Macron / Merz, seuls à pouvoir encore sauver l’Europe ?
À la veille du conseil des ministres franco-allemand à Toulon, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont affirmé leur ambition de porter une transformation profonde de l’Union européenne. Entre compétitivité, union des marchés de capitaux et innovations technologiques, la France et l’Allemagne entendent répondre à l’appel de Mario Draghi, tout en composant avec leurs propres fragilités politiques.

Atlantico : Emmanuel Macron a reçu ce jeudi 28 août le chancelier allemand Friedrich Merz au fort de Brégançon avant un conseil des ministres franco-allemand à Toulon prévu ce vendredi 29 août. Mario Draghi, l’ancien président de la Banque centrale européenne, qui s’est exprimé la semaine dernière à Rimini, a exhorté l’Union européenne à se transformer en profondeur si elle veut survivre. Emmanuel Macron et Friedrich Merz peuvent-ils porter un tel projet et mettre en œuvre cette transformation de l’UE ?
Paul Maurice : Si la France et l'Allemagne ne portent pas ces projets de transformation, qui le fera ? Pour transformer l’Union européenne en profondeur, il faut une puissance politique, un poids démographique et un poids économique. Actuellement, malgré la volonté de Giorgia Meloni, seules la France et l'Allemagne d’Emmanuel Macron et de Friedrich Merz disposent encore de cette capacité. Cela changera peut-être à l'avenir, mais pour le moment, c’est encore le cas.
La France et l’Allemagne disposent d’une capacité théorique. Maintenant, peuvent-ils effectivement agir ? C’est ce que promeut le Conseil des ministres franco-allemand organisé ce vendredi, avec le renouveau de la compétitivité européenne, de véritables projets, un agenda de réformes, des investissements, et la question de l'Union des marchés de capitaux. Il existe donc une volonté réelle d’agir et de transformer l’UE.
Reste à savoir si le président français et le chancelier allemand pourront mener à bien leurs projets au vu de leur situation politique intérieure ? En Allemagne, il existe des difficultés sur le plan politique, comme en France.
Friedrich Merz dispose d’un agenda de réformes, mais celui-ci sera compliqué à mettre en œuvre, étant donné les réticences de son partenaire de coalition social-démocrate.
Il y a néanmoins une volonté réelle d’agir de la part d’Emmanuel Macron et de Friedrich Merz. Le dynamisme existe mais des contraintes importantes subsistent.
La nécessité d’opérer cette transformation est aussi bien réelle, comme le disait Mario Draghi, notamment au regard de la relation transatlantique et de ses évolutions récentes.
En quoi est-il prometteur de voir le couple franco-allemand à nouveau mobilisé pour l’avenir de l’UE ? Quels pourraient être les grands chantiers sur lesquels la France et l’Allemagne pourraient agir concrètement dans le cadre de cette transformation vitale pour la survie de l’UE ?
Paul Maurice : L’union des marchés de capitaux est une mesure essentielle. Il ne s’agit pas seulement d’une appellation mais de la question de l’investissement, et donc de l’innovation qui en découle en Europe. L’UE possède une capacité d’innovation, qui passe par l’investissement. Il s’agit d’un point clé, notamment sur les technologies et les industries d’avenir, comme les technologies quantiques et l’intelligence artificielle, qui sont liées aux défis énergétiques, car il s’agit d’un enjeu majeur sur lequel la Chine se positionne activement.
Ces sujets, ainsi que ceux liés aux futurs accords commerciaux, seront centraux après les difficultés rencontrées avec l’accord du Mercosur.
D'autres accords seront nécessaires, notamment en raison d’une insatisfaction générale vis-à-vis de l’accord avec les États-Unis face aux tarifs douaniers, et des aléas dans la relation commerciale transatlantique.
Cela exigera une harmonisation des critères entre les États européens en matière d’agendas commerciaux, y compris sur le plan fiscal. Ce sont des éléments déjà à l’agenda des discussions. Reste à savoir si, et surtout quand, ils seront mis en œuvre. Aujourd’hui, il semble que le temps presse.
Alors que Donald Trump agit sur de nombreux dossiers, le couple franco-allemand peut-il envoyer un signal fort à l'Europe ? Des chantiers pourraient-ils être mis en œuvre dans les mois et les années à venir, afin de revitaliser l'Union européenne, comme le souhaitait Mario Draghi, grâce à l’impulsion du couple franco-allemand ?
Paul Maurice : Il existe une attente de la part des États membres. De manière générale, les pays de l’UE et les citoyens européens attendent de véritables décisions, notamment sur les questions industrielles, de défense, cela est particulièrement véridique pour la plupart des pays d'Europe centrale et orientale, mais aussi sur les réformes fiscales, qui concernent des pays comme l'Italie ou l'Espagne.
Il y a également au sein de l’UE une attente de coordination sur les questions de politique étrangère, d’élargissement, de réforme institutionnelle.
La France et l'Allemagne peuvent-elles répondre à ces attentes ? La situation est difficile pour tous les États. Mais si la France et l'Allemagne ne peuvent pas agir, alors l'Union européenne sera dans une position complexe.
Les visions françaises et allemandes de l’Union européenne et de son avenir sont parfois divergentes. Quelles convergences ou compromis peuvent-être approuvés autour d’une transformation de l’Union européenne sous l’impulsion de la France et de l’Allemagne ?
Paul Maurice : Il existe une convergence sur la notion de compétitivité européenne, du moins sur le constat. Il y a également un accord sur la nécessité d’investissements en Europe. Ce sont deux points fondamentaux sur lesquels les deux pays semblent s’entendre.
Il reste à définir les modalités d’application. Ce sont des sujets très techniques, qui ne suscitent pas toujours l’enthousiasme des populations - ce ne sont pas des projets spectaculaires comme une grande « République européenne » -, mais ce sont précisément ces éléments qui vont déterminer l’avenir de l’Union européenne.
La force de l’UE aujourd’hui réside dans sa puissance économique, dans sa capacité à innover et à attirer des talents, des capitaux ou des investisseurs. Mais si elle se fait distancer par la Chine et les États-Unis, l’UE perdra de son attractivité.
Pensez-vous que Emmanuel Macron et Friedrich Merz disposent du potentiel politique pour porter un projet aussi ambitieux de transformation européenne, en matière de gouvernance économique, d’élargissement, de politique de défense ou de souveraineté technologique ?
Paul Maurice : Il est difficile de se projeter car, d’un côté, le chancelier allemand entre à peine en fonction, et de l’autre, le président français est en fin de second mandat. La chronologie n’est donc pas la même, mais peut-être que dans le laps de temps restant, cela peut fonctionner.
La situation politique en France, l’instabilité actuelle, ainsi que les difficultés budgétaires affaiblissent la position du pays. Même si Emmanuel Macron n’est pas directement affecté, cela fragilise la crédibilité de la France.
Le potentiel pour transformer l’UE, la capacité et la volonté d’agir animent le couple franco-allemand.
Un aspect fondamental est le fait que les deux dirigeants se comprennent. Ils peuvent se parler franchement. Lorsqu’une relation est franche, voire amicale, il est possible d’exprimer les choses plus librement que lorsqu’il n’existe aucune affinité. Cela peut aussi faciliter les avancées.
En revanche, si des ministres devaient changer dans une dizaine de jours en France, cela poserait aussi des problèmes au niveau de la coordination ministérielle.
[...]
- Lire l'interview complète pour Atlantico (en ligne).
Média

Format
Partager