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Boycott touristique, tensions en haute mer… Cinq minutes pour comprendre la crise diplomatique entre la Chine et le Japon

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cité par Lino Prestimonaco dans

  Le Parisien 

 
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Depuis l’arrivée au pouvoir à Tokyo de Sanae Takaichi, les relations entre les deux géants se détériorent avec en fond la question de Taïwan.

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Conférence de presse de Sanae Takaichi, le 19 janvier 2026
Conférence de presse de Sanae Takaichi, le 19 janvier 2026
Rodrigo Reyes Marin/POOL/SOPA Images/Shutterstock
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Première nationalité parmi les touristes au Japon, les Chinois commencent à déserter le pays du Soleil Levant. Selon les chiffres officiels publiés ce mercredi par l’Agence japonaise du tourisme, ils n’étaient plus que 385 000, sur un an à s’être rendu chez leur voisin, au lieu de presque un million un an auparavant. Une chute spectaculaire de 60,7 % qui s’explique par des mesures de rétorsions du gouvernement de Pékin. Ce dernier a émis un avertissement déconseillant les voyages de ses ressortissants vers le Japon et a réduit la fréquence des vols.

Ces derniers mois, les relations entre les deux superpuissances asiatiques se sont particulièrement détériorées depuis l’arrivée au pouvoir à Tokyo de la Première ministre Sanae Takaichi. En novembre, à peine quelques jours après son arrivée à la tête de la quatrième puissance mondiale, la conservatrice avait déclaré que le Japon pourrait intervenir militairement si la Chine lançait une offensive contre Taïwan.

Une prise de conscience sur Taïwan

Pour autant, les inquiétudes de Tokyo vis-à-vis de Taïwan située à peine à 108 km de l’île nippone de Yonaguni, dans la préfecture d’Okinawa ne sont pas nouvelles mais n’avaient jamais été exprimées aussi franchement. 

« Sanae Takaichi a endossé en tant que Première ministre une position du Japon qui avait déjà été exprimée par d’autres responsables politiques », note Marc Julienne, directeur du Centre Asie de l’Institut français des relations internationales (Ifri).

En août 2022, alors que Pékin mène un exercice de grande ampleur autour de Taïwan, plusieurs missiles balistiques chinois sont retombés par erreur dans la zone économique exclusive du Japon. Cet épisode « a fait prendre conscience de manière très aiguë aux Japonais qu’une escalade militaire dans la région impliquerait leur pays », estime le chercheur.

Les déclarations de novembre dernier de la Première ministre ont provoqué l’ire de Pékin qui a répliqué par une série de mesures de rétorsions économiques touchant non seulement le tourisme mais aussi l’exportation de produits de la mer. Le géant asiatique est même allé jusqu’à annuler la sortie de films chinois chez son voisin. Fin janvier, Pékin a même rapatrié deux pandas qu’elle avait prêtés à un zoo de Tokyo, laissant le Japon sans pandas pour la première fois depuis 1972. Un symbole diplomatique fort.

Blessures historiques

Au tour du pays du Soleil levant de répliquer le vendredi 13 février en procédant à la saisie d’un bateau de pêche chinois dans sa zone économique exclusive et à l’arrestation de son capitaine, une première depuis près de trois ans d’après l’agence de presse Kyodo.

Bien que particulièrement virulent, ce pic de tensions entre les deux géants asiatiques n’est pas le premier. Le Japon et la Chine sont en conflit depuis des décennies sur la souveraineté d’un minuscule archipel inhabité : les îles Senkaku ou Diaoyu en chinois. L’hostilité entre les deux pays tient aussi des conflits qui les ont opposés dans les années 1930 et lors de la Seconde Guerre mondiale. 

« Contrairement à l’Europe où il y a eu une vraie réconciliation, l’Asie de l’Est n’a pas vraiment fait ce travail là et les blessures sont toujours très présentes », explique Marc Julienne.

Échec de la stratégie chinoise

Si les chiffres du tourisme publiés ce mercredi suggèrent un réel impact économique des mesures chinoises, Pékin a cependant échoué à faire plier Sanae Takaichi. Les électeurs semblent avoir donné raison à la Première ministre puisque son parti a remporté les deux tiers des sièges de la Chambre des représentants lors de législatives anticipées le 9 février dernier. « C’est un camouflet pour Pékin », constate Marc Julienne. « Les Japonais soutiennent sa politique malgré les mesures de représailles et le manque à gagner économique », poursuit-il. « Les Japonais soutiennent sa politique malgré les mesures de représailles et le manque à gagner économique », poursuit-il. Si les visiteurs chinois désertent l’archipel nippon, le nombre de voyageurs sud-coréens en janvier a bondi de 21,6 % pour atteindre 1,17 million, et celui des visiteurs taïwanais a bondi de 17,0 % pour s’établir à 694 500. Désormais Pékin, peut se risquer à poursuivre l’escalade utilisant d’autres leviers de pression sur le Japon qui dépend de l’approvisionnement chinois en minerais critiques. Tokyo cherche en conséquence à développer ses propres technologies de recyclage des minerais et cherche de nouveaux moyens d’alimenter son industrie de haute technologie. Début février l’empire nippon a confirmé la découverte d’un immense gisement de terres rares en haute mer qui pourrait constituer selon ses premières estimations, la troisième réserve mondiale de métaux critiques.

>> Retrouver l'article en intégralité sur le site du Parisien.

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Lino Prestimonaco

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Marc JULIENNE

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Conférence de presse de Sanae Takaichi, le 19 janvier 2026
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