Faire face à l'arsenal russe hypervéloce : défis et solutions pour l'Europe.
Depuis février 2022, les frappes de missiles et de drones à longue portée russes contre l'Ukraine rappellent presque quotidiennement ce que les États européens pourraient affronter dans une guerre contre la Russie. Les mêmes systèmes d'armes qui frappent les infrastructures et les centres de population ukrainiens seraient dirigés contre des cibles militaires et civiles européennes dans toute confrontation entre la Russie et l'OTAN. À mesure que la production russe de missiles s'accélère et que son arsenal se diversifie, l'Europe doit se confronter à une question inconfortable : comment dissuader, et le cas échéant combattre, l'arsenal de frappe russe à longue portée ?
L'arsenal de frappe à longue portée de la Russie comprend différents types de systèmes de missiles, allant des drones à munition rôdeuse longue portée de la série Geran aux missiles de croisière tels que le Kh-101 et le Kalibr, en passant par des missiles balistiques comme le Kh-47 Kinjal ou le 9M723 employé sur le système Iskander. Si chaque type de missile pose des défis qui lui sont propres, ce mémo se concentre spécifiquement sur l'arsenal russe de missiles à haute vélocité, c'est-à-dire ses missiles balistiques et hypersoniques. Ces systèmes se sont révélés, à bien des égards, les plus difficiles à contrer pour l'Ukraine, et l'on peut s'attendre à ce que les États européens soient confrontés à des difficultés similaires.
Les missiles balistiques sont des systèmes propulsés par fusée dont la trajectoire, après la phase de propulsion, est déterminée principalement par la physique balistique : ils décrivent un arc vers leur cible selon une trajectoire largement prévisible, même si une manœuvrabilité accrue constitue une caractéristique de plus en plus importante des missiles balistiques modernes. Plusieurs types de missiles balistiques atteignent une vitesse hypersonique (Mach 5 ou plus) durant leur phase de descente, en particulier ceux qui quittent l'atmosphère avant d'y rentrer. Le V-2 allemand, premier missile balistique opérationnel au monde, a atteint la vitesse hypersonique dès 1944, comme un grand nombre de missiles balistiques développés depuis. Un missile hypersonique ne se définit donc pas par la seule vitesse hypersonique, mais par sa capacité à combiner une vitesse hypersonique soutenue avec une manœuvrabilité significative durant les phases de vol médian et terminal.
À cet égard, la manœuvrabilité gouverne la trajectoire du missile plutôt qu'elle ne la module simplement. Trois types de systèmes de missiles répondent à ce critère : les planeurs hypersoniques (hypersonic boost-glide vehicles, HGV), les missiles de croisière hypersoniques et certains types de missiles aérobalistiques à plus longue portée. Contrairement aux missiles balistiques suivant une trajectoire parabolique classique dictée par la gravité, les missiles aérobalistiques suivent une trajectoire rasante qui les maintient dans l'atmosphère pendant tout ou partie de leur vol. Ce maintien en vol atmosphérique leur confère une capacité de contrôle aérodynamique durant les phases médiane et terminale, ce qui améliore leur capacité de correction de trajectoire tout au long du vol ainsi que leurs manœuvres d'évitement en phase finale.
Ce Briefing examine ce à quoi la réponse des États européens à la menace des missiles à haute vélocité peut et doit ressembler, en particulier telle qu'elle émane de la Russie. La Chine dispose d'un arsenal de missiles à haute vélocité comparable, et par certains aspects plus avancé. Toutefois, la menace russe demeurant la plus immédiate pour la planification de la défense européenne, ce mémo se concentre sur les systèmes de missiles présents sur le continent européen. L'argumentation s'articule autour de deux points. D'abord, la défense antimissile demeure indispensable, et les efforts visant à déployer une capacité souveraine et efficiente en matière de défense antimissile balistique et hypersonique doivent rester une priorité européenne de premier plan. Ensuite, la rareté des intercepteurs, les asymétries de coût et les difficultés à établir une couverture territoriale complète font qu'une posture reposant sur la seule défense échouera face à un adversaire capable de générer de la masse dans le domaine des missiles à haute vélocité. L'Europe a donc besoin d'une capacité complémentaire de contre-frappe conventionnelle qui menace de manière crédible d'une riposte calibrée.
Ce Briefing est disponible uniquement en anglais.
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