Après l'explosion démographique
Les prévisions démographiques ne sont pas une science exacte. Les projections onusiennes – qui évaluent la population mondiale à 11,2 milliards en 2100 – pourraient être surestimées. En effet, la fécondité pourrait baisser plus rapidement et l’espérance de vie augmenter de manière moins importante que prévu. Le Sahel connaîtra l’explosion démographique la plus spectaculaire mais ce phénomène n’engendrera pas nécessairement une vague migratoire massive vers l’Europe.
Le 13 janvier 1960, Time Magazine paraissait avec une couverture choc portant en bandeau « That population explosion ». Tout le centre de l’image était occupé par des femmes tristes en costumes traditionnels, chargées d’enfants nus ou emmaillotés. Sur l’un des bords, deux jeunes femmes occidentales, l’une brune, l’autre blonde souriaient épanouies, la première avec deux jeunes enfants et un caddie chargé de provisions. La parabole était on ne peut plus claire : ce qu’on appelait alors le tiers-monde croulait sous le nombre d’enfants, ce qui contribuait au malheur de sa population, mais représentait aussi un danger pour les personnes raisonnables qui se contentaient de peu d’enfants, comme les deux Occidentales, repoussées sur les bords.
À l’époque, la situation était effectivement alarmante. La population mondiale, qui atteignait 2,5 milliards d’habitants dix ans auparavant, venait de franchir le cap des 3 milliards. Plus inquiétant encore, le taux de croissance augmentait. En 1955, il était de 1,75 % par an. Cinq ans plus tard, il dépassait les 1,9 %, soit un doublement en 36 ans. En 1968, parut le best-seller de Paul Ehrlich, The Population Bomb, qui décrivait les funestes conséquences de cette croissance démographique débridée. Mais l’accélération continuait. En 1970, le taux de croissance atteignit 2,1 %, soit un doublement en 33 ans, et la population mondiale s’éleva à 3,7 milliards. Deux ans plus tard parut le célèbre rapport du Club de Rome, puis la crise pétrolière éclata. Mais déjà le pic de croissance démographique était dépassé.
Depuis lors, le taux de croissance a lentement décru pour se situer aujourd’hui à 1,1 % par an. La croissance de la population mondiale a commencé à décélérer. En 2018, le nombre des humains s’élève à 7,6 milliards. Si la croissance depuis 1970 avait continué au rythme de 2,1 % par an, la Terre serait peuplée par 10 milliards d’habitants. Le bilan n’est donc pas entièrement décevant. Certes, 3,9 milliards d’humains se sont ajoutés depuis 1970, mais 2,4 milliards ont été « évités ».
L’avenir de la population mondiale
Un organisme spécial des Nations unies, la Division de la population, établit régulièrement des « projections » de la population mondiale. Il ne s’agit pas à proprement parler de prévisions, mais elles sont en général prises comme telles car il n’existe pas d’alternative. Ces projections sont d’ailleurs adoptées par tous les grands organismes internationaux, Banque mondiale, Fonds monétaire international (FMI), Organisation mondiale de la santé (OMS), etc.
PLAN DE L’ARTICLE
- L’avenir de la population mondiale
- Chute de la fécondité dans le monde
- Baisse de la mortalité ?
- Pôles de croissance
- Migrations à venir
- Migrants climatiques
- Fécondité et crise politique
Hervé Le Bras est démographe et historien, directeur d’études émérite à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il a publié de nombreux ouvrages, dont L’Âge des migrations, Paris, Autrement, 2017.
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