2027 : l'angle mort international
Jusqu'au premier tour de l'élection présidentielle d'avril 2027, Thomas Gomart analysera chaque mois le traitement des enjeux internationaux dans la campagne.
En mai 2026, à un an du scrutin, LCP-Assemblée nationale dénombrait trente-quatre candidats déclarés ou putatifs à l'élection présidentielle. Celle-ci ne se joue jamais, a-t-on coutume de dire, sur les enjeux de politique internationale. En avril 2026, une enquête Ipsos identifiait les sujets prioritaires pour 2027 et confirmait la nette prévalence des questions économiques et sociales chez les personnes interrogées, avec deux priorités: « Préserver le système de santé » et « améliorer le pouvoir d'achat des Français ». La politique internationale n'apparaissait qu'avec les huitième et neuvième sujets de préoccupation: « Mieux maîtriser l'immigration » et « maintenir la place de la France dans le monde ».
« En réalité, le président de la République, aussitôt élu, voyage, disparaît presque. Il disparaît de la scène politique intérieure », expliquait récemment François Hollande, avant d'ajouter: « Être président, c'est côtoyer la mort. C'est décider de la vie ou de la mort. » Manière de rappeler que la politique internationale se déroule toujours à l'ombre de la guerre. Le 24 février 2022, jour où débutait l'invasion de l'Ukraine par la Russie, Emmanuel Macron déclarait: « À ce retour brutal du tragique dans l'histoire, nous nous devons de répondre par des décisions historiques. » La guerre d'Ukraine fut la toile de fond du scrutin de 2022. Elle perdure alors que les attaques du 7 octobre 2023 ont entraîné une recomposition du Moyen-Orient à travers notamment le conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran. En 2027, il y a fort à parier que la saturation médiatique produite par Donald Trump jouera à plein.
Tout laisse à croire, en effet, que l'outrance va tenir lieu de campagne électorale. Forcément passionnelle, elle portera sur le « modèle » et l'« identité » de notre pays, deux préoccupations qui touchent directement à sa « souveraineté », c'est-à-dire à la dialectique entre sa situation intérieure et sa situation extérieure. Dans quelle mesure la seconde conditionne la première? Formuler ainsi cette question vaut positionnement politique tant le volontarisme, associé à l'homme (ou à la femme) providentiel et à notre monarchie républicaine, a longtemps permis de masquer le réel. Comme chacun sait, un président de la République française peut évidemment changer la vie, et le monde, par la magie de son verbe. Plus sérieusement, « le réel, c'est ce contre quoi on se cogne », disait Jacques Lacan (1901-1981); le prochain président, quel qu'il soit, va beaucoup se cogner. Et nous aussi. C'est pourquoi il n'est probablement pas inutile de s'interroger sur le niveau de préparation et, par conséquent, d'impréparation des candidats, en suscitant un débat qui porte moins sur les figures de style diplomatiques et les déclarations d'intention que sur la complexité et la gravité des enjeux internationaux.
La question de la guerre
Les logiques de puissance réapparaissent au grand jour. Elles obligent à formuler l'hypothèse de l'affrontement armé entre grandes puissances que l'on croyait, à tort, remisée avec les souvenirs de la guerre froide. En effet, les grandes, moyennes et petites puissances se battent pour prévaloir, sous une forme ou sous une autre, dans leurs régions d'influence et pour maîtriser des domaines clés comme la technologie nucléaire, l'intelligence artificielle ou l'exploration spatiale. Il n'est pas rare de voir des historiens établir des parallèles entre la période actuelle et celle des deux décennies ayant conduit à la Première Guerre mondiale. Ils constatent que les enquêtes d'opinion révèlent des niveaux de défiance mutuelle, notamment entre Chinois et Américains, comparables à ceux qui existaient avant la déflagration de 1914 entre Européens. Une chose est certaine: en matière stratégique, comme en finance, les performances passées ne garantissent nullement les performances futures. Pour les succès comme pour les faillites.
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