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Derrière les sourires, des clivages profonds à l’OTAN

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Entre communiqué minimaliste et européanisation inachevée, le sommet d’Ankara a révélé les fragilités d’une Alliance en quête de cohésion. Elle devra s’affranchir de lourds paradoxes.

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Les dirigeants de l'OTAN participent à une séance de travail lors du sommet de l'OTAN à Ankara, le 8 juillet 2026.
Les dirigeants de l'OTAN participent à une séance de travail lors du sommet de l'OTAN à Ankara, le 8 juillet 2026.
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Un engagement « indéfectible » des alliés envers l’article 5, une aide de 70 milliards d’euros allouée à l’Ukraine, « beaucoup d’amour dans la pièce », selon Donald Trump.

En façade, le sommet annuel de l’OTAN, qui a pris ses quartiers à Ankara (Turquie) les 7 et 8 juillet derniers, s’est déroulé sans accroc majeur. Malgré la violence du président américain envers l’Espagne, «un horrible partenaire qui ne paie pas assez», avec qui les Etats-Unis «vont arrêter de commercer». Malgré, aussi, le retour fracassant du dossier Groenland, territoire qui doit être «contrôlé» par les Etats-Unis.Les félicitations dominaient toutefois les discours des chefs d’Etat, tous repartis de Turquie avec, dans leurs valises, un… revolver offert par le président Erdogan. A l’issue de deux jours de réunion, la surface de l’Alliance est peut-être égratignée, mais pas encore touchée par balle. Sa structure profonde, en revanche, souffre de sérieux paradoxes. Décryptage avec la chercheuse Amélie Zima, responsable du programme «sécurité européenne et transatlantique» de l’Institut français des relations internationales (Ifri).

Quels enseignements peut-on tirer à la lecture de la déclaration finale du sommet d’Ankara ?

Elle est de taille très réduite par rapport aux précédentes éditions et comporte à peine six paragraphes. Certains sujets majeurs n’y sont plus mentionnés. La Russie et la Chine, par exemple, ne sont que peu, voire pas, citées. Il manque également la traditionnelle mention du prochain sommet en fin de communiqué. En principe, l’Albanie est le futur hôte. Au sein de l’Alliance, il se dit que tenir un sommet chaque année devient quelque peu inutile. La pratique est d’ailleurs très récente dans l’histoire de l’organisation. Durant la guerre froide, période de fortes tensions, 10 sommets ont eu lieu en 40 ans. L’OTAN reviendrait donc à des pratiques antérieures. La préparation des sommets impose un travail important pour, souvent, accoucher d’une souris. Réduire la fréquence permettrait également d’éviter les esclandres avec Trump. Ses attaques à l’encontre de l’Espagne, par exemple, sont très préjudiciables pour l’Alliance, censée représenter une «communauté de sécurité». Les alliés ne doivent pas craindre le recours à la force entre eux. Cette assurance est mise en péril avec Trump, qui s’inscrit dans une posture de coercition et de mépris du droit international. Se réjouir de l’engagement des alliés pour l’article 5, c’est vraiment le minimum vital pour que l’Alliance continue à prétendre exister.

L’Ukraine semble tirer son épingle du jeu: elle percevra une aide de 70 milliards des alliés, ainsi que la possibilité de fabriquer des missiles américains Patriot sur son sol…

Pour les Patriot, les industriels concernés n’étaient pas au courant avant l’annonce de Donald Trump. La viabilité de ce projet est incertaine. Qui va le financer, avec quelle main-d’œuvre? Actuellement, seuls deux pays fabriquent ces missiles hors du territoire américain: le Japon et l’Allemagne. Finalement, même si l’Ukraine souhaitait acquérir ce droit, l’annonce soulève plus d’interrogations qu’elle ne rassure. Par ailleurs, les perspectives d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN sont inexistantes dans le communiqué final. Cela traduit une vraie régression. Après le sommet de Washington en 2024, on pouvait lire que «l’avenir de l’Ukraine est dans l’OTAN». Le vocabulaire était très fort. Ce n’est plus du tout le cas. Dans ce même communiqué de 2024, les crimes de guerre de la Russie étaient également dénoncés. Tout cela a disparu. L’influence de Trump n’y est pas étrangère. En réalité, il existe de tels clivages entre alliés que le communiqué de 2026 est minimaliste.

Le transfert de compétences de l’OTAN détenues par les Etats-Unis vers l’Europe a fait office de grande annonce. Qu’en est-il dans les faits ?

L’européanisation de l’OTAN est un vœu pieux, mais qui ne se réalise pas. La conférence Flags to Post , qui s’est tenue début 2026, décide de l’attribution des «top jobs» militaires au sein de l’OTAN. Celle-ci a démontré, contrairement à ce qu’on pouvait penser, que les Américains n’ont pas lâché de postes importants. En plus du SACEUR (le commandant suprême), les Etats-Unis conservent la majorité des commandements militaires (air, mer, terre). Les Européens doivent se contenter des commandements interarmées. Et même à cet échelon, ils n’ont pas tout à fait la main. En regardant plus finement dans la structure, les Américains y conservent des postes subalternes clés. En résumé: le contrôle opérationnel étasunien reste encore extrêmement fort dans le cas où l’OTAN partirait en guerre.

Pourquoi le secrétaire général Mark Rutte se félicite-t-il alors d’une OTAN plus européenne? N’est-ce que du discours ?

Oui, ou presque. Le transfert de responsabilités vers l’Europe est inexistant. La répartition des statuts ne permet pas de dire qu’il y a un réel burden shifting (littéralement «transfert de fardeau»), comme souhaité par l’OTAN 3.0 imaginée par le secrétaire d’Etat américain à la Défense Pete Hegseth. Celui-ci exigeant que l’Europe prenne la tête de la défense de son continent. Il y a donc un vrai paradoxe dans la position américaine, qui demande aux Européens d’assumer des fonctions plus importantes, mais sans réellement les leur céder. L’européanisation est également limitée en matière de production industrielle: une partie du matériel américain est «achetée sur étagères» en Europe, et quelques produits sont fabriqués sous licence (comme les Patriot en Allemagne). Comme on peut le constater, la définition d’autonomie stratégique entre l’OTAN et l’Union européenne n’est donc pas forcément la même.

Derrière les discours politiques, les Etats-Unis semblent donc tenir plus que tout aux postes clés de l’Alliance. Etes-vous d’ailleurs d’accord pour dire qu’ils ne quitteront pas l’Alliance, comme certains le redoutent ?

Tout à fait. Les Etats-Unis n’ont pas l’ambition de quitter l’OTAN, et ce, pour plusieurs bonnes raisons, dont la principale: l’Alliance assure leur projection de puissance dans le monde. Elle leur procure aussi une tête de pont en Europe avec de nombreuses bases. Par ailleurs, si les Etats-Unis rapatriaient tous leurs soldats, encore faudrait-il savoir où les mettre. Les soldats américains en Europe sont de facto reliés à des stationnements permanents. Donc, oui, les Etats-Unis ont besoin de l’OTAN.

> Lire également l'interview sur le Levif.be

 

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Amélie ZIMA
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