Stabilité et croissance en zone euro : les leçons de l’expérience
La crise des dettes souveraines a agi comme un révélateur des déséquilibres et dysfonctionnements de la zone euro. Si la situation des pays de la périphérie a pu être stabilisée, les craintes se portent désormais sur les pays du centre qui – par la taille de leur économie – font peser un risque systémique sur toute l’Europe. Pour retrouver le chemin de la croissance, le nouveau gouvernement français doit réduire sérieusement les dépenses publiques et favoriser la compétitivité des entreprises.
Depuis les chocs pétroliers des années 1970, la question de l’orientation des politiques européennes se pose en des termes proches de ceux que nous connaissons aujourd’hui. Auparavant, les économies européennes étaient peu ouvertes : les exportations de biens et de services s’élevaient à 14 % du produit intérieur brut (PIB) en France dans les années 1960, avant de monter à 20 % au milieu des années 1970 et à 30 % au milieu des années 2000. L’ampleur des chocs pétroliers a d’emblée posé la question de leur répercussion asymétrique sur les économies et les devises européennes. Dès le premier choc, les deux principales économies européennes ont fait des choix très différents : l’Allemagne a opté pour un ajustement immédiat de son économie et la France pour un étalement graduel au moyen de politiques contracycliques (Chirac en 1975, Mauroy en 1981), ce qui a conduit à de fortes pressions sur les monnaies faibles (Italie, France...).
La divergence des politiques économiques, qui reflétait déjà l’alternative de la stabilité et de la croissance, comportait un problème de principe : sa contradiction via les évolutions opposées de leurs monnaies avec l’objectif d’unification des marchés. Du Serpent monétaire (1972-1978), au Système monétaire européen (SME) qui a suivi jusqu’en 1999, date d’entrée en vigueur de l’Union monétaire (UEM), toutes les variantes d’un accord européen de change visaient le refus de la fragmentation des marchés sans sacrifier les objectifs de croissance pour des économies confrontées à la montée du chômage.
Le dilemme entre stabilité des taux de change et croissance, et entre compatibilité et autonomie des politiques européennes, est donc indissociable de la construction européenne dans ce qu’elle peut avoir de plus fondamental depuis près de 45 ans. En révélant les risques des équivoques de la construction initiale, la crise de la zone euro a montré combien convergence et croissance ne pouvaient résulter d’une amplification des déséquilibres provoquée par la généralisation des déficits et le gonflement indéfini de l’endettement, mais qu’elles dépendaient d’une stratégie commune de compétitivité des entreprises et de la stabilité des politiques économiques.
La crise, révélateur des équivoques initiales
Les équilibres initiaux de l’Union monétaire traduisaient, avant tout, les arrière-pensées respectives des Allemands et des Français : écarter d’un côté une institutionnalisation du principe selon lequel « l’Allemagne paiera », d’où l’exclusion d’une union de transferts ; mettre fin, de l’autre, à la tutelle allemande de la politique budgétaire française, telle qu’elle était ressentie dans le cadre du SME via le mark. […]
PLAN
- La crise, révélateur des équivoques initiales
- La voie de la croissance
Alain Fabre est expert associé à la Fondation Robert Schuman et à l’Institut de l’Entreprise.
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