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France-Mauritanie : un "modèle de relation apaisée" entre Paris et une ancienne colonie

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cité par David Rich dans

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Le président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani entame mercredi une visite d’État en France, une première depuis des décennies pour un dirigeant de ce pays d’Afrique de l’Ouest, reconnu pour son expertise sécuritaire et qui demeure aujourd’hui l’un des derniers partenaires de Paris au Sahel.

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Drapeaux de la france et de la mauritanie
Drapeaux de la France et de la Mauritanie
Esfera/Shutterstock.com
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Il est considéré comme un allié "fiable" dans une région où la France a connu ces dernières années d’importants revers. Le président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani a entamé mercredi 15 avril une visite d’État en France, la première réservée à ce pays sahélien à la diplomatie très discrète depuis des décennies, qui compte parmi les derniers partenaires de la France au Sahel, depuis la rupture des relations avec les régimes militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

Accueilli mardi soir à son arrivée par le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, le président mauritanien a assisté mercredi 15 avril à la traditionnelle cérémonie aux Invalides à 16 h 30 avant une rencontre bilatérale à l’Élysée, suivie du dîner officiel. Au deuxième jour de cette visite, dédiée au renforcement des partenariats économiques et sécuritaires, un déplacement est prévu à Brest sur le thème de la protection maritime et de la question migratoire.

Un pays sahélien épargné par le terrorisme

Vaste pays majoritairement désertique de 5,2 millions d’habitants situé aux confins de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb, la Mauritanie est souvent citée en exemple en matière sécuritaire. Cet État sahélien n’a pas connu d’attaque terroriste sur son sol depuis 2011. Une situation qui tranche avec celle du voisin malien mais aussi du Burkina Faso et du Niger, confrontés à une escalade de violences liée à la progression des groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et au groupe État islamique.

"Contrairement à certains pays comme le Mali qui comptaient beaucoup sur la France, la Mauritanie a conservé pleinement la main sur la gestion sécuritaire, tout en collaborant avec Paris", explique Alain Antil, chercheur et directeur du Centre Afrique subsaharienne de l'Institut français des relations internationales (Ifri).

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Matériel militaire, immigration et économie

Autre singularité : la Mauritanie est également l’une des rares ex-colonies françaises à n’avoir jamais abrité de base militaire française – au même titre que la Guinée, Madagascar ou les Comores. Elle entretient néanmoins depuis de nombreuses années une coopération technique étroite avec Paris, axée sur la formation, le renseignement et l’équipement, qui figurera au menu des discussions lors de cette visite d’État.

Parmi les questions abordées : l'insécurité au Sahel, notamment la détérioration de la situation du côté malien de la frontière, liée à la progression du Jnim (Jama’at Nusrat al‑Islam wal‑Muslimin, ou Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) dans l’ouest du pays.

Une menace pour la Mauritanie, qui a provoqué une crise migratoire massive sur son sol – le pays abrite quelque 300 000 réfugiés selon le HCR – ainsi que de récentes frictions avec l’armée malienne, accusée d’avoir commis des exactions contre ses ressortissants lors de patrouilles à la frontière.

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Nouakchott cherche également à renforcer les moyens de surveillance de ses eaux territoriales contre les nombreuses intrusions de bateaux étrangers pillant ses ressources halieutiques. Un problème majeur pour la Mauritanie, où la pêche est essentielle pour la sécurité alimentaire et l’économie (environ 10 % du PIB et jusqu’à 50 % des exportations). Ce sujet sera à l’ordre du jour jeudi lors du déplacement à Brest avec la ministre déléguée chargée de la Mer, Catherine Chabaud.

Un déplacement durant lequel sera également évoqué le partenariat migratoire liant le pays avec la France et plus globalement l’Europe, avec qui il a signé plusieurs accords ces dernières années pour limiter les départs depuis ses côtes et renforcer la lutte contre les réseaux de passeurs. Une question sensible, qui vaut à Nouakchott des critiques d'ONG pour son traitement des migrants.

Enfin, la visite de Mohamed Ould Ghazouani comporte un volet économique. La France s’intéresse notamment aux ressources gazières offshore, exploitées depuis 2024 par le pays, conjointement avec le Sénégal, et qui permettent à Nouakchott d’exporter du GNL. 

"Avec le conflit entre l’Iran et les États-Unis, il y a actuellement une réflexion sur la dépendance au gaz venu de cette région et le renforcement des alternatives en Afrique", souligne Alain Antil.

Une visite "gagnant-gagnant" ?

Mohamed Ould Ghazouani participera vendredi à une réunion avec le Medef international afin d'"explorer les opportunités" économiques entre les deux pays. Si la France a accru ces dernières années ses exportations vers la Mauritanie (céréales, produits pharmaceutiques, biens industriels), l'essentiel des investissements est surtout lié à l'aide au développement, dont la France est le premier fournisseur.

L'Élysée, de son côté, affiche la volonté d'amplifier "une dynamique favorable", rappelant que des entreprises françaises sont déjà  presentes en Mauritanie dans divers domaines comme les énergies renouvelables, les infrastructures ou bien encore l'assainissement.

Mais pour l'heure, le partenariat commercial demeure modeste – 323 millions d’euros en 2023 –, très loin derrière ceux avec d'autres partenaires régionaux comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire (respectivement 1,1 et 2,4 milliards d'euros).

Dans ce contexte, la visite de Mohamed Ould Ghazouani, accueilli au plus haut niveau de la hiérarchie protocolaire, peut surprendre. Outre la bonne relation entre les deux présidents, le chef de l'État mauritanien a toujours plutôt défendu l’action de la France au Sahel. Dans un entretien en 2023 au Figaro, il qualifiait ainsi le retrait militaire français du Niger, exigé par le nouveau régime putschiste, de "nécessaire", sans le qualifier d’échec. Il expliquait alors l’animosité grandissante envers la France par des "malentendus de parcours" entre "amis de longue date", amplifiés par la propagande des réseaux sociaux. Un narratif à rebours de celui des membres de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger), qui ont accusé la France à plusieurs reprises de financer les groupes terroristes.

Pour Alain Antil, cette visite permet de mettre en avant un "modèle de relation apaisée entre la France et l’une de ses anciennes colonies". "Une relation plus symétrique, où des désaccords peuvent s’exprimer sans qu’un côté ou l’autre n’en prenne forcément ombrage."

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Alain Antil

Alain ANTIL

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Directeur du Centre Afrique subsaharienne de l'Ifri

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