Six mois après : l'impact du conflit États-Unis - Iran
Bombardement de l'île de Larak, riposte iranienne sur diverses bases américaines dans le Golfe : après un mois de calme relatif, les hostilités ont repris entre Washington et Téhéran. Alors que le conflit s'enlise, quelles conséquences pour l'économie mondiale ?
Avec
- Laurence Nardon, Directeur du Centre du Programme Amérique de l'IFRI.
- Clément Therme, Chercheur associé, Programme Turquie/Moyen-Orient de l'IFRI
- Sébastien Jean, Directeur associé de l'Initiative géoéconomie et géofinance de l'IFRI
- Bruno Tertrais, Expert Associé - Géopolitique, Relations Internationales et Démographie, Institut Montaigne
Six mois après les attaques massives déclenchées par Washington et Jérusalem contre l’Iran dans l’espoir de faire tomber son régime, la troisième guerre du Golfe reste enlisée dans le détroit d’Ormuz. Depuis le protocole d’accord de juin, vite caduc, l’été n’a rien réglé. Cette semaine, les Etats-Unis ont bombardé l’Iran à deux reprises, Téhéran a riposté en ciblant les bases américaines dans plusieurs pays de la région avant d’entreprendre à son tour des frappes préventives. Le trafic maritime reste réduit et très risqué dans le détroit d’Ormuz, et sur les marchés les prix du pétrole et surtout du gaz sont repartis à la hausse.
Au cours de ces 6 derniers mois, comment comprendre la stratégie américaine, ou plutôt ses errements ? D’exhortations en injonctions contradictoires, de communiqués victorieux en promesses d’anéantissement de l’ennemi, Donald Trump n’a cessé d’exprimer les paradoxes de la nouvelle impuissance américaine dans ce Moyen-Orient dont il courtisait les richesses. Aucun des objectifs confusément alignés n’a été atteint : le régime iranien tient bon et s’est durci au mépris des souffrances de la population, ses capacités nucléaires n’ont pas été anéanties, pas plus que ses milices arabes, Hezbollah, Hamas, Houthis, toujours actives. Et le détroit d’Ormuz, artère névralgique du commerce mondial, reste à la main de Téhéran quoi qu’en pense Donald Trump, prêt à le rebaptiser "détroit Trump" – c’était mercredi dernier, sur son réseau social, sa dernière trouvaille.
L'impasse d'Ormuz
Le bilan s’alourdit de ce qu’il annonçait comme une simple excursion. Fragilisation des alliances avec les monarchies arabes ciblées par Téhéran, atteintes dans leur sécurité comme dans leurs ressources vitales. Démonstration sans conclusion d’une supériorité militaire massive mais aussi de l’usure de l’appareil productif au cours d’un conflit qui a coûté jusqu’ici plus de 37 milliards $. Bifurcation il y a quinze jours vers une autre stratégie : l’asphyxie économique et financière de l’Iran, et la menace de nouvelles sanctions secondaires à l’encontre de ses partenaires commerciaux.
Au désespoir de ceux qui espéraient y voir une habileté suprême, le président des Etats-Unis ne cesse d’improviser : il aime le chaos, et les occasions de parier encore et encore sur le jeu des marchés, au-delà du désordre de l’économie mondiale, du coût infligé aux consommateurs américains et à sa propre popularité, à huit semaines des élections de mi-mandat.
En visite officielle en Egypte ces jours derniers, le président chinois encourageait les pays de la région à se défaire d’un protecteur américain qualifié d’inconséquent. La Chine, et dans une moindre mesure, la Russie sont-elles les gagnantes de ce désordre international accru où les conflits en cours, dont l’Ukraine, se conjuguent et s’entremêlent ? Pour nous, en France et en Europe, quel est l’impact de ce conflit qui s’éternise, quelle incidence sur l’inflation et l’évolution des politiques publiques?
Écouter le podcast sur le site de Radio France.
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