Moyen-Orient depuis le déclenchement de l’opération israélo-américaine contre l’un des régimes les plus répressifs et les plus dangereux de la planète. « Je dis souvent que mes cauchemars sont meilleurs que mes jours, car au moins, ils disparaissent quand on se réveille », commente Nabil Fahmy, ancien ministre des Affaires étrangères égyptien et nouveau secrétaire général de la Ligue arabe, pour illustrer le chaos qui s’est emparé de la région et les traumatismes qu’y dépose la transformation du monde.

Espoir d’une menace iranienne disparue

Responsables politiques et experts du monde entier réunis à Chantilly se sont accordés pour dire que, malgré le « brouillard informationnel » qui empêche encore les analystes de donner du sens à la crise, la guerre en Iran, quelle que soit son issue, a déjà profondément changé le Moyen-Orient. 

« Ce conflit est différent des autres. Pour la première fois, le détroit d’Ormuz a été fermé. Pour la première fois, des pays non belligérants - les États du Golfe - ont été attaqués - par l’Iran. La menace s’est aussi modifiée : elle vient désormais surtout des drones et de l’équipement léger », analyse Jihad Azour, directeur du Moyen-Orient au FMI. 


Alors que les bombardements israélo-américains ont affaibli les infrastructures militaires de l’Iran, le régime a changé sa stratégie de dissuasion. Longtemps basée sur le programme nucléaire, les missiles balistiques et les « proxies » dans la région, elle est désormais organisée autour du détroit d’Ormuz, redoutable levier au profit de Téhéran, mais aussi autour des drones, faciles à produire et bon marché.

Les attaques iraniennes contre les États du Golfe et leurs infrastructures civiles ont ouvert des plaies qui mettront longtemps à cicatriser, surtout dans les pays qui avaient marché à reculons vers une réconciliation avec l’Iran. 

« Il est illusoire de croire qu’on pourra rétablir la confiance entre les Émirats arabes unis et l’Iran. On ne peut pas être attaqués avec 2 800 missiles et drones et ensuite parler de confiance. Cela prendra une éternité », prévient Anwar Gargash, l’influent conseiller diplomatique du président émirien. 

L’ancien ministre des Affaires étrangères des Émirats espère que le Moyen-Orient sera un jour débarrassé de la menace iranienne. Pour peu que les « projets idéologiques menés par les extrémistes - le Hamas, le Hezbollah et l’aile droite israélienne » - soient vaincus, il croit encore à l’extension des accords d’Abraham, qui ont rapproché son pays d’Israël et qui sont toujours pour lui « une plateforme de coopération ».

"Ce que l’Iran a fait aux pays du Golfe est inacceptable. Mais mon pays veut avoir de bonnes relations à la fois avec l’Iran et avec Israël", Nabil Fahmy, ancien ministre égyptien des Affaires étrangères

À condition que les pays de la région ne répètent pas les mêmes erreurs. Il faut, dit-il, une approche inclusive pour la Syrie, un État palestinien pour Gaza, un Liban qui retrouve le contrôle de ses frontières et de son destin et un Israël qui réussisse à transformer ses succès militaires en succès politiques, même s’il faut pour cela l’aider en coopérant davantage… Mais tous les responsables régionaux ne sont pas aussi compréhensifs vis-à-vis des projets israéliens. « Ce que l’Iran a fait aux pays du Golfe est inacceptable. Mais mon pays veut avoir de bonnes relations à la fois avec l’Iran et avec Israël », explique Nabil Fahmy, l’ancien ministre égyptien.

Partout, on attend surtout le jour d’après, sans savoir à quoi il ressemblera, car son avènement dépend en partie des décisions changeantes de Donald Trump. 

Certains, évoquant la « solitude stratégique » d’Israël, voient l’avenir en noir, comme Itamar Rabinovich, le vice-directeur de l’Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv. « Tant que le régime iranien restera, les menaces nucléaires et balistiques demeureront. Le Hezbollah ne disparaîtra pas. Le Hamas restera à Gaza. Et le Liban sera toujours occupé par une milice étrangère. Israël doit donc se préparer à une prochaine confrontation avec l’Iran. » 

D’autres considèrent qu’Israël a déjà beaucoup gagné de cette guerre, qui a fait provisoirement disparaître la menace de l’Iran et diminué sa capacité de nuisance dans le monde.

Pourtant, la poursuite des négociations entre Américains et Iraniens ne signera pas la fin de l’histoire. « La menace iranienne ne disparaîtra pas. Le régime n’a cessé de se préparer à cette guerre et il a récemment prouvé qu’il pouvait très vite reconstituer son arsenal balistique », estime Anne Claire Legendre, la présidente de l’Institut du monde arabe. Elle imagine trois scénarios pour le jour d’après. Un régime iranien à l’identique, un régime doté d’un nouveau « comportement », et un changement de régime. À quelle échéance ? 

« Nous sommes à une phase charnière. Si la guerre dure, elle pèsera sur l’ensemble du monde », prévient Jihad Azour, le responsable du FMI.

Après avoir espéré qu’un scénario à la vénézuélienne puisse modifier la nature du régime islamique, Donald Trump pense aujourd’hui que la pression économique sur le détroit d’Ormuz permettra de l’étrangler et de le vaincre. Là aussi, à quelle échéance, alors que le président américain est pressé par le temps des démocraties, c’est-à-dire celui des élections ? C’est l’économiste du FMI, Jihad Azour, qui le dit : « Nous sommes à un carrefour. On ne sait pas quel accord sera signé ni quelle sécurité émergera. C’est la première fois que ce qu’il se passe au Moyen-Orient a des conséquences dans le monde entier. »

 

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Isabelle Lasserre

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