La Communauté économique de l'ASEAN : un modèle d'intégration original
À sa création voici 50 ans, l’ASEAN affiche des ambitions économiques modestes. Elle va néanmoins jusqu’en 1992 permettre une intégration progressive des économies des États membres. Cette intégration s’institutionnalise dans la période qui suit. La Communauté économique de l’ASEAN suit des principes bien différents de ceux qui ont présidé à la construction européenne. Elle est pourtant appelée à jouer un rôle moteur dans la structuration de la région Asie-Pacifique.
À sa création en 1967, la principale préoccupation des cinq membres fondateurs de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN) est d’ordre politique : aussi leurs ambitions sont-elles modestes sur le plan économique. Selon la Déclaration de Bangkok, le projet original de l’ASEAN avait pour objectif « de favoriser la croissance économique, le progrès social et le développement culturel dans la région et de promouvoir la paix et la stabilité ». Le développement étant perçu comme le meilleur rempart contre le danger communiste, l’objectif est alors de tout mettre en œuvre pour le faciliter ; mais il n’est aucunement question pour les cinq pays fondateurs de s’engager sur la voie de l’intégration économique sur base institutionnelle. Les initiatives gouvernementales de coopération économique n’interviendront que beaucoup plus tard. Au fil du temps, sous la pression de forces et d’événements extérieurs, les projets se sont pourtant précisés, aboutissant à la mise en place d’une Communauté économique qui constitue aujourd’hui l’un des trois piliers de la Communauté ASEAN.
Ce parcours singulier de l’ASEAN en matière d’intégration économique, qui mêle acteurs étatiques et non étatiques, mais aussi dynamique de marché et logique institutionnelle (voire capitalisme d’État), se démarque des expériences observées dans d’autres régions, et notamment en Europe. Il reflète en outre une constante oscillation entre la poursuite d’objectifs économiques purement nationaux (en premier lieu le développement), et une coopération régionale qui passe par de nécessaires compromis. Cette ambivalence explique aussi le décalage entre les ambitions affichées et les réalisations observées sur le terrain, même si de réels progrès ont été accomplis au cours des 50 dernières années. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si, et comment, les pays de l’ASEAN parviendront à maintenir leur stratégie dans un contexte régional mouvant où l’Association, en tant que groupe, pourrait jouer un rôle stabilisateur.
1967-1992 : l’intégration économique « par le bas »
Après la création de l’ASEAN, il faut attendre dix ans et le sommet de Bali (1976), pour que soient lancées les premières tentatives concrètes de coopération économique. En 1977, elles prennent la forme, d’une part, d’un accord de swap passé entre les pays de l’ASEAN, et d’autre part d’un accord tarifaire préférentiel (PTA). Bien qu’il constitue le premier effort notable de coopération économique à l’échelle régionale, cet accord tarifaire, qui ne porte que sur un nombre limité de produits, se révélera insuffisant pour stimuler le commerce intrarégional, qui n’excède pas 20 % au début des années 1990. […]
PLAN
- 1967-1992 : l’intégration économique « par le bas »
- 1992-2017 : de l’AFTA à la CEA, l’intégration économique s’institutionnalise
- La CEA et au-delà
Françoise Nicolas est directeur du Centre Asie de l’Ifri.
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La Communauté économique de l'ASEAN : un modèle d'intégration original
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