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Sommet Donald Trump-Xi Jinping : « La trêve entre la Chine et les États-Unis reste fragile »

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Les 14 et 15 mai 2026, Donald Trump s’est rendu en Chine pour rencontrer son homologue Xi Jinping. Pour Mathilde Velliet, chercheuse au Centre géopolitique des technologies de l'Ifri, cette rencontre n’a proposé aucune avancée concrète, mais a au moins eu le mérite de ne pas accoucher d’un consensus qui marginaliserait l’Europe ou précariserait encore davantage Taïwan.

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Le président américain Donald Trump avec son homologue Xi Jinping, à Pékin, le 14 mai 2026
Le président américain Donald Trump avec son homologue Xi Jinping, à Pékin, le 14 mai 2026
Daniel Torok/Shutterstock
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Après deux jours de visites et de négociations au cœur de Pékin, les dirigeants des deux plus grandes puissances mondiales se sont targué du « fantastique succès » de la visite « historique et marquante » de Donald Trump en Chine, contrastant avec les annonces modestes et encore floues émergeant de ce sommet.

Le fait que la rencontre des présidents américain et chinois ait eu lieu sans accroc est en soi notable, surtout au vu des tensions qui animent les deux pays ces dernières années et de la situation internationale bousculée par la guerre en Iran. Elle n’a cependant pas conduit à de grandes annonces, provoquant à la fois déception et soulagement.

Titre Edito

Instrumentaliser les dépendances de l’adversaire

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Ceux qui craignaient qu’un président Trump connu pour son style instinctif n’octroie des concessions radicales à la Chine, par exemple en modifiant le langage officiel américain sur Taïwan ou en autorisant les exportations de semi-conducteurs avancés, ont été rassurés. Les espoirs d’un large « deal » commercial, des garanties concrètes d’accès aux terres rares, ou le déblocage du détroit d’Ormuz, ont été déçus. Au-delà du nouveau langage sur la « relation constructive de stabilité stratégique » mis en avant par les deux dirigeants, c’est par contraste que les enjeux de ce sommet se dessinent.

Contraste, d’abord, entre la dynamique de la relation sino-américaine en 2017 – date de la dernière visite d’un président américain en Chine – et aujourd’hui. Cette dernière décennie a été marquée par un élargissement considérable par Pékin et Washington de leur arsenal de coercition économique visant à instrumentaliser les dépendances de leur adversaire. Côté américain, les contrôles sur les exportations de semi-conducteurs avancés, fabriqués surtout par Nvidia, freinent le développement chinois de l’intelligence artificielle (IA).

Mais, depuis l’année dernière, la Chine a elle aussi témoigné de sa capacité et de sa volonté de tirer plus frontalement parti des goulets d’étranglement qu’elle maîtrise, en particulier sur les terres rares et autres minerais critiques, pour faire plier les États-Unis. Les contrôles imposés par Pékin, en 2025, en représailles des barrières douanières et des restrictions technologiques américaines ont ainsi fortement inquiété les États-Unis. Ces derniers dépendent en effet de la Chine pour leur approvisionnement en terres rares. D’où la mise en œuvre en octobre d’une « trêve » d’un an par laquelle les deux parties se sont engagées à suspendre leurs mesures respectives.

Titre Edito

La compétition, une tendance structurelle

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La rencontre Trump-Xi Jinping n’aura pas permis d’avancée concrète à ce sujet : le communiqué américain mentionne que « la Chine résoudra les préoccupations américaines » sur les terres rares, sans qu’aucune précision ni annonce chinoise ne viennent clarifier ce point pour l’instant. Ce levier aux mains de Pékin reste puissant car totalement discrétionnaire. Les intenses efforts des États-Unis pour réduire leur dépendance à la Chine en la matière ne porteront leurs fruits que dans plusieurs années.

Pour Washington, le coût de l’escalade avec Pékin s’est donc alourdi depuis 2017, forçant une administration comptant pourtant son lot de « faucons » à adopter ces derniers mois une rhétorique moins antagonique et à placer la préservation de la trêve commerciale au cœur de sa stratégie. Celle-ci reste toutefois fragile, la compétition (en particulier technologique) entre les deux superpuissances demeurant une tendance structurelle sur le long terme.

L’autre contraste éclairant émerge de la comparaison entre les communiqués des deux puissances. Alors que le communiqué américain mentionne abondamment l’Iran, et que Donald Trump assure que Xi Jinping s’est engagé à « aider » à rouvrir le détroit d’Ormuz et à ne pas envoyer d’armes à l’Iran, le communiqué chinois n’en dit mot. Le ministre des affaires étrangères chinois a plutôt rappelé que « l’usage de la force ne peut pas résoudre le problème » et tenté de renforcer l’image de la Chine comme puissance stabilisatrice œuvrant pour la paix, posture que la réception de Vladimir Poutine à Pékin, dans le sillage de Donald Trump, vise à renforcer.

À l’inverse, le communiqué chinois souligne l’importance de la question de Taïwan dans la relation sino-américaine, pourtant passée sous silence dans le texte publié par la Maison-Blanche. Ces silences témoignent de divergences de fond qui continueront de peser sur la relation. Si ni la Chine ni les États-Unis ne peuvent se prévaloir d’une victoire sur leur sujet prioritaire respectif, tous deux semblent avoir fait le choix, le temps d’un sommet, de gérer leurs différends de façon responsable.

Titre Edito

Un bilan contrasté pour l’Europe

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Quelles conséquences cette accalmie a-t-elle pour l’Europe ? Les résultats du sommet conduisent à une interprétation là encore contrastée. La stabilité, notamment commerciale, est bénéfique. L’absence d’un grand accord au sein du « G2 » qui marginaliserait l’Europe, ou de concession américaine majeure sur Taïwan, est un soulagement. Que Washington et Pékin signalent un intérêt mutuel à discuter de la sécurité de l’IA est, pour le reste du monde, une bonne nouvelle.

Mais il sera plus difficile pour l’Europe de faire front commun avec Washington face aux surcapacités chinoises et aux déséquilibres commerciaux alors que l’allié américain vient précisément de trouver un modus vivendi avec Pékin.

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Photographie de Mathilde Velliet - Crédit SEIGNETTELAFONTAN

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Le président américain Donald Trump avec son homologue Xi Jinping, à Pékin, le 14 mai 2026
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