« On en revient toujours à la question des valeurs » : entre Paris et Berlin, le rendez-vous manqué d’Emmanuel Macron et de Friedrich Merz
DÉCRYPTAGE - Un an après l’accession au pouvoir du chancelier allemand, les espoirs de relance de la relation franco-allemande n’ont pas été réalisés.
Crépusculaire, la relation franco-allemande attend encore son renouveau. Un an après l’accession au pouvoir du chancelier Friedrich Merz, les espoirs que son élection avait suscités à Paris paraissent déjà s’être évanouis. Entre le président de la République, Emmanuel Macron, et lui, les désaccords et les incompréhensions se sont accumulés sans que soient trouvées de solutions. Les deux dirigeants promettaient pourtant de réactiver le « réflexe » franco-allemand, abîmé à la fin des années Merkel et par le mandat d’Olaf Scholz.
Le nouveau chancelier chrétien-démocrate parlait de « souveraineté européenne », le président français de « resynchronisation » de la relation. Mais ils n’ont pas réussi à surmonter leurs différends. Alors qu’ils se sont affaiblis sur leurs scènes intérieures respectives, ni l’un ni l’autre ne semble avoir de ressources pour rebondir. À un an de l’élection présidentielle en France, la parole du chef de l’État se démonétise. Quant au chancelier, il a été rattrapé par les divisions de sa coalition. La progression de l’extrême droite en France et en Allemagne mine leur autorité. La possibilité d’une victoire du Rassemblement national en 2027 tétanise Berlin autant que la poussée persistante de l’Alternativ für Deutschland de l’autre côté du Rhin. Le tandem franco-allemand, en panne régulière depuis des années, connaît une nouvelle phase d’attentisme.
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« Même si personne ne peut prédire les résultats électoraux, la conviction se répand en Allemagne que la France peut basculer. Cette perspective empêche l’Allemagne de s’engager », explique Paul Maurice, le secrétaire général du Comité d’études des relations franco-allemandes à l’Ifri. Ce qui paraissait comme une hypothèse en 2022 est devenu un scénario crédible pour 2027. « La progression de l’extrême droite agit comme une épée de Damoclès », poursuit l’expert.
Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri
Mais cette paralysie touche aussi l’Allemagne. Dans les derniers sondages, l’AfD concurrence, voire devance, les chrétiens-démocrates. Les prochaines échéances régionales en Saxe-Anhalt, en Mecklembourg-Poméranie et même à Berlin s’annoncent difficiles pour la CDU de Friedrich Merz, qui s’est enfoncé dans des abîmes d’impopularité. Fin avril, il a reconnu qu’il ne pouvait « pas garantir » que son gouvernement tienne jusqu’aux prochaines élections en 2029. Pour se maintenir, il doit recentrer son discours sur son électorat et sur les priorités allemandes… qui ne sont pas celles de la France.
« Trop d’espoirs »
« Il y a eu trop d’espoirs autour de Friedrich Merz », poursuit Paul Maurice, en rappelant aussi le faux départ lors de son investiture : il n’avait pas recueilli les suffrages suffisants. « Après le Conseil des ministres franco-allemand d’août 2025, la relation entre les deux pays a commencé à se dégrader. Tout d’abord en raison de la situation politique en France, avec la chute du gouvernement Bayrou et les difficultés à voter le budget. La France est réapparue comme un partenaire peu fiable », explique le chercheur. « Ensuite, il y a eu les tensions sur le Mercosur », ajoute-t-il. L’accord de libre-échange, négocié depuis plus de vingt ans est soutenu par Berlin mais rejeté par Paris. Pour l’Allemagne, cette prise de position est incompréhensible.
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Après le Conseil des ministres franco-allemand d’août 2025, la relation entre les deux pays a commencé à se dégrader. Tout d’abord en raison de la situation politique en France, avec la chute du gouvernement Bayrou et les difficultés à voter le budget. La France est réapparue comme un partenaire peu fiable.
Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri
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Avec sa puissance industrielle, l’Allemagne, qui ambitionne de détenir la plus grande armée conventionnelle d’Europe, veut jouer un rôle de premier plan. Avec plus de 100 milliards d’euros pour sa défense, elle distancie la France avec 64 milliards d’euros en 2027. Le couple franco-allemand s’en trouve déséquilibré, puisque l’armée allemande, contrairement à l’armée française, n’a pas d’expérience opérationnelle réelle. Malgré ces tensions, la volonté de Paris et Berlin de renforcer leur lien n’a pas disparu. Après le discours d’Emmanuel Macron sur la « dissuasion avancée » en Europe, la France et l’Allemagne ont annoncé la création d’un « groupe de pilotage nucléaire ». Pour Berlin, qui compte toujours sur la dissuasion de l’Otan, c’est une évolution majeure.
- Face aux divergences d’intérêts, seule la volonté politique et diplomatique permet à la relation franco-allemande de résister. « On en revient toujours à la question des valeurs », souligne le spécialiste des sujets européens Paul Maurice. Le souvenir des vicissitudes de l’histoire, qui ont marqué durablement les deux pays, a pour l’instant empêché le couple allemand de se déchirer irrémédiablement.
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