Les Afriques en 2029
De réels progrès dans la diversification de certaines économies, ainsi qu’une réhabilitation des actions publiques en la matière, ont modifié, depuis les années 2000, les conditions générales de développement du continent. En matière politique, et au-delà des exigences de démocratie électorale formelle, trop souvent détournées, c’est une véritable reconstruction des États qui s’avère nécessaire, pour intégrer les régions marginalisées, et développer la coopération régionale et continentale.
La dimension économique
Le point de départ des économies africaines, qui caractérise les années 1990, est celui d’économies duales où l’extraction intensive de matières premières, qui capte l’essentiel de l’investissement en capital financier, technologique et humain, cohabite avec un secteur informel essentiellement agricole, extensif et qui fournit la majeure partie des emplois à une population jeune et pauvre. Plans d’ajustements structurels, déstructuration ou affaiblissement des services publics, épidémie de sida, instabilités politiques et contextes sécuritaires précaires : la période donne lieu au qualificatif peu flatteur de « décennie perdue ».
Les années 2000 marquent un tournant en termes de croissance. Si elle est, dans une large mesure, portée par une meilleure conjoncture internationale, et très marquée par la demande en matières premières de la Chine qui atteint un pic historique, le discours de l’« émergence africaine » s’accompagne de changements qualitatifs importants.
Une diversification limitée
Sans être généralisé, un effet de ruissellement se fait sentir, et la croissance des produits intérieurs bruts (PIB) nationaux s’accompagne d’une amélioration des niveaux de revenu des classes moyennes ; le continent est dès lors perçu comme un « marché frontière », ce qui lève les réticences de nombre d’acteurs économiques. Les opérateurs majeurs de quatre grands secteurs d’activité se partageront l’essentiel de la nouvelle prospérité : les grands groupes agroalimentaires, les firmes spécialisées dans la logistique, les grands opérateurs de télécommunications, et les services financiers.
Ces nouveaux investissements directs étrangers (IDE), à la différence de ceux destinés aux industries extractives, ont ceci de particulier qu’ils s’accompagnent de créations d’emplois locaux, tout en contribuant à l’apparition de nouveaux débouchés à l’entreprenariat dans les secteurs formel et informel, et contribuent ainsi à alimenter un cercle vertueux de croissance économique. Par ailleurs, les secteurs d’activité concernés permettent une captation accrue des revenus générés dans la sphère informelle de ces économies. [...]
PLAN DE L’ARTICLE
- La dimension économique
- Une diversification limitée
- Une réhabilitation de l’action publique dans l’économie
- Un portefeuille d’alliances stratégiques élargi
- Au-delà du paradigme libéral ? - La dimension sociopolitique
- Démocratie : le fond ou la forme ?
- Enjeux sécuritaires et souveraineté territoriale
- Des ressorts sociaux de l’anomie
- Intégration régionale et coopération
- Légitimer des États forts - Les dimensions environnementale et socioculturelle
- Une conscience environnementale lointaine
- L’expression polymorphe d’invariants culturels
- La résurgence du fait religieux - Deux scénarios à dix ans
- Scénario tendanciel
- Scénario optimiste
Alioune Sall est directeur exécutif de l’Institut des futurs africains à Pretoria (Afrique du Sud).
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