Piraterie et insurrections dans le golfe de Guinée
Le golfe de Guinée est une voie de navigation importante et recèle des richesses – notamment pétrolières – qui suscitent convoitises et tensions. Les États de la région, soutenus par la communauté internationale, tentent de se mobiliser face à la piraterie. Une autre source d’instabilité menace la région : les mouvements insurrectionnels et sécessionnistes, en particulier dans le delta du Niger et dans l’Ambazonie, c’est-à-dire la partie anglophone du Cameroun.
Le golfe de Guinée s’étend de la Côte d’Ivoire à l’Angola. Il inclut sept capitales politiques (Accra, Lomé, Porto-Novo, Libreville, Malabo, Luanda et Sao Tomé) ayant une façade maritime atlantique, et huit capitales économiques (Abidjan, Accra, Lomé, Cotonou, Lagos, Douala, Bata, Pointe-Noire). On y trouve 12 ports importants (Abidjan, Accra, Lomé, Cotonou, Lagos, Warri, Port Harcourt, Douala, Port Gentil, Pointe Noire, Matadi, Luanda), et d’autres plus petits (Kribi, Limbé, Bata, Libreville, Lobito San Pedro, Sekondi-Takoradi, Tema, Calabar, etc.) Cet espace recèle des richesses en ressources halieutiques et naturelles, qui suscitent nombre de convoitises et génèrent une insécurité récurrente.
Dans cette partie de l’Afrique subsaharienne, les enjeux de sécurité sont présents à trois niveaux. Sur le plan local, c’est-à-dire au sein des centres de décision politique où la nature des pouvoirs est en train de muter. Sur le plan national, avec un brouillage des hiérarchies entre centres privilégiés et périphéries marginalisées. Enfin sur le plan sous-régional, avec la résurgence contestataire des territoires des confins, et les retombées des vides sécuritaires sur les pays voisins. Depuis 2012, la République centrafricaine (RCA), ravagée par la guerre civile, vit le démantèlement des fondements mêmes de son État, ce qui met en péril la paix et la sécurité au Cameroun, et au Congo-Brazzaville. Le golfe de Guinée est également exposé à certaines externalités sécuritaires. Dans le bassin du Congo, depuis 1996, la République démocratique du Congo (RDC) ploie sous le poids de rébellions soutenues par des États tiers. Des groupes armés font des incursions, pillent et se livrent à des actes de violence. Dans le bassin du lac Tchad, au-delà du péril Boko Haram, le nouveau front d’instabilité ouvert par la crise libyenne (après 2011), et ses répercussions sous-régionales, entraînent l’élargissement de la zone d’instabilité sahélo-saharienne vers le sud du lac.
De manière générale, deux types de violence prédominent dans cette région, et s’y recoupent parfois. Tout d’abord une violence insurrectionnelle, qui se développe à partir de désordres sociaux et dont les manifestations sont protéiformes (émeutes populaires, revendications médiatisées, etc.). Depuis octobre 2016 ce type de violence connaît une intensité croissante dans les deux aires anglophones du Cameroun (Nord-Ouest et Sud-Ouest), allant de l’intimidation ciblée aux prises d’otages. […]
PLAN
- Les menaces sur le golfe de Guinée
- La piraterie maritime : un serpent de mer
- De Yaoundé à Lomé : quelle plus-value dans la lutte contre la piraterie ? - La réactivation des conflits gelés
- Le delta du Niger : les imprévus de la paix par amnistie des bourreaux
- Le théâtre ambazonien ou l’expression singulière de l’anglophonie
Léon Koungou, docteur et enseignant en science politique à l’université Paris-13, est chercheur à la chaire Tocqueville en politiques de sécurité de l’université de Namur.
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Piraterie et insurrections dans le golfe de Guinée
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