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Décrédibilisée face à une Allemagne décidée à se réarmer, la France peine à faire entendre sa voix

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cités par Isabelle Lasserre dans

  Le Figaro 

 
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Alors que l’actualité donne raison au discours de puissance défendu de longue date par Paris, la crise politique et l’état catastrophique des finances publiques ne lui permettent pas de s’imposer face à une Allemagne décidée à se doter de l’armée la plus puissante d’Europe.

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Il ne faut pas réduire une relation bilatérale à une vidéo, mais celle qui, à la conférence de Munich, montre Emmanuel Macron ignoré par le chancelier allemand Merz en train de parler avec le premier ministre britannique Starmer est un parfait symbole de l’état des relations entre Paris et Berlin.

C’est le monde à l’envers ! Quand un ministre de la Défense allemand critique la France en jugeant ses efforts de défense « insuffisants », c’est que quelque chose ne tourne pas rond. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Paris a exhorté l’Allemagne à sortir de son traditionnel pacifisme et à prendre exemple sur le dynamisme militaire de la France pour investir davantage dans sa défense et donner plus aux Ukrainiens. Quatre ans après l’invasion russe, c’est comme si les rôles avaient été inversés…

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Texte citation
Elle a du mal à conserver le leadership sur son cœur de métier, la défense. « Peut-être Macron a-t-il eu raison trop tôt ou peut-être le moment est-il venu trop tard » résume Paul Maurice, spécialiste de l’Allemagne à l’Ifri. Il ajoute : « La France n’a plus les moyens de ses ambitions. »

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Paul MAURICE
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Au moment où le tragique de l’Histoire enveloppe à nouveau l’Europe et où les idées françaises de puissance ont enfin le chemin libre pour se déployer, les faiblesses internes du pays entravent l’influence de Paris et sa capacité de conviction. 

« Depuis 2024, nous sommes démonétisés », poursuit Paul Maurice. La dissolution et la crise politique permanente qu’elle a entraînée dans l’Hexagone ont décrédibilisé la France, qui n’a plus les moyens de mener à bien des réformes structurelles indispensables. À la conférence de Munich, la seule question des partenaires européens, qui ont vu la montée du RN au scrutin anticipé post-dissolution, concerne l’élection de 2027. Avec la possibilité d’un nouveau président français aligné sur les positions russes, à quoi bon investir dans la relation avec Paris aujourd’hui ? 

Recul industriel, état catastrophique des finances

Mais le désaveu prend aussi appui sur le recul industriel et sur l’état catastrophique des finances françaises. Non seulement, comme la crise politique, elle empêche les réformes, mais elle limite, malgré les effets d’annonce, le montant de l’aide à l’Ukraine et celui alloué au budget de la défense, dont l’augmentation ne modifiera pas la taille de l’armée. 

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Ces freins économiques et politiques expliquent en partie pourquoi la parole de la France, malgré des jeux habiles comme au Groenland, est de moins en moins audible à l’étranger. 

Texte citation
À Munich, Thomas Gomart, le directeur de l’Institut français des relations internationales (Ifri), a lui aussi constaté « le grand décalage entre la vision d’Emmanuel Macron et celle que nos partenaires ont de notre économie, entre la prétention et la réalité, en matière de capacité à réformer ».

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Thomas GOMART
Thomas GOMART
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Il y a aussi des différences d’approche vis-à-vis de la relation transatlantique. Quand Emmanuel Macron sait prendre ses distances en plaçant l’Europe en exemple à Munich, l’Allemagne, et avec elle l’Italie et des pays du centre et de l’est du continent, restent très attachés au lien transatlantique, qu’ils ne veulent pas sacrifier, même pour Donald Trump. 

Enfin un chancelier qui prenait la mesure des changements… 

Entre Emmanuel Macron et Friedrich Merz, sur le papier, tout devait pourtant très bien se passer. Enfin un chancelier qui prenait la mesure des changements du monde et acceptait de renouer avec la puissance militaire. « Mais on a pris nos désirs pour des réalités. On n’a pas pris en compte le poids du système allemand », explique Paul Maurice. Mais surtout, le réveil allemand, tant espéré à Paris, a contribué à étouffer la voix française. Longtemps, l’Allemagne a incarné les moyens économiques et la France, la volonté politique et militaire. « Parler de l’Allemagne au ministère de la Défense français, c’est comme parler de la France au ministère des Finances allemand », résumait avec humour Paul Maurice au séminaire franco-allemand de Fischbachau, qui s’est tenu, comme chaque année, fin janvier en Bavière. 

Mais, depuis que Friedrich Merz, comme il l’a redit à Munich, a décrété « la fin des longues vacances loin de l’histoire du monde », qu’il a lancé un très grand programme d’investissement dans la défense et promis de faire de la Bundeswehr « la plus grande armée conventionnelle d’Europe », il empiète sur les ambitions françaises. Quand l’un parle et promet, l’autre fait et agit… 

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« L’Allemagne réarme vraiment, mais pour quoi faire ? Pour quel poids géopolitique ? On ne sait pas encore si l’Allemagne aura la capacité psychologique de faire la guerre. Mais la France a peur de perdre la dernière chose qu’elle faisait mieux que les Allemands », commente Paul Maurice, le spécialiste de l’Ifri.

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Paul MAURICE
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Certains considèrent que, malgré la crise, le moteur franco-allemand n’a pas le droit de tomber en panne. « Face au déferlement du monde qui menace notre continent, le tandem est plus que jamais nécessaire. Mais il doit être plus ouvert », estime l’ambassadeur de France à Berlin François Delattre, au séminaire de Fischbachau. En attendant, du dialogue avec Poutine aux projets de défense industriels, en passant par le Mercosur, les avoirs gelés russes et les emprunts européens, les divergences creusent encore l’écart au détriment de la France, qui risque le déclassement. 

  • Comme le résume Thomas Gomart : « Avant, les Allemands avaient du temps et pas d’argent. Aujourd’hui ils ont de l’argent mais pas de temps. Ils ne veulent pas attendre les Français. On risque de voir, d’un côté, une logique allemande de puissance, et, de l’autre, une logique française de puissance ruinée. »

 

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