America First au pouvoir
Avec Mike Pompeo et John Bolton, le président Trump entend prendre directement la main sur les options de politique étrangère, même s’il n’est pas aisé de replacer une doctrine Trump dans la continuité des écoles diplomatiques américaines. L’arrivée de Pompeo et Bolton est aussi la mise sur la table de cartes utiles dans une stratégie de tension permanente, sur l’Iran, la Syrie ou la Corée du Nord. L’appel aux normes et aux valeurs reste vain face à une stratégie privilégiant les intérêts.
Depuis l’élection de 2016, la politique étrangère de Donald Trump confond diplomates et commentateurs, à Washington comme dans les capitales étrangères. Rarement un président est arrivé au pouvoir avec une expérience si limitée de politique étrangère, s’attaquant de surcroît avec brutalité aux thèmes chers à l’establishment de Washington – une capitale qui a voté à 94 % pour son adversaire démocrate. Son style, imprévisible et impulsif, qu’illustrent les foucades de son compte Twitter, donne des sueurs froides à son entourage. Les experts guettent l’influence de conseillers et de ministres, avec une minutie digne des grandes heures de la kremlinologie, espérant que les « adultes dans la salle » – comme avaient été surnommés Rex Tillerson, Herbert McMaster ou James Mattis – tempèrent le président.
Et pourtant, Trump se conforme à des thèmes récurrents depuis des décennies, et la plupart des décisions marquantes de sa présidence correspondent à ses promesses de campagne : guerres douanières, annulation des accords de libre-échange, déplacement de l’ambassade américaine à Jérusalem, retrait des accords de Paris et de l’accord nucléaire iranien. Ces orientations risquent d’être confirmées par les nominations récentes, qui s’inscrivent dans une volonté de prise de contrôle du président sur la politique étrangère. Les nominations de deux conservateurs nationalistes, connus pour leurs positions interventionnistes sur les dossiers stratégiques – Mike Pompeo au département d’État en mars et John Bolton au Conseil national de sécurité en avril – ont une fois encore plongé les commentateurs dans la consternation et l’hyperbole, en particulier concernant Bolton, à la personnalité réputée rugueuse.
Bolton et Pompeo : Trump prend le contrôle
Comment interpréter ces nominations ? Donald Trump est naturellement sensible au signal politique envoyé. De mauvaises langues souligneraient qu’il cherche à détourner l’attention de polémiques embarrassantes sur le plan intérieur, mais il n’est nul besoin de s’aventurer sur ce terrain pour trouver des explications. Tout d’abord, la dimension personnelle est centrale. Trump ne connaissait pas Tillerson ou McMaster avant de les nommer : le premier était recommandé par Stephen Hadley et Condoleezza Rice, et avait un profil d’homme d’affaires pragmatique connaissant bien la Russie, tandis que le second avait le parcours militaire que le président affectionne. […]
PLAN
- Bolton et Pompeo : Trump prend le contrôle
- Existe-t-il une doctrine Trump ?
- Un levier de négociation supplémentaire dans une stratégie de tension permanente
- Iran/Syrie : l’administration face à ses contradictions
- Corée du Nord : de l’usage de la force à la diplomatie directe, une administration sans tabou
- Russie : deux durs pour une administration schizophrène - Privilégier un discours d’intérêts communs plutôt que de valeurs et de normes
Benjamin Haddad est chercheur au Hudson Institute de Washington.
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