07
sep
2020
Espace Média L'Ifri dans les médias
Hans STARK, interview par Paul Véronique dans l'Express

Ultimatum, gazoduc... Les relations entre Moscou et Berlin mises à mal par le cas Navalny

L'empoisonnement du principal opposant à Vladimir Poutine pourrait notamment remettre en question le gigantesque projet de gazoduc Nord Stream 2. Un revirement de taille.

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Face à la Russie, l'Allemagne a décidé de hausser le ton. Réclamant des clarifications après l'empoisonnement de l'opposant russe Alexeï Navalny, Berlin a menacé Moscou de sanctions en fixant un "ultimatum" aux autorités russes pour apporter des réponses dans ce dossier. "Si dans les prochains jours la partie russe ne contribue pas à clarifier ce qui s'est passé alors nous allons devoir discuter d'une réponse avec nos partenaires" européens, a ainsi mis en garde le ministre allemand des affaires étrangères Heiko Mass dimanche dans une interview au quotidien Bild

Véritable bête noire de Vladimir Poutine, Alexeï Navalny est toujours hospitalisé à Berlin après un empoisonnement que les autorités allemandes attribuent au Novitchok, un puissant neurotoxique mis au point par l'armée russe à l'époque soviétique. [...]

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"L'affaire Navalny empoisonne de façon vraiment sérieuse les relations entre les deux pays. C'est en quelque sorte la goutte d'eau qui fait déborder le vase", analyse auprès de L'Express Hans Stark, professeur de civilisation allemande à la Sorbonne et conseiller pour les relations franco-allemandes à l'Ifri.
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Menace sur le projet de gazoduc Nord Stream 2
 
Cette fermeté, l'exécutif allemand l'a en tout cas réaffirmée ce lundi. Revenant à la charge, le porte-parole du gouvernement fédéral a indiqué qu'Angela Merkel n'excluait pas de possibles conséquences sur le gigantesque projet de gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l'Europe. [...]
 
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"L'arrêt définitif de ce chantier à plusieurs milliards d'euros serait un signe très clair que Poutine a franchi une ligne rouge. Mais cette position ne fait pas l'unanimité Outre-Rhin. Le ministre de l'Économie Peter Altmaier s'y oppose en raison de la dépendance énergétique du pays. Donc aujourd'hui tous les scénarios sont ouverts concernant l'avenir de ce projet de gazoduc", juge Hans Stark.

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Une relation durablement détériorée ?

De quoi laisser des traces à long terme sur la relation germano-russe ? C'est fort probable selon Hans Stark. "Ce gazoduc est le dernier élément palpable qui reste de la politique de rapprochement bilatéral entre les deux pays qui avait été conduite dans les années 2000 sous Gerhard Schröder. Aujourd'hui tous les projets lancés à cette époque sont gelés, il ne reste que ce gazoduc : une sorte de dernier symbole. Donc s'il devait être remis en question, cela mettrait les relations germano-russes au plus mal", estime le chercheur. [...]
 
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D'autant qu'un abandon ne serait pas sans conséquences pour l'Allemagne. Si ce gazoduc de 1200 kilomètres de long doit être exploité par le géant russe Gazprom, il a impliqué plus d'une centaine d'entreprises européennes, dont la moitié sont allemandes. [...]
 
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"Les sources d'approvisionnement en gaz sont limitées. Si le gazoduc est interrompu, l'Allemagne devra probablement se rabattre sur du gaz liquéfié américain, mais les relations restent froides avec les États-Unis en ce moment. Donc ce n'est pas une décision facile à prendre", souligne Hans Stark.
 
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gazoduc Relations germano-russes Allemagne Europe Russie