L'armement, nouveau terrain d'affrontement entre la France et l'Allemagne
L'inquiétude monte à Paris face à la volonté de « leadership » sur l'Europe de la défense de l'Allemagne, forte d'un budget deux fois supérieur. Illusion ou réalité ? L'incompréhension se répand en tout cas des deux côtés du Rhin.
C'était en février, avant que ne soient enterrés le SCAF, le projet de chasseur de combat franco-allemand, puis le char du futur tout récemment (MGCS). La leçon de Johann Wadephul, ministre allemand des Affaires étrangères, est assez mal passée à Paris : les efforts de la République française sont « insuffisants » pour asseoir sa souveraineté. Conseil du maître à l'élève : la France doit « faire ce que nous faisons ici en Allemagne », mener « des discussions difficiles y compris dans le secteur social et prendre des mesures d'austérité ».
Sept mois plus tard, Boris Pistorius, son homologue aux Armées, défend un budget record de 140 milliards d'euros. A Paris, c'est difficilement moitié moins. La pilule est amère au pays de l'étendard de l'autonomie stratégique, qui craint maintenant de perdre son « leadership » européen dans la défense.
A Berlin, le rôle de première puissance économique européenne, à Paris celui des armes éprouvées au combat. Tel était l'équilibre
tacite du duo franco-allemand dans sa projection à l'international. Du moins pensait-on en France.
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Une France « jamais désintéressée »
Berlin en profiterait pour exporter des armes made in Germany ? « D'Allemagne, on considère que la France n'est jamais désintéressée quand le politique parle, compte tenu de sa proximité avec ses maîtres d'oeuvre », répond Ulrike Franke, politologue à l'ECFR.
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Mais pour des observateurs, le centre de gravité a déjà basculé. « Rheinmetall réussit à vendre sur tout le continent quand la France n'est pas parvenue à exporter le char Leclerc. Dans l'aérien, la France n'est pas très européenne. Sur les drones, les Allemands sont plus à la pointe », égrène Paul Maurice, chercheur à l'Ifri.
Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri
- Article publié dans Les Echos (réservé aux abonnés).
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