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« Un savoir-faire d’un club très fermé » : ce que qu’il faut retenir du tir d’un missile nucléaire par la France

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interviewée par Clément Machecourt dans

  Le Point 

 
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ENTRETIEN. Chercheuse spécialiste de la dissuasion nucléaire, Heloise Fayet revient sur les principaux enseignements du tir d’essai d’un missile balistique M51.3 depuis un sous-marin.

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missile ballistique
Lancer d'un missile ballistique depuis la mer
Anelo/Shutterstock.com
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Le matin du mardi 6 octobre au large du Finistère, le sous-marin lanceur d’engins (SNLE) Le Vigilant a tiré un missile balistique M51.3, sans charge nucléaire. Depuis la frégate multimissions (FREMM) Auvergne, le président de la République a assisté à toute la séquence, adressant ses félicitations à toutes les personnes impliquées.

« Le message a été reçu fort et clair, partout où il devait être reçu », a ajouté Emmanuel Macron, dans une séquence ultra-médiatisée avec photos et vidéos, chose rare concernant la dissuasion nucléaire française. Un message reçu cinq sur cinq par le Kremlin qui a dénoncé aujourd’hui la « militarisation » de l’Union européenne. Héloïse Fayet, chercheuse spécialiste de la dissuasion nucléaire à l’Institut Français des relations internationales (Ifri) décrypte cette séquence.

Le Point : Que représente ce tir d’essai du missile M51.3 et dans quel cadre s’inscrit-il ?

Héloïse Fayet : Ce tir d’essai est doublement significatif car il valide simultanément la qualification du porteur et celle de son vecteur. D’une part, le sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) Le Vigilant sort d’une période de maintenance de longue durée, appelée IPER (Indisponibilité périodique pour entretien et réparation). Ces arrêts techniques à sec durent généralement entre 24 et 30 mois. À la sortie de chaque IPER, un tir d’essai est systématiquement effectué pour vérifier la conformité des travaux et revalider l’aptitude opérationnelle du bâtiment à effectuer ses patrouilles.

D’autre part, il s’agit du tout premier tir d’essai du missile M51.3 depuis un SNLE. Un tir de qualification avait déjà été réalisé depuis les bassins du centre DGA Essais d’engins à Biscarrosse, mais cet essai à la mer confirme la mise en service opérationnelle du M51.3, entamée dès octobre 2025 selon les déclarations officielles.

Quelles données techniques sont enregistrées lors d’un tel tir ?

L’essai permet de mesurer l’ensemble des séquences physiques du tir : l’éjection du tube, le franchissement du milieu aquatique vers l’air, la trajectoire balistique, la durée de vol et la précision du point d’impact.

Le bâtiment d’essais et de mesures Monge est positionné au large pour collecter des centaines de paramètres électroniques, pyrotechniques et mécaniques. On teste également le comportement de la charge utile, qui intègre des leurres et des équipements d’aide à la pénétration conçus pour rendre la tête furtive indétectable par les radars adverses lors de la rentrée atmosphérique.

Quelles sont les avancées techniques apportées par le M51.3 par rapport à la version précédente ?

Les évolutions portent sur le triptyque classique dit des trois P : la portée, la capacité de pénétration et la précision. Le M51.3 offre une meilleure pénétrabilité face aux défenses antimissiles adverses, une précision accrue et une résistance renforcée lors de la phase de rentrée dans l’atmosphère.

Ce missile est également couplé à une nouvelle tête nucléaire océanique, la TNO-2, admise au service actif en même temps que le M51.3. Si la puissance explosive globale reste a priori équivalente, la tête elle-même bénéficie de perfectionnements techniques majeurs qui améliorent l’efficacité globale de la frappe.

Comment va s’effectuer le déploiement du M51.3 sur l’ensemble de la Force océanique stratégique ?

À sa sortie d’IPER, Le Vigilant devrait recevoir une dotation complète, soit un lot de 16 missiles M51.3. Concernant les autres SNLE de la flotte qui n’ont pas encore effectué leur grand carénage, ils restent équipés de la version M51.2. La bascule vers le M51.3 se fera progressivement au rythme des sorties d’IPER de chaque bâtiment, selon leur cycle de vie opérationnel, et jusqu’à l’entrée en service du M51.4. La Marine nationale opère donc actuellement avec une flotte mixte combinant des missiles M51.2 et M51.3.

Ce tir s’est accompagné d’une médiatisation importante et de la présence sur place d’Emmanuel Macron…

Le niveau de communication est totalement inédit. C’est la première fois qu’un président de la République assiste en direct à un tir de missile balistique à proximité du lieu de l’opération. Le général de Gaulle avait assisté à des essais nucléaires dans le Pacifique, mais aucun de ses successeurs sous la Vᵉ République, qu’il s’agisse de François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy ou François Hollande, n’avait assisté à un tir d’essai de vecteur balistique en dehors du centre d’essais des Landes.

Cette démarche s’inscrit dans la continuité de la présidentialisation de la dissuasion. Emmanuel Macron s’était déjà immergé dans ce domaine dès 2017 avec une plongée à bord d’un SNLE, puis lors de son discours de doctrine prononcé à l’Île Longue. La diffusion d’images et de vidéos au plus près du missile témoigne d’une volonté d’ouverture progressive de la dissuasion vers le public et les médias, comme cela a été fait récemment lors d’exercices Poker suivis par la presse.

Sur le plan stratégique, la présence du chef de l’État met une pression maximale sur les équipes et démontre une confiance absolue dans la fiabilité technique du système. Un échec en direct aurait envoyé un signal catastrophique. La parfaite exécution du tir, à la minute près, renforce considérablement la crédibilité de la posture française.

Il faut néanmoins préciser que la date du tir ne répond pas à une opportunité politique immédiate. Le calendrier est dicté très en amont par des contraintes industrielles, météorologiques et d’entretien des sous-marins.

Emmanuel Macron a dit « le message a été reçu fort et clair, partout où il devait être reçu ». À qui s’adresse-t-il ?

En premier lieu aux adversaires potentiels désignés par l’exécutif, notamment la Russie et la Chine, pour leur signifier que la dissuasion française reste pleinement opérationnelle, indépendante et technologiquement redoutable.

En ce sens, la réaction de Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence de la Fédération de Russe, est positive : en reprenant les termes du président Macron (« un message fort et clair ») et en affirmant que ce tir illustre la « militarisation » de l’Union européenne, il fait lui-même un lien avec la posture de dissuasion avancée, que la Russie semble donc juger « crédible ».

Il s’adresse aussi aux alliés. D’un côté les États-Unis, pour démontrer la valeur de l’apport français à la sécurité globale, et de l’autre les partenaires européens, dans le cadre des réflexions actuelles sur une dissuasion avancée.

[...]

Lire le reste de l'article sur le site du Point.

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Le Point

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Clément Machecourt

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Héloïse FAYET

Héloïse FAYET

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Chercheuse, responsable du programme dissuasion et prolifération, Centre des études de sécurité de l'Ifri

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Lancer d'un missile ballistique depuis la mer
Anelo/Shutterstock.com