Les grandes puissances sont de retour
Comment interpréter historiquement les guerres actuelles en Ukraine, en Iran ou au Liban ? Comment analyser les conflits au Soudan, entre le Pakistan et l’Inde ou en Irak ? Les commentateurs évoquent volontiers un retour de la guerre. Avec la fin de la Guerre froide, le paradigme qui a dominé les relations internationales a insisté sur les facteurs de contournement ou de retournement de l’État, souvent présenté comme un héritage westphalien dépassé.
La mondialisation post-1991 a surtout été résumée à l’émergence des sociétés civiles, des acteurs transnationaux, des organisations internationales et des entreprises. Elle ne peut pourtant se comprendre sans la guerre civile algérienne, le génocide du Rwanda ou le conflit dans les Balkans, et évidemment le terrorisme islamiste et les guerres déclenchées pour le contrecarrer.
Comment interpréter historiquement les guerres actuelles en Ukraine, en Iran ou au Liban ? Comment analyser les conflits au Soudan, entre le Pakistan et l’Inde ou en Irak ? Les commentateurs évoquent volontiers un retour de la guerre. Avec la fin de la Guerre froide, le paradigme qui a dominé les relations internationales a insisté sur les facteurs de contournement ou de retournement de l’État, souvent présenté comme un héritage westphalien dépassé. La mondialisation post-1991 a surtout été résumée à l’émergence des sociétés civiles, des acteurs transnationaux, des organisations internationales et des entreprises. Elle ne peut pourtant se comprendre sans la guerre civile algérienne, le génocide du Rwanda ou le conflit dans les Balkans, et évidemment le terrorisme islamiste et les guerres déclenchées pour le contrecarrer.
Volontiers délaissée par les tenants du transnationalisme, bien qu’elle n’ait jamais complètement disparu de la grille d’analyse, la notion de « grande puissance » redevient indispensable à l’interprétation des événements actuels, qui obligent à poser la question fondamentale de la guerre ou de la paix. Historien de la Guerre froide internationalement reconnu, Odd Arne Westad publie un essai établissant un parallèle direct entre le jeu des puissances à la veille de 1914 et la situation actuelle. Ce rapprochement n’a rien d’original, mais Westad le repense en fonction non seulement de l’arme nucléaire mais surtout d’une dynamique multipolaire complexe conduisant à « une constellation de puissances séparées rivalisant les unes avec les autres ». La multipolarité a longtemps été comprise comme une manière de relativiser l’hyperpuissance américaine caractéristique des années 1990. Elle est devenue aujourd’hui synonyme de compétition de puissance au moment où le multilatéralisme, normalement encouragé par le système onusien, s’affaiblit en raison du comportement des États-Unis, de la Chine et de la Russie.
À l’instar de la Grande-Bretagne avant 1914, les États-Unis traversent une phase d’incertitude sur leur rôle international, ainsi que sur leurs équilibres internes. La défiance instillée par Donald Trump dans leurs alliances contribue à accentuer les sentiments d’insécurité en Europe, en Asie et au Moyen-Orient. Le comportement de la Chine n’est pas sans rappeler celui de la Prusse autour de laquelle s’est faite l’unité allemande grâce à sa remarquable émergence économique et ses prétentions impériales. La Russie fait penser à l’Autriche-Hongrie, qui avait annexé la Bosnie-Herzégovine en 1908, en violation des traités internationaux. Après avoir déstabilisé le Donbass en 2014, Moscou l’a envahi en 2022 et conduit depuis lors une guerre d’attrition avec l’Ukraine, plus longue désormais que celle qui avait opposé l’URSS à l’Allemagne nazie.
Pour Westad, la rivalité de puissance s’observe d’ores et déjà autour de plusieurs points chauds : Taïwan, la péninsule coréenne, l’Asie du Sud-Est, sur laquelle Pékin accentue son influence, l’Himalaya, où se joue le rapport de force sino-indien, ou le Kurdistan. Hier comme aujourd’hui, les grandes puissances s’emploient à définir leurs objectifs politiques qui se traduisent en termes d’alliance et de planification militaire. Cependant, en matière stratégique comme en matière financière, les réalisations passées ne suffisent pas à garantir les opérations futures. Pour éviter une confrontation impliquant les deux principales puissances mondiales (les États-Unis et la Chine), il convient de trouver des voies permettant de maintenir un équilibre entre les deux. Cet objectif implique un comportement et une rhétorique propres aux deux régimes et aux circonstances. Autrement dit, la manière de gouverner joue un rôle décisif sur le risque de collision entre deux puissances ou, à l’inverse, sur l’évitement du choc ultime et le façonnement de la scène internationale en tenant compte de leurs intérêts réciproques.
Outre l’arme nucléaire, la période actuelle se caractérise par le déploiement des technologies de l’information et de la communication. Un de ses paradoxes dangereux réside dans la profusion d’informations. En effet, elle n’a pas permis une meilleure compréhension de l’autre mais a, au contraire, intensifié les craintes ou les théories conspirationnistes. Or, il n’y a pas d’analyse stratégique sans altérité.
> Lire la chronique sur le site de la revue Études.
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