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Enseignements géopolitiques de la capitalisation boursière mondiale

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Comme tous les ans, le cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC) a publié son classement des cent premières capitalisations boursières mondiales, qui s’élèvent à 51 trillions de dollars. En dépit des chocs géopolitiques, ce chiffre a augmenté de 22 % en un an. La capitalisation boursière offre un indicateur de la disponibilité des capitaux répartis selon des secteurs d’activité plus ou moins rentables pour les actionnaires, qui attendent des retours de leurs participations dans les appareils productifs. Plusieurs enseignements peuvent être tirés.

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Thomas Gomart, Ifri
Thomas Gomart, directeur de l'Ifri
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Les soixante-deux entreprises américaines représentent 75 % de la capitalisation totale. Ce chiffre s’élevait à 40 % après la crise financière de 2008. Autrement dit, la domination des entreprises américaines s’exerce au moment où l’administration Trump revendique son unilatéralisme. Ce paradoxe explique sans doute les certitudes sans cesse assénées par la Maison blanche. Le « Make America Great Again » (MAGA) s’exprime avant tout en revenus financiers. La guerre commerciale lancée en avril 2025 s’est traduite par une activité boursière débridée dopée par le déploiement de l’intelligence artificielle (IA). La Chine compte huit entreprises, qui ne représentent que 7 % de la capitalisation boursière des groupes américains, ce qui illustre l’ampleur unique des marchés financiers américains. Avec seize entreprises, l’Europe connaît un léger recul et une capitalisation boursière qui correspond à 10,5 % de la capitalisation américaine. ASML, première entreprise européenne, qui produit des puces électroniques ultra-sophistiquées, pointe à la vingtième place. Sa capitalisation équivaut à un dixième de celle de Nvidia, le premier du classement. Aramco, la compagnie nationale saoudienne, apparaît à la sixième place. La Corée du Sud, Taïwan, l’Australie et le Japon dénombrent sept entreprises alors que l’Inde en compte une. Quatre entreprises françaises figurent dans le classement : LVMH, L’Oréal, TotalEnergies et Hermès.

La concentration de valeur autour de sept entreprises appelées les Magnificent Seven, qui, outre Nvidia, regroupent Apple, Alphabet, Microsoft, Amazon, Meta et Tesla. Elles représentent 37 % de la capitalisation boursière mondiale et les cinq entreprises les plus rentables au monde ce qui donne à leurs dirigeants un pouvoir politique unique. Chacun d’entre eux entretient des liens spécifiques avec la Maison blanche. Le secteur des technologies devance très largement celui de la communication, puis des services financiers. Les activités industrielles sont beaucoup moins rentables. Avec le déploiement de l’IA, cette tendance devrait s’accentuer dès les années à venir.

La répartition du capital conduit évidemment à s’intéresser à sa circulation. La notion de « corridor » est de plus en plus souvent utilisée pour illustrer l’orientation des flux financiers et de production. Les tensions géopolitiques sont ressenties à la fois dans les investissements et dans les opérations de fusion-acquisition. Cette analyse rompt avec la conception de la mondialisation qui a longtemps prévalu : celle d’une fluidité maximale des échanges. Les banques feignent de redécouvrir les goulets d’étranglement et les contraintes politiques. Désormais, elles estiment que les priorités en matière de sécurité nationale déterminent la circulation des capitaux et la structuration des grands accords.

Selon la banque Lazard, quatre corridors se dessinent. Le premier concerne les relations entre l’Occident et la Chine. Les États-Unis et l’Union européenne diminuent très significativement leurs investissements en Chine, à l’exception du secteur de la santé. Le deuxième corridor relie l’Occident à des pays permettant de limiter ses expositions à la Chine : l’Inde, le Mexique ou le Vietnam dans lesquels des investissements massifs s’observent dans le domaine électronique. Le corridor transatlantique fait preuve de résilience en dépit de la guerre commerciale. Enfin, le corridor entre les États-Unis et les pays du Golfe est alimenté par les investissements massifs dans le domaine de l’IA. Plus que jamais, il est nécessaire de suivre le cours de la géofinance, définie comme la politisation simultanée des flux financiers et d’information, pour anticiper les évolutions géopolitiques.

> Lire la chronique sur le site de la revue Études.

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