États-Unis : de nouvelles options nucléaires ?
La Nuclear Posture Review (NPR) américaine présentée en février 2018 réaffirme l’importance du nucléaire dans la stratégie américaine, dans un environnement stratégique perçu comme dégradé. Elle se distingue symboliquement du discours d’Obama qui en appelait à la fin de l’armement nucléaire. Cette nouvelle NPR annonce des inflexions capacitaires, en particulier en faveur des armes tactiques, plus que de vraies ruptures. Ces inflexions dépendront des décisions budgétaires du Congrès.
Promis pour le début de l’année 2018, l’Examen de posture nucléaire (Nuclear Posture Review – NPR) que l’administration Trump avait commandé au Pentagone fin janvier 2017 a été présenté le 2 février.
La NPR est un document produit sous l’autorité du département de la Défense pour évaluer ce que doit être le rôle des armes nucléaires dans la stratégie de sécurité des États-Unis. La première NPR fut approuvée par le président Clinton en 1994 ; la version 2018 renouvelle celles de 2002 (présidence George W. Bush) et de 2010 (présidence Barack Obama).
Tout au long de l’année 2017, la future NPR fit couler une première encre assez anxieuse : la frontière entre systèmes nucléaires et classiques deviendrait moins étanche, le seuil d’emploi de l’arme nucléaire serait abaissé. A contrario, d’autres acteurs de la scène stratégique américaine, européenne ou nord-est asiatique, attendaient un document en phase avec l’environnement stratégique mondial, proposant des solutions dissuasives plus flexibles.
Qu’indique le programme nucléaire de l’administration Trump sur la posture des États-Unis pour les cinq à dix années à venir ? Peut-on parler de fragilisation ? Ou, au contraire, identifier des facteurs de consolidation ? On privilégiera ici une mise en perspective des arguments d’appréciation capacitaire.
Structure et arguments
La NPR 2018 est un livret de 75 pages, en dix parties, introduit par le secrétaire à la Défense. L’ouvrage suit un plan linéaire, caractérisant l’environnement stratégique (parties 1 et 2), et décrivant le rôle des armes nucléaires dans la stratégie de sécurité du pays (parties 3 et 4). Il détaille les stratégies à mettre en œuvre (parties 5 et 6) puis décrit les composantes et infrastructures nécessaires (parties 7 et 8). Il suit une structure logique simple, qui concentre le cœur de l’argumentaire sur le volet capacitaire.
Un environnement stratégique dégradé
Le secrétaire à la Défense affirme d’emblée que l’environnement de sécurité mondial s’est fortement dégradé depuis la parution de la précédente NPR. C’est là le socle du document : les compétiteurs stratégiques des États-Unis n’ont pas suivi l’exemple américain sur la voie du désarmement empruntée par l’administration démocrate. En filigrane, l’argument de l’exemplarité, proposé par le président Obama dans son discours de Prague, se trouve invalidé. […]
PLAN
- Structure et arguments
- Un environnement stratégique dégradé
- Une stratégie nucléaire « flexible et modulable »
- Priorité à la modernisation des forces et des infrastructures - Fragilisation vs. consolidation
- Les facteurs de fragilisation
- La question des armes nucléaires de faible puissance
- Continuité plutôt que rupture
Benjamin Hautecouverture est maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).
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