Migrations : l’impasse européenne
La pression migratoire est une donnée destinée à perdurer pour l’espace européen. Des normes minimales communes ne pourraient être développées pour l’accueil des migrants que dans le cadre de l’UE. Les réticences des pays d’arrivée, comme celles des pays de départ, brident la mise en place d’un dispositif global. De plus, l’intransigeance des gouvernements populistes risque de conduire à la disparition pure et simple de toute entente européenne sur les phénomènes migratoires.
Si la question migratoire a pris une place essentielle dans l’agenda politique français, elle détermine aussi fortement la politique étrangère du pays. En la matière, celle-ci tend à échapper à la multilatéralisation et s’exprime fortement dans le cadre de relations bilatérales. Ou plutôt s’exprimait, car la mise en œuvre de l’espace Schengen, en créant un espace de libre circulation à l’intérieur de l’ensemble territorial constitué par les États membres de l’accord de Schengen (communautarisé, mais n’incluant pas tous les membres de l’Union européenne – UE), contraint à des dispositions communes, ne serait-ce que parce que le contrôle à l’entrée de l’espace est confié aux États possédant une frontière avec l’extérieur de l’Union.
Cette construction est originellement fragile : elle présuppose qu’au-delà du contrôle commun, les États partagent une même conception de l’intégration, du traitement de l’asile, de l’acquisition de nationalité, et des situations de l’emploi relativement proches. Car l’entrée sur le territoire n’est que le premier pas dans un parcours qui, généralement, s’achève par l’intégration dans la population d’accueil. À l’instar de ce qui a pu être observé avec l’union monétaire, le credo initial de la convergence des cultures et des pratiques a pourtant cédé devant l’entêtement des faits. S’il y a convergence, elle va plutôt vers un mouvement commun de restrictions dans les législations d’asile et d’immigration, auquel la France participe. La prise de conscience de graves dysfonctionnements dans le traitement des demandes d’asile, au terme duquel très peu de déboutés quittent le territoire français, a favorisé une révision de la loi et, au moins officiellement, le renforcement des moyens visant à expulser les étrangers sans papiers. L’impact de la montée d’un salafisme spectaculaire, bien que très minoritaire, et plus généralement la réaffirmation des identités religieuses, ont renforcé la virulence du débat sur la place de l’islam dans les différentes sociétés européennes (les migrants se dirigeant vers l’Europe étant majoritairement musulmans), bouleversant l’optimisme sur l’intégration tranquille des populations venant d’États tiers.
Après la crise de l’arrivée massive de migrants venant de Syrie et d’Irak (2015), les difficultés ont pu sembler derrière nous. C’était afficher un optimisme excessif sur la réalité de la pression migratoire globale, et sur la stabilité des environnements de l’Europe : la guerre se poursuit en Afghanistan, au Soudan, menace de reprendre dans le Sahel, etc. […]
PLAN
- Un dispositif européen d’accueil et de contrôle progressivement enrayé
- L’offensive des conservateurs conduit l’Union européenne dans l’impasse
Yannick Prost est haut fonctionnaire et maître de conférences à Sciences Po Paris. Il est auteur de La Démocratie contre le Royaume d’Attila. Le monde libéral au défi des violences radicales, Bègles, Esprit du Temps, à paraître à l’automne 2018.
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