Entretien. "Si les États-Unis attaquent le Groenland, ce sera la mort de l’OTAN"
Les États-Unis ont à plusieurs reprises exprimé leur volonté d'annexer le Groenland, territoire danois. Des menaces qui ont poussé la première ministre danoise, Mette Frederiksen, à évoquer la fin de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Le point avec Amélie Zima, responsable du programme Sécurité européenne et transatlantique à l’Ifri.
Donald Trump a renouvelé cette semaine sa volonté d'annexer le Groenland, territoire danois, invoquant un "besoin (...) vital" américain de sécurité face à la Chine et la Russie, présents dans la région arctique. [...] Dans la foulée, plusieurs États européens ont publié une déclaration conjointe, affirmant que "le Groenland appartient à son peuple. Il appartient au Danemark et au Groenland, à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland."
Mais le Vieux continent demeure inquiet : les velléités américaines peuvent-elles entraîner la mort de l'OTAN ? Geo fait le point avec Amélie Zima, docteur en sciences politiques, responsable du programme Sécurité européenne et transatlantique à l’Ifri et autrice d'un Que sais-je, sur l'Otan (éd. Que sais-je, 2021 et 2023).
Les menaces de Donald Trump sur une possible annexion du Groenland constituent-elles, selon vous, une violation du droit international et des principes fondateurs de l’OTAN ?
Amélie Zima : Donald Trump ne respecte pas le droit international, et ne respecte pas l’intégrité territoriale des États. C’est éminemment problématique. Ce faisant, il ne respecte pas le Traité de l’Atlantique Nord, signé en 1949, qui inscrit son action dans le cadre de la Charte des Nations unies.
L’article 1 du Traité stipule que "les parties s'engagent à régler par des moyens pacifiques tous différends internationaux dans lesquels elles pourraient être impliquées (...) et à s'abstenir dans leurs relations internationales de recourir à la menace ou à l'emploi de la force".
Les États membres de l’Otan ne sont pas censés entreprendre des actions armées, quelles qu'elles soient, sauf dans le cadre de la légitime défense. Clairement ici nous ne sommes pas dans un cadre de légitime défense, mais dans une action qui contredit complètement l’article 1, et l’article 2, qui stipule que les États membres "contribueront au développement de relations internationales pacifiques et amicales".
Il y a une contradiction totale entre ces principes et ce que dit Donald Trump. Mais le président américain n’aime pas le multilatéralisme, il fonctionne depuis son premier mandat sur une base principalement bilatérale. Il s’avère par ailleurs que le Danemark est normalement plutôt atlantiste, et est lié aux États-Unis non seulement par l’OTAN mais aussi par un accord de défense signé en 1951. Donc les menaces de Washington remettent en cause deux alliances.
Est-ce une situation inédite dans l’histoire de l’OTAN ? Une attaque américaine au Groenland marquerait-elle la fin de l’Alliance créée en 1949, comme l’a souligné la première ministre danoise, Mette Frederiksen ?
Il y a déjà eu des situations de tensions dans l’OTAN, mais une situation où un membre, qui plus est la première puissance mondiale, censée porter l’Alliance, menace d’annexer une région d’un autre État membre, c’est inédit. Entre la Grèce et la Turquie il y a un énorme différend, mais les Turcs n’ont pas envahi l’île d’Eubée, et les Grecs n’ont pas envahi le Bosphore ! Le fait que la première puissance politique et militaire mondiale enfreigne à ce point les principes du droit international, c’est du jamais vu.
L’attaque d’un État membre par un autre État membre est un cas de figure qui n’est absolument pas prévu par les traités. Donc personne à ce stade n’y croit sérieusement, mais si le Groenland est attaqué, ce sera la mort de l’Alliance.
Cela voudrait dire que l’Alliance ne remplit pas son rôle qui est d’être une communauté de sécurité. L’intérêt d’être dans l’OTAN c’est le multilatéralisme, la "garantie des mousquetaires", l’idée c’est qu’ils ne doivent pas s’attaquer entre eux et qu’ils sont tous alliés. Si un État attaque un autre, la raison d’être de l’alliance est bafouée. Je ne vois pas comment l’OTAN pourrait se remettre de cela.
[...]
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