Élections régionales allemandes : victoire du parti d’extrême droite AfD et inquiétudes croissantes en Europe.
Lors des élections régionales du Land de Saxe-Anhalt, dans l'est de l'Allemagne, le 6 septembre 2026, le parti d'extrême droite AfD (Alternative pour l'Allemagne) a remporté une victoire historique avec plus de 40 % des voix. Cet événement a bouleversé le paysage politique allemand et menacé la position du chancelier Friedrich Merz.
Comment l'AfD est-elle passée d'un mouvement de protestation à un parti politique d'extrême droite, puis a-t-elle progressivement accédé au pouvoir ? Quel impact cette victoire aura-t-elle sur la politique allemande, les politiques de l'Union européenne et, surtout, sur l'élection présidentielle française de 2027 ?
Dans une interview accordée à RFI Vietnamien, la chercheuse Jeanette Süß, politologue et spécialiste des relations franco-allemandes à l'Institut français des relations internationales (IFRI), a d'abord fourni quelques informations sur le parti AfD.
Jeanette Süß : À l'origine, l'AfD n'était pas un parti d'extrême droite. Fondé en 2013, en pleine crise de l'euro, il s'est surtout positionné comme une « alternative » aux politiques de sauvetage mises en œuvre par Angela Merkel, ancienne chancelière allemande et membre de la CDU, pour de nombreux autres États membres de l'Union européenne.
Ce parti, fondé par des économistes plutôt libéraux, a donc évolué progressivement après la crise migratoire de 2015, suite à la décision d'Angela Merkel d'accueillir plus de 1,5 million de réfugiés syriens en Allemagne. Cette situation a entraîné l'émergence de factions identitaires et xénophobes, notamment en Allemagne de l'Est, et depuis lors, le parti s'est de plus en plus concentré sur ces questions.
Lors de ces élections, l'AfD a remporté une victoire éclatante, obtenant plus de 40 % des voix, soit le double du score d'il y a cinq ans. Comment expliquer ce succès sans précédent pour l'AfD ? Ce résultat électoral pourrait-il également constituer un signal politique important au niveau national en Allemagne ?
Jeanette Süß : Oui, c'est effectivement un grand pas en avant. Le nombre de voix a plus que doublé, tandis que la CDU a perdu près de la moitié de ses sièges. On peut donc dire que les deux courbes (sur le graphique) s'inversent, ce qui est totalement contraire aux promesses du chancelier actuel, Friedrich Merz (CDU). Il souhaitait précisément diviser par deux le score de l'AfD, mais au lieu de cela, il a divisé par deux celui de la CDU.
Comment expliquer la forte progression de l'AfD ? Plusieurs facteurs l'expliquent. Le premier et le plus important réside dans la particularité de l'Allemagne de l'Est, dans les anciens Länder de la République démocratique allemande, qui étaient sous régime communiste. La population n'y a pas été socialisée de la même manière et n'entretenait que peu de liens traditionnels avec les partis issus du système politique ouest-allemand.
Pendant longtemps, la population a eu le sentiment d'accepter passivement le système ouest-allemand en place. L'AfD a donc exploité ce sentiment d'infériorité et ce sentiment d'avoir été perdant lors de la réunification des années 1990. C'est ce qui a provoqué un profond mécontentement populaire. On peut dire que cette conjonction de facteurs a permis à l'AfD de progresser sans rencontrer de résistance.
Quel impact ces résultats électoraux auront-ils sur le chancelier allemand Friedrich Merz ?
Jeanette Süß : Bien que cette élection se soit déroulée au niveau régional et n'ait rassemblé que 1,7 million d'électeurs, un nombre relativement faible, elle a eu un impact considérable aux niveaux fédéral et national en Allemagne, notamment sur le chancelier Friedrich Merz et sa coalition avec le Parti social-démocrate. Pourquoi ? Parce que c'était la première fois qu'un parti, classé par les services de renseignement comme mouvement d'extrême droite, avait la possibilité d'accéder au pouvoir. À cet égard, il s'agissait d'un phénomène véritablement inédit.
L'AfD espère également créer un effet domino et s'étendre à d'autres régions. Le 20 septembre, des élections auront lieu dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, un autre ancien Land de l'Allemagne de l'Est. À Berlin, on ne s'attend pas à une victoire aussi éclatante que ce que l'on entend, mais l'AfD progresse et espère donc accéder prochainement au pouvoir.
Peut-on affirmer que, plus de 35 ans après la chute du mur de Berlin, la fracture entre l'Est et l'Ouest demeure une réalité politique et sociale ?
Jeanette Süß : Tout à fait, même si, au niveau macroéconomique, la situation s'est nettement améliorée. En effet, si l'on considère certains indicateurs macroéconomiques, comme le taux de chômage, le PIB par habitant et la part du secteur industriel, on observe une amélioration notable. Cependant, comparée aux autres régions de l'Est, la Saxe-Anhalt reste en deuxième position en termes de développement économique par rapport à l'Ouest.
Il est important de noter qu'un quart de la population a quitté la région, provoquant une migration massive, une véritable vague migratoire vers l'est, notamment en Saxe-Anhalt. Cette situation a engendré une grave pénurie de main-d'œuvre, en particulier chez les jeunes chercheuses. Ainsi, sur le plan macroéconomique, il reste beaucoup à faire pour rattraper le retard, mais sur le plan politique, force est de constater que la représentation de la population de cette région au sein des instances politiques demeure nettement inférieure à celle des élus de l'ouest.
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- Lire la publication de Jeanette Süß « Entre protestation et conquête du pouvoir : l'AfD à l'approche des élections régionales à l'Est », Briefing de l'Ifri, septembre 2026.
>> >>> Lire l'article intégral sur RFI Vietnam.
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