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Le Groenland sous pavillon américain ? « On ne peut rien exclure », un expert décrypte les intentions de Trump

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interviewé par Jefferson DESPORT dans

  Sud Ouest 

 

 
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Le vice-amiral d’escadre Jean-Louis Lozier, ancien commandant de sous-marin, décrypte les tensions autour du Groenland et les velléités de Donald Trump de s’en emparer. Entretien. 

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Drapeaux américains et groenlandais au-dessus du ciel bleu
Drapeaux américains et groenlandais
Tomas Ragina/Shutterstock.com
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Donald Trump veut prendre possession du Groenland. De quels moyens les États-Unis disposent-ils dans la région ?

Ils sont clairement implantés en Arctique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que le Danemark était occupé par les nazis, le Groenland a même été pleinement aux mains des États-Unis. Ils craignaient qu’il tombe aussi aux mains des Allemands. Pendant la guerre froide, le Groenland, comme le nord du Canada et l’Alaska, offrait aussi une situation stratégique par rapport aux missiles balistiques soviétiques. C’est ce qui explique que les Américains ont construit dans cette région des chaînes de radars. Au Groenland, les États-Unis disposent aussi de la base de Pituffik, le nouveau nom du site de Thulé, construit secrètement en 1951… Cette base est idéalement située pour surveiller les activités balistiques de la Russie, elle dispose aussi de moyens de contrôle des satellites en orbite basse et polaire. C’est un atout.

Comment les États-Unis pourraient-ils prendre possession du Groenland ?

Je ne suis pas convaincu qu’ils se lancent dans une opération militaire, même si avec Donald Trump on ne peut rien exclure. Mais, à la lueur des moyens qu’ils ont déjà sur place, il est difficile de comprendre les velléités du président américain. À défaut d’une opération militaire, il pourrait exercer des pressions politiques et économiques sur le Danemark pour valider ses options. Mais, je le rappelle, le Groenland est aussi un territoire autonome.

L’intérêt des États-Unis n’a pas toujours été aussi net pour le Groenland. Or, là, il est au cœur de leur agenda…

Après la fin de la guerre froide, il y a eu un désintérêt des Américains pour le Groenland. Ils ont eu d’autres priorités: l’Irak et la guerre contre le terrorisme. Mais dès son premier mandat, Donald Trump a remis l’Arctique au cœur des préoccupations américaines. Et depuis 2022 et l’agression russe en Ukraine, l’Arctique est redevenu une zone de tensions entre l’Ouest et l’Est.

Pourquoi ce regain d’intérêt ?

Les Américains craignent que le Groenland passe un jour entre d’autres mains, en l’occurrence russes ou chinoises. Il y a une quinzaine d’années, des compagnies chinoises ont été très actives dans la zone pour faire des recherches minières. Le gouvernement danois a réussi à freiner ces initiatives mais, comme les États-Unis l’ont écrit dans leur revue de sécurité nationale stratégique, la priorité est désormais la sécurité du continent américain –c’est une rupture avec ces dernières années. Ils viennent d’intervenir au Venezuela, ils ciblent maintenant le Groenland. C’est ce qu’on appelle la doctrine « Donroe » [la doctrine édictée par le président James Monroe dans les années 1820, adaptée par Donald Trump, NDLR].

Si l’on prend une carte, le fait que les États-Unis veuillent sécuriser le Groenland peut s’entendre. Sous cet angle, cela pourrait expliquer l’ambiguïté de Trump à l’égard de l’offensive de Poutine en Ukraine.

Comme pour le Venezuela, le Groenland pourrait-il être une source de profits pour Washington ?

Les ressources naturelles font partie du dossier. Il y a des affairistes autour de Donald Trump. Mais l’exploitation de minerais ou de terres rares au Groenland serait très compliquée en raison des températures extrêmes. Je ne suis pas convaincu que cela soit rentable à un horizon de dix-quinze ans. Mais dans une perspective de cent ans, pourquoi pas… Une intervention américaine contre le Danemark, un pays allié et membre de l’Otan, serait vertigineuse… En effet, ce serait vertigineux, mais comme un certain nombre de propos de l’administration Trump. N’oublions pas que le vice-président américain J.D. Vance a estimé que les armes nucléaires françaises et britanniques constituaient une menace car elles pourraient tomber entre de mauvaises mains…

Dans l’étude que vous avez publiée en 2022, vous écriviez que l’Arctique apparaissait comme l’un des derniers espaces de coopération pacifique au monde…

Cette exception arctique, née à la fin de la guerre froide à l’initiative de Mikhaïl Gorbatchev qui voulait en faire un espace de paix, a pris fin. Les préoccupations stratégiques ont repris le dessus. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le Conseil de l’Arctique ne s’est plus réuni en format plénier.

La Russie est la nation dominante en Arctique. Comment cela se traduit-il ?

Là encore, il faut regarder les cartes. Qui a le plus de côtes dans la zone Arctique? La Russie. Elle a encore de nombreuses bases au nord du cercle arctique, depuis Nagourskoïé, dans l’archipel François-Joseph [situé à 1350km au nord de Mourmansk], jusqu’à Anadyr, dans l’Extrême-Orient sibérien.

[...]


Le vice-amiral d’escadre Jean-Louis Lozier, ancien commandant de sous-marin, décrypte les tensions autour du territoire dont Donald Trump veut s’emparer. Jean-Louis Lozier, 39 ans sous les mers « Les Américains craignent que le Groenland passe un jour entre d’autres mains, en l’occurrence russes ou chinoises ». Conseiller du centre des études de sécurité de l’Ifri, l’Institut français des relations internationales, le vice-amiral d’escadre Jean-Louis Lozier a servi pendant trente-neuf ans au sein de la marine nationale. Il a notamment commandé un sous-marin nucléaire d’attaque et deux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Il a publié en 2022 une étude sur les enjeux stratégiques du Groenland.


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Jefferson Desport

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Jean-Louis LOZIER

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Conseiller, Centre des études de sécurité de l'Ifri

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