Iran : comment Téhéran défie l’armée américaine grâce aux satellites chinois
Hors des drones et des moyens balistiques qui ont touché des cibles américaines en Jordanie, entraînant la mort de deux soldats, Washington prend conscience de la capacité spatiale iranienne, essentiellement fournie par des prestataires chinois.
Les représailles ont été aussi massives que la sidération a été grande, après l’attaque iranienne menée vendredi 17 juillet en Jordanie contre la base aérienne Muwaffaq Salti (nord), connue pour héberger un contingent important de forces américaines. À l’attaque combinée de missiles balistiques et de drones explosifs – un coup très dur ayant entraîné la mort de deux soldats – l’armée américaine a opposé, dimanche, un déluge de feu sur Sirik, ville portuaire donnant sur le détroit d’Ormuz.
Mais Téhéran a montré toute sa ressource, ciblant cette fois les bases américaines du Koweït. Dimanche, une usine de production d’eau et d’électricité était en feu, ont reconnu les autorités du pays.
« Constater l’efficacité des frappes iraniennes »
Le New York Times titrait le même jour sur la prise de conscience de la « vulnérabilité » américaine. Le quotidien, source militaire à l’appui, voit dans l’attaque « le signe que les forces iraniennes ont non seulement encore de nombreux stocks de missiles, mais sont également devenues plus habiles à échapper aux systèmes de défense aérienne américains ». Téhéran se montre aussi capable de frappes chirurgicales : vendredi, l’armée iranienne a aussi visé des réservoirs de carburant sur la base américaine d’Azraq, également en Jordanie, de même que des hangars abritant des avions.
« Le conflit au Moyen-Orient a permis de constater l’efficacité des frappes iraniennes en termes de ciblage et de précision. Ce constat interpelle sur les moyens que le Corps des gardiens de la révolution (CGRI) a exploités pour y parvenir », souligne ainsi Florence Duveiller, officier du corps de l’armement, dans une note de recherche du Centre des études de sécurité (CES) de l’Institut français des relations internationales (Ifri) publiée le 15 juillet, intitulée « Vers un renseignement spatial accessible à tous ? Le cas des frappes iraniennes du printemps 2026 ». Les forces iraniennes, en effet, ne disposaient jusque-là que d’une imagerie satellite dont la résolution, de l’ordre de plusieurs mètres, ne pouvait pas prétendre à une telle performance, réalisable qu’avec une résolution de moins d’un mètre.
La polytechnicienne pointe du doigt les technologies chinoises. D’une part, à en croire une information dévoilée dans le Financial Times, l’Iran aurait fait l’acquisition en 2024 (pour 37 millions de dollars, soit 32,3 millions d’euros) d’un satellite civil chinois, TEE-01B, d’une résolution de 50 cm, détourné pour un usage militaire. Son centre de contrôle positionné en Chine le rend quasi inattaquable. D’autre part, le Corps des gardiens de la révolution a recours aux services d’une société commerciale chinoise, MizarVision. Cette dernière propose à ses clients des données compilées par l’intelligence artificielle.
Des accès « difficilement contrôlables »
« Les images publiées ainsi que les analyses en quasi-temps réel qui les accompagnent sont d’une qualité et d’une précision surprenantes, poursuit Florence Duveiller, le décompte et le mouvement des aéronefs, la position des hangars, des dépôts de carburant, des batteries de missiles, des sites radar ou des concentrations de troupes sont déterminés automatiquement. » Pékin a démenti toute implication dans la fourniture de ce service, mettant en avant des images spatiales non classifiées, issues de « sources ouvertes » ou de sources commerciales.
D’autres sociétés non chinoises, comme Airbus, ont, elles, été soupçonnées par des responsables américains de fournir à MizarVision des images susceptibles de soutenir militairement l’Iran. Ce que l’entreprise aérospatiale européenne a fermement rejeté, rappelant qu’elle se conformait en tout point au contrôle des exportations, et aux régimes de sanctions. « La prolifération d’acteurs, publics comme privés, occidentaux ou non, capables de produire ou de redistribuer des données d’imagerie rend leur accès difficilement contrôlable », admet la chercheuse. C’est ainsi que l’Iran a pu gagner en force de frappe, à l’insu de la première armée du monde.
Lire l'article sur le site de La Croix.
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