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“Xenia Fedorova reprend mot pour mot la propagande du Kremlin”

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interviewé par Eva Martin dans

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La propagandiste pro-russe est visée par un arrêté d’expulsion depuis ce mercredi. Julien Nocetti, chercheur associé à l’Ifri, revient sur le parcours de l’ancienne directrice de RT France, devenue figure phare de CNews et du “JDD”.

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Mercredi 29 juillet, le ministère de l’intérieur a ordonné l’expulsion d’une protégée des médias Bolloré : Xenia Fedorova. Ses avoirs ont également été gelé pour six mois. Depuis deux ans, l’ancienne dirigeante de l’ex-chaîne du Kremlin, Russia Today France, a bénéficié d’un chaleureux accueil sur le plateau de CNews, ainsi qu’au micro d’Europe 1 et dans les pages du JDD. Une forte visibilité considérée comme dangereuse par le ministère : l’arrêté d’expulsion (consulté par Libération) décrit la chroniqueuse de 45 ans « comme un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes », représentant « une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public ». En réaction, l’avocat de Xenia Fedorova a annoncé former un recours contre ce qu’il qualifie d’ « atteinte grave à laliberté d’expression d’une journaliste qui a toujours exercé son activité de manière la plus convenable qu’il soit ». Dans un message publié sur X, Xenia Fedorova évoque, elle, une « forme entièrement nouvelle de pression politique ayant un seul objectif, la censure des opinions qui ne correspondent pas au discours officiel. »

Julien Nocetti, spécialiste de la Russie et des manipulations de l’information, et chercheur associé à l’Ifri (Institut français des relations internationales), revient sur l’affaire.

Qui est Xenia Fedorova ?

Son parcours est teinté de zones d’ombre, mais on commence à accumuler plusieurs éléments. Elle s’est toujours revendiquée journaliste, bien qu’elle n’ait pas de carte de presse et que son parcours se soit principalement fait à RT, média d’État russe et voix du Kremlin. Sa carrière a commencé à Berlin, en tant que responsable de l’antenne de RT en allemand et chargée de la production de vidéos. En 2017, année d’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, elle prend la tête de RT France. En juin 2017, lors de la réception de Vladimir Poutine à Versailles, le président français l’avait qualifiée frontalement d’agent d’influence [« Quand des organes de presse répandent des contrevérités infamantes, ce ne sont plus des journalistes, ce sont des organes d’influence. Russia Today et Sputnik ont été des organes d’influence durant cette campagne, qui ont, à plusieurs reprises, produit des contrevérités sur ma personne et ma campagne », avait alors déclaré Macron, ndlr].

Pendant ses débuts à Paris, Xenia Fedorova tentait de se rapprocher de la sphère médiatique et politique parisienne, avec quelques difficultés. Mais après l’arrêt de RT en 2022, Vincent Bolloré l’a personnellement prise sous son aile. Aujourd’hui, elle n’est plus le personnage marginal de ses premières années en France.

Tout est très cohérent avec la stratégie russe d’ingérence, visant à multiplier les narratifs dans les pays étrangers afin de semer la confusion.

Pourquoi est-elle qualifiée de propagandiste russe ?

Elle inverse en permanence la responsabilité de la guerre en Ukraine : l’Europe serait belliciste, et non la Russie. Elle a également qualifié la déportation des enfants ukrainiens « d’évacuation ». Récemment, elle mettait l’accent sur les problématiques régaliennes : lors du discours à Brest, en mars, d’Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire et la coopération avec l’Allemagne, Xenia Fedorova martelait que cela signifiait une perte de souveraineté. C’est faux, mais cela résonne auprès d’une partie de l’électorat français.

Quand elle était à la tête de RT, la crise des Gilets jaunes a été un moment clé de la construction de son narratif : elle a pu tester des récits qui exploitent les tensions sociales françaises. Depuis février 2022, elle utilise la même stratégie pour défendre la position russe : elle mobilise des arguments qui touchent directement les Français, comme le prix de l’énergie. Finalement, elle reprend mot pour mot le récit officiel du Kremlin. Tout est très cohérent avec la stratégie russe d’ingérence, visant à multiplier les narratifs dans les pays étrangers afin de semer la confusion. Cependant, il faut noter qu’aucun lien financier n’a été prouvé entre Xenia Fedorova et Moscou. Ces informations sont très difficiles à obtenir.

Xenia Fedorova, ici sur le plateau de RT France à Paris, le 18 décembre 2017. Photo Gonzalo Fuentes/Reuters

Comment expliquer la compatibilité de son discours prorusse avec la galaxie Bolloré ?

Au-delà de la relation personnelle entre elle et le milliardaire breton, il faut rappeler la proximité d’une partie de l’extrême droite française avec la Russie de Poutine. Cela a été le cas de Marine Le Pen ou de l’eurodéputé RN Thierry Mariani. Au niveau des idées, Xenia Fedorova défend un concept très vague du souverainisme et un retour à une prétendue posture gaulliste, et cette position colle désormais de très près à celle de l’extrême droite française.

Si les recours judiciaires s’épuisent, et si cette expulsion aboutit, on peut s’attendre à une réplique russe.

Le groupe Canal+ a qualifié l’arrêté d’expulsion, dans un communiqué, d’« atteinte particulièrement grave à la liberté d’expression et au pluralisme des opinions ». Que pensez-vous de cet argument ?

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À lire sur le site de Télérama.

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Eva Martin

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Julien NOCETTI

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