La Turquie demande d’intégrer les structures européennes de défense, malgré les réticences de l’UE
À une semaine du sommet de l’Otan qui aura lieu à Ankara les 7 et 8 juillet, le président turc Recep Tayyip Erdogan demande à ses alliés européens la levée des restrictions sur l'industrie de défense turque et une intégration institutionnelle dans l'architecture européenne de défense. Il s’agit d’une requête récurrente de la Turquie ces dernières années, mais elle se heurte à la réticence de ses alliés.
Recep Tayyip Erdogan profite d’accueillir bientôt le sommet de l’Otan pour rappeler à ses partenaires européens ses attentes et ses insatisfactions. Il demande non seulement la levée des restrictions qu’imposent encore certains États à l’industrie de défense turque, mais aussi l’intégration de son pays aux structures de défense européennes.
Ankara cible notamment le programme SAFE, un instrument qui vise à renforcer les défenses de l’Europe en finançant des achats communs. La Turquie en est exclue, en raison des réticences de certains États membres comme la France et l’Allemagne, et parce que l’Union européenne conditionne l’inclusion d’un pays tiers dans ce programme à son alignement sur sa politique étrangère et de sécurité. Dans le cas turc, cet alignement était estimé à 4 % en 2025, un niveau historiquement bas.
La Turquie fait valoir ses arguments : son armée (la deuxième de l’Otan), son industrie de défense en plein essor, sa position stratégique entre Europe, Russie, Caucase et Moyen-Orient, ou encore sa capacité de dialogue avec des acteurs opposés tels que la Russie et l’Ukraine.
L'Europe peine à parler d'une seule voix sur la Turquie
La Turquie entretient déjà des coopérations avec plusieurs pays de l'Union européenne dans le domaine de l'armement, souligne Dorothée Schmidt, spécialiste de la Turquie à l'Institut français des relations internationales (Ifri), jointe par Daniel Vallot pour RFI.
« L'Espagne et l'Italie exportent beaucoup en Turquie. Les Turcs ont acheté plusieurs entreprises de défense italiennes récemment, dont Piaggio Aerospace », rappelle-t-elle. Selon la chercheuse, cette acquisition constituait aussi « une dépense un peu de prestige » destinée à montrer que la Turquie voulait « vraiment mettre un pied dans la défense européenne ».
Mais ces relations bilatérales ne se traduisent pas par une position commune des Européens.
« Du point de vue collectif, on a du mal à se mettre d'accord sur une attitude commune à tenir vis-à-vis de la Turquie », observe Dorothée Schmidt. Pour elle, Ankara continue de susciter « la méfiance d'un certain nombre de pays », qui la jugent « ambiguë sur des dossiers touchant à la sécurité européenne ».
La spécialiste cite également « le conflit gréco-turc » et « le conflit de Chypre », qui « empoisonnent les relations entre l'Union européenne et la Turquie ».
Elle rappelle enfin que la France, qui a récemment renouvelé son accord de défense avec Athènes, avec des clauses de défense mutuelle et d'importantes ventes d'armement à la Grèce, « s'est ralliée à la Grèce et à Chypre pour bloquer l'avancée des coopérations en matière de défense avec la Turquie ».
Faute de consensus entre les États membres, Ankara se contente pour l’instant de coopérations bilatérales avec certains États, comme l’Espagne ou l’Italie.
Lire l'article sur le site de RFI.
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