Lutte contre le terrorisme : la Belgique, maillon faible ?
Après les attentats de 2015 et 2016, la Belgique a été pointée du doigt et a fait l’objet d’un véritable Belgium bashing. Les critiques émises étaient parfois exagérées mais pas totalement injustifiées : les ministères régaliens avaient fait l’objet de coupes budgétaires drastiques et la complexité du système politico-administratif belge rendait la coopération entre services difficile. Une commission d’enquête a tiré les leçons des attentats et de profondes réformes ont été entreprises.
Les attentats de Paris (13 novembre 2015) et Bruxelles (22 mars 2016) ont mis à jour les connexions franco-belges existant depuis des décennies en matière de terrorisme.
Pour certains commentateurs, la Belgique serait bien devenue une base arrière du terrorisme international. C’est en effet à Bruxelles que les attentats de Paris ont été préparés par la filière Abaaoud pour frapper la capitale française au Bataclan, au Stade de France et sur les terrasses de l’Est parisien. Le Belgium bashing s’est répandu après ces attentats. Le fait que Bruxelles ait ensuite été touchée n’a pu atténuer les soupçons, les renforçant bien au contraire.
La Belgique est-elle vraiment le maillon faible européen dans le domaine de la lutte contre le terrorisme ? Depuis les attaques de 2015 et 2016, la France a elle-même opéré une introspection sur les faiblesses de son système de prévention et de renseignement. La Belgique ne peut être tenue pour seule responsable. Des difficultés comparables se retrouvent sur les deux rives du Quiévrain : sous-financement des autorités locales et du personnel éducatif et social, absence de véritable stratégie de prévention de la radicalisation, déperdition du renseignement collecté à l’échelon local, etc. Des causes spécifiquement liées à la complexité du système politique belge peuvent néanmoins être identifiées, comme l’a montré une commission d’enquête parlementaire chargée d’éclaircir les responsabilités et de faire des propositions pour renforcer « l’architecture de sécurité belge ».
Belgique et terrorisme international : une histoire ancienne
Les liens entre la France et la Belgique, en matière de terrorisme, sont anciens. En 1995, lors de la vague d’attentats attribuée au Groupe islamique armé (GIA) algérien, des débris d’une bonbonne de gaz retrouvée à la station Saint-Michel à Paris permettent aux enquêteurs de remonter jusqu’au nord de la France, puis en Belgique. […]
PLAN
- Belgique et terrorisme international : une histoire ancienne
- Forces et faiblesses du Belgium bashing
- Un Belgium bashing contesté et contestable - Le système fédéral belge et le détricotage des services
- Petits pays, petits moyens ?
- Défaillance de la police ou chaîne générale de défaillances ? - Les conclusions de la commission d’enquête et les mesures prises en 2016
- Trente mesures d’urgence - Les grandes conclusions de la commission d’enquête
- Poser un diagnostic clair des failles du système de sécurité
- La nouvelle architecture de sécurité belge
Sébastien Boussois, docteur en science politique, est chercheur associé à l’Université libre de Bruxelles (ULB) ainsi qu’à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Spécialiste des relations euro-méditerranéennes et de la radicalisation, il a publié, avec Asif Arif, France-Belgique. La Diagonale terroriste, Bruxelles, Jourdan/La Boîte à Pandore, 2016.
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Lutte contre le terrorisme : la Belgique, maillon faible ?
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