Condamnation de Jimmy Lai : «C’est le dernier clou dans le cercueil de la démocratie hongkongaise»
L’ex-magnat des médias, symbole de l’opposition du territoire à Pékin, a été condamné ce lundi 9 février à vingt ans de prison. Pour Marc Julienne, directeur du Centre Asie de l’Ifri, il pourrait être la dernière grande figure prodémocratie condamnée, tant le mouvement a déjà été étouffé.
Un « arrêt de mort ». A 78 ans, Jimmy Lai, père fondateur du média prodémocratie Apple Daily, a été condamné à vingt ans de prison par les autorités hongkongaises, ce lundi 9 février. Il était accusé de publications séditieuses et de collusion avec l’étranger. Pour justifier ce coup de massue contre la liberté de la presse, les juges ont invoqué la très polémique loi sur la sécurité nationale. Marc Julienne, directeur du Centre Asie de l’Institut français des relations internationales (Ifri), analyse ce que cette condamnation révèle de la politique menée par la Chine.
Qu’est-ce que cette loi de sécurité nationale en vertu de laquelle Jimmy Lai a été condamné ?
La loi de sécurité nationale appliquée à Hongkong est doublement problématique. D’après la Constitution hongkongaise – la « Basic Law » –, toutes les questions de sécurité, notamment de sécurité publique, sont la prérogative du Parlement de Hongkong. Or, cette loi a été adoptée par le Parlement à Pékin en juin 2020 : elle est ainsi inconstitutionnelle au regard du droit hongkongais. Cette loi est donc d’abord controversée pour son absence de légitimité.
Ensuite, dans ses dispositions même, le texte est totalement flou : il offre une marge de manœuvre immense aux services de sécurité chinois. Il impose, par exemple, une nouvelle agence de sécurité dont le personnel vient directement de Pékin, en particulier des ministères de la Sécurité publique et de la Sécurité d’Etat. Le personnel de cette agence n’est pas soumis à la loi et aux services de sécurité présents à Hongkong. Pour le dire plus simplement : ils sont au-dessus des lois.
Que pouvez-vous dire du quotidien Apple Daily, fondé par Jimmy Lai et accusé d’être prodémocratie ?
Apple Daily est un symbole. Hongkong était un territoire britannique jusqu’en 1997, quand il a été rétrocédé en vertu de l’accord signé en 1984 entre Deng Xiaoping et Margaret Thatcher. Depuis, il répond au principe d’un pays deux systèmes. Un pays, la république populaire de Chine, mais deux systèmes parce qu’Hongkong a des spécificités en matières fiscale, douanière, juridique et culturelle, puisqu’anciennement britannique.
Lai et son journal «Apple Daily» incarnent la presse libre, selon le chercheur Marc Julienne.
Une transition politique s’est alors développée, non pas vers une intégration au Parti communiste chinois, mais vers plus de démocratie. C’est dans ce contexte que la presse libre – libre de critiquer le gouvernement chinois – s’est développée. Une presse incarnée par la figure de Jimmy Lai, qui a tout pour déplaire aux autorités chinoises.
[…]
>> Une interview a retrouver en intégralité sur le site de Libération.
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