Allemagne : Après quatorze mois au pouvoir, Friedrich Merz ou la désillusion
Le chancelier devient le dirigeant le plus impopulaire de l’histoire du pays. Malgré ses promesses, il a échoué à contrer la montée du parti d’extrême droite AfD, qui tient congrès ce week-end.
L’« Atlas du bonheur », qui recense les endroits où il fait bon vivre, a placé Erfurt sur la première marche du podium national cette année : c’est dans cette ville moyenne en plein centre de l’Allemagne qu’on s’épanouirait le plus. Pourtant, ce week-end, la cité médiévale est le théâtre d’une grande colère. Dans une ambiance électrique, des dizaines de milliers de manifestants tentent de saboter le congrès annuel du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Ses délégués, dont plusieurs sont déjà surveillés pour leur radicalité politique, n’accèdent au centre des expositions que sous protection policière. Ces deux Allemagne face à face ne sont pas seulement un condensé des divisions de la société ; elles illustrent l’échec du système Merz.
À l’intérieur comme à l’extérieur de la salle du congrès, le chancelier cristallise les frustrations. « Dès qu’on mentionne son nom, les gens montent sur les barricades », constate l’écrivaine Jutta Falke-Ischinger qui vient de signer une biographie du leader conservateur. Les noms d’oiseaux et les attaques ad hominem fusent des deux côtés, amplifiés par les réseaux sociaux. « Si vous regardez ce qui circule sur moi, la manière dont on m’attaque et dont on m’avilit – aucun chancelier avant moi n’a eu à supporter cela », a déploré Merz lui-même dans une interview au Spiegel donnée au printemps.
Arrivé au pouvoir il y a quatorze mois, il est déjà le dirigeant le plus impopulaire de l’histoire de la République fédérale. Selon un sondage Infratest dimap publié jeudi, seulement 13 % des personnes interrogées se satisfont encore de son travail à la tête du gouvernement. L’AfD, à 27 % dans le sondage, s’installe durablement comme le premier parti d’Allemagne. La CDU-CSU du chancelier est donnée à 22 %.
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Texte citation
« Difficile de dire si cela va suffire à apporter un sursaut », tempère Paul Maurice, qui estime que les prochaines élections régionales, dans huit semaines, sont une « épée de Damoclès au-dessus des partis de la coalition ».
Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri
Séisme politique
Dans deux Länder de l’est, les sondages donnent l’AfD largement en tête. En Saxe-Anhalt, l’extrême droite, à plus de 40 %, s’apprête déjà à gouverner grâce au soutien de la populiste de gauche radicale prorusse Sahra Wagenknecht, qui vient de lui proposer une alliance anti-CDU.
Au-delà du séisme politique, ce sera aussi un revers personnel pour Friedrich Merz. En 2018, il était revenu en politique avec la promesse de diviser les scores électoraux de l’extrême droite par deux.
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