Détroit d'Ormuz : la guerre des nerfs
En cas de conflit majeur, l’Iran pourrait décider de fermer le détroit d’Ormuz, ce qui provoquerait une crise énergétique mondiale. La République islamique a les moyens militaires d’imposer temporairement un tel blocus, mais sa capacité à le faire durer pose question. Pour faire face à l’escalade qu’engendrerait cette décision, elle devrait sans doute recourir aux autres éléments de sa « triade dissuasive » : le terrorisme et l’embrasement régional par l’intermédiaire de ses proxies.
L’interdépendance économique pousse un nombre croissant d’acteurs à percevoir les échanges internationaux comme un moyen d’influence et de coercition. Cette tendance, désignée en anglais par l’expression weaponized interdependance, se fait particulièrement sentir près des détroits, ou les plus modestes passages étroits, qui sont environ 200 dans le monde. Parmi ceux-ci, Ormuz fait partie des points stratégiques les plus sensibles : près de 90 % du pétrole produit dans le Golfe – entre 20 % et 30 % du pétrole brut mondial – quitte la région sur des tankers qui doivent passer par ce goulet d’étranglement de 55 kilomètres de large. Aucune des solutions terrestres existantes – pipelines, oléoducs, camions – ne pourrait offrir une voie de substitution viable en cas de fermeture du détroit.
L’Iran menace sporadiquement de bloquer ce chokepoint, sans jamais, toutefois, passer à l’acte. Pourtant, en 2019 et 2020, les très vives tensions dans le golfe Arabo-Persique, associées à la politique de « pression maximale » instaurée par les États-Unis dès leur sortie de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (Joint Comprehensive Plan of Action – JCPOA), ont créé quelque doute. Le sabotage de six pétroliers en transit dans le détroit et dans les ports des pays voisins entre mai et juin 2019 ; la destruction, quelques semaines plus tard, d’un drone américain et, surtout, l’attaque de deux raffineries saoudiennes en septembre de la même année, laissent penser que Téhéran ne tolérera pas longtemps la navigation de dizaines de tankers remontant chaque jour vers le détroit d’Ormuz tout en étant réduit à l’asphyxie économique. Après une année de pandémie, le retour en 2021 des signataires du JCPOA à la table des négociations et la perspective des élections présidentielles en Iran font à nouveau monter la tension. Téhéran presse ses homologues du P5+1 (Chine, France, Russie, Royaume-Uni, États-Unis, Union européenne) de lever une partie des sanctions en faisant preuve d’un activisme renouvelé sur le dossier nucléaire – marqué par un enrichissement d’uranium par l’Iran à 20 % début 2021, seuil relevé à 60 % – et en poursuivant les arraisonnements et sabotages de navires. Cette dynamique suscite la fébrilité des capitales régionales, abaissant dangereusement le seuil de déclenchement d’un conflit ouvert.
Qu’elles précèdent le retour dans le JCPOA ou soient le prélude à une nouvelle escalade dangereuse, ces tensions invitent à scruter les implications stratégiques liées à l’ouverture du détroit d’Ormuz. Quelles conditions politiques pourraient conduire à une tentative de fermeture de ce passage maritime ? Quels moyens opérationnels pourraient être employés dans la mise en œuvre d’une stratégie de déni d’accès iranienne ? […]
PLAN
- L’Iran au cœur des tensions régionales
- Le déni d’accès « à l’iranienne »
- Les contraintes d’une opération de contre-déni d’accès
Morgan Paglia est doctorant à l’Institut catholique de Paris et à l’École pratique des hautes études.
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Détroit d'Ormuz : la guerre des nerfs
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