L’Europe dans dix ans
En dix ans, la construction européenne a subi plusieurs chocs, qui ont remis en cause le narratif historique sur lequel elle s’est élevée, et plus profondément les politiques suivies, ainsi que l’adhésion des peuples. Le risque – réel – de désintégration ne pourra être évité que si les membres de l’Union acceptent une véritable refondation de la construction européenne, basée sur l’idée de « civiliser la mondialisation », et adoptant les politiques de solidarité correspondantes.
« Le meilleur moyen de prédire l’avenir est de le créer. »
Abraham Lincoln
Souvenons-nous de l’Europe il y a dix ans. En 2009, même si l’inquiétude gagne quant à l’impact de la crise des subprimes éclatée récemment aux États-Unis (la banque Lehman Brothers a fait faillite l’année précédente), l’Union européenne (UE) se veut relativement sereine, prête même pour une nouvelle étape dans son processus d’intégration. Les élections au Parlement européen du 4 juin se traduisent par la victoire des conservateurs et l’arrivée à la tête de la Commission de l’équipe de Manuel Barroso. Un deuxième référendum en Irlande – positif celui-là –, en octobre, permet au traité de Lisbonne d’entrer en vigueur le 1er décembre, avec des dispositions jugées importantes sur la présidence du Conseil européen (Herman Van Rompuy) et la création d’un poste de Haut représentant pour la politique étrangère et la défense (Catherine Ashton).
L’attractivité de l’UE ne se dément pas. L’Islande dépose une demande d’admission qu’elle ne retirera qu’en 2015. Surtout, la pensée dominante en Europe présente l’adoption de l’euro comme une chance, un rempart, et une protection solide contre les effets de la crise économique qui malmène à l’époque les États-Unis. La crise grecque se profile certes dès octobre 2009, mais la confiance reste grande dans les capacités de l’UE à surmonter cette crise et à démarrer une nouvelle phase de son histoire avec le traité de Lisbonne. Quand elle regarde le reste du monde, l’Europe regarde pour l’essentiel vers l’Amérique, et elle admire Barack Obama, intronisé en début d’année 2009 et consacré par le prix Nobel de la paix neuf mois plus tard.
Bref, 2009 fait déjà partie d’un autre monde, parfaitement révolu. Dix ans plus tard en effet, en 2019, ce n’est plus la crise économique qui domine l’agenda européen : une croissance de plus ou moins 2 % est même revenue timidement dans les économies européennes. C’est une crise politique inédite qui fait trembler les assises libérales et démocratiques de la construction européenne. Les populismes progressent partout, des Gilets jaunes français aux soutiens électoraux des Salvini, Orban et autres Polonais. Ce même populisme fracture la société américaine et, venant d’Amérique, ce ne sont plus la séduction et la confiance qui irriguent les relations avec les alliés : ce sont, en revanche, la stupeur et l’inquiétude qui dominent chez les Européens face à un Donald Trump imprévisible, irascible, et sincèrement anti-européen parce qu’anti-allemand. Quant à l’attractivité de l’UE, elle s’est perdue dans les affres du Brexit. […]
PLAN DE L’ARTICLE
- Deux forces en conflit
- Trois leçons
- Trois scénarios, ou quatre…
Nicole Gnesotto est professeure au Conservatoire national des Arts et Métiers, titulaire de la chaire sur l’Union européenne, et présidente de l’Institut des Hautes études de Défense nationale (IHEDN). Elle vient de publier L’Europe indispensable, Paris, CNRS Éditions, 2019.
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