L'accord de défense entre l'Union européenne et l'Inde, une première étape pour éloigner New Delhi de Moscou
L'Inde et l'Union européenne ont signé mardi un accord de défense et de sécurité. Face aux Etats-Unis et à la Chine, les Européens veulent rallier l'Inde à une « troisième voie » et parient sur ce partenariat pour éloigner New Delhi de Moscou.
L'Union européenne a annoncé, ce mardi, la signature d'un accord de défense et de sécurité avec l'Inde. Selon Bruxelles, le partenariat, qui vient doubler un accord commercial ambitieux, vise à approfondir la coopération dans la sécurité maritime, l'espace, la non-prolifération, la lutte antiterroriste. Il s'agit aussi de renforcer la collaboration industrielle dans la défense. En Asie, l'UE n'a signé de tels accords qu'avec le Japon et la Corée du Sud.
Ce rapprochement avec l'Inde est une réponse aux désordres créés par la domination américaine et chinoise. L'Inde fait partie des pays que l'Europe espère rallier à une « troisième voie » plus respectueuse du multilatéralisme et du droit international. L'Inde, comme l'UE, est menacée par les droits de douane américains. Et New Delhi, comme Bruxelles, veut assurer son autonomie stratégique vis-à-vis de Pékin.
« L'Europe cherche à se positionner comme une alternative à la Russie »
Avec ce nouveau partenariat, dont les contours restent à préciser, l'Europe espère éloigner Delhi de Moscou. « L'Europe cherche à se positionner comme une alternative à la Russie pour la coopération industrielle en matière de défense avec l'Inde, qui cherche à diversifier ses sources d'armement », estime Sylvia Malinbaum, chercheuse à l'Institut français des relations internationales (Ifri).
En surface, les relations entre l'Inde et la Russie semblent ne pas avoir changé. Delhi, qui dépend de Moscou pour un grand nombre d'équipements militaires, n'a jamais condamné l'invasion russe de l'Ukraine. Après le début de la guerre, l'Inde s'est mise à importer massivement du pétrole russe.
En septembre 2025, l'armée indienne a participé aux exercices militaires « Zapad », organisés par la Russie et la Biélorussie, ce qui avait jeté un froid dans certaines capitales de l'Europe de l'Est, notamment Varsovie. Le Premier ministre Narendra Modi, lui, continue d'inviter Vladimir Poutine, reçu en majesté dans la capitale indienne en décembre dernier.
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Pétrole et armement en recul
Pour ce qui est du pétrole, c'est Trump qui a fait le « sale boulot ». L'Inde a commencé à réduire ses achats de brut venu de Russie après les sanctions imposées par Washington à Lukoil et Rosneft. Un caillou en moins dans la chaussure des Européens.
« En imposant des sanctions à l'Inde pour ses importations de pétrole russe, Trump a endossé le mauvais rôle. Cette fermeté américaine a, en creux, servi les Européens, qui ont pu se présenter comme des partenaires plus conciliants », analyse Sylvia Malinbaum.
Dans la défense aussi, l'Inde a réduit sa dépendance à Moscou. La part des équipements russes dans les importations indiennes est passée de 72 % en 2010-2014 à 36 % en 2020-2024, selon les données de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Les parts de marché perdues par Moscou ont été récupérées par les Etats-Unis… et par la France, qui représente désormais 33 % des importations indiennes.
Possibles fuites vers la Russie
D'autres pays européens pourraient eux aussi commencer à vendre à l'Inde. C'est l'ambition de l'accord passé aujourd'hui entre Delhi et Bruxelles. L'UE pourrait agir comme un porte-voix pour les petits pays de la zone voulant exporter vers l'Inde mais qui n'ont pas les moyens de traiter directement avec Delhi.
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Pour autant, des interrogations demeurent autour de cet accord de défense. Notamment sur le transfert des technologies les plus sensibles. Comment s'assurer que celles-ci ne finiront pas entre les mains de Moscou ?
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« Les risques de fuites technologiques représentent un enjeu réel, susceptible de freiner concrètement nos ambitions de rapprochement », appuie Sylvia Malinbaum.
> Lire l'article sur le site des Echos.
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