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Marc Hecker, directeur de l’Ifri : "En matière de politique étrangère, le RN va rarement plus loin que des positions de principe"

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interviewé par Charles Haquet pour

  L'Express 

 
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Pour comprendre les positions internationales du parti d'extrême droite, Marc Hecker, de l'Ifri, a épluché deux ans de débats parlementaires. Éclairant.

Quelle sera la politique étrangère du Rassemblement national s’il arrive au pouvoir ? Pour le savoir, inutile de vous rendre sur leur site : aucun des 16 "livrets thématiques" que l’on y trouve [famille, contrôle de l’immigration, sécurité…] n’est consacré à sa vision internationale ! Seul indice, la Déclaration du droit des peuples et des nations, présentée par Marine le Pen en 2023, qui aborde les concepts de souveraineté, de sécurité et de primauté du droit national sur le droit européen.

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Marc Hecker, Ifri
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Pour en savoir plus, Marc Hecker, directeur exécutif de l’Institut français des relations internationales, a épluché les débats de trois commissions parlementaires de l'Assemblée nationale ("Affaires étrangères", "Affaires européennes" et "Défense nationale"), soit plus de 300 documents produits entre juin 2024 et l’été 2026. Des sources d’information, dit-il, "trop peu exploitées", qu’il a ensuite recoupé avec des entretiens avec un député RN et un haut cadre du parti. À la fin, une radiographie inédite sur la façon dont un gouvernement RN mènerait sa politique étrangère. Entretien.

L'Express : Votre étude met en évidence ce qui semble être, pour le RN, une obsession : la perte de souveraineté.

Marc Hecker : Le RN dresse le constat d'un déclin de la France, et notamment d'une perte de souveraineté, qu’il aborde de plusieurs manières. D’abord, la question des frontières. Pour le RN, la souveraineté n'a de sens que si elle est adossée à un peuple. Elle ne peut donc être que nationale. A contrario, la "souveraineté européenne" n'a pas de sens pour les députés RN, car il n’y a pas un peuple européen, mais des peuples européens. En outre, ils décrivent les frontières extérieures de l’Union Européenne comme très poreuses. Et l'Union européenne, qui aurait dû assurer la sécurité extérieure, n'a pas joué ce rôle. Pour le RN, l'Etat français doit donc reprendre la main et remettre en cause l'accord de Schengen. Mais sur ce sujet comme sur d’autres, le RN rentre peu dans les détails. On aimerait leur demander : "Concrètement, ça veut dire quoi ? Comment vous feriez ça ? Qu'est-ce que vous voulez réformer exactement ?"

De façon générale, les députés RN s’expriment peu sur les grandes questions internationales…

Les affaires internationales constituent un domaine réservé de la "présidence", c’est-à-dire Marine Le Pen, présidente du groupe à l'Assemblée nationale, et Jordan Bardella, président du parti. De façon générale, les parlementaires sont appelés à la retenue, sur le fond comme sur la forme. La stratégie consiste en effet à apparaître comme le "parti de l’ordre" face à LFI, le "parti du chaos". Sur certains sujets sensibles, comme la place de la France dans l'Otan, les députés ne s'expriment pas sans l’aval de la présidence. C’est Marine Le Pen qui a précisé la position du parti sur ce sujet : le RN sortirait du commandement militaire intégré de l'Otan – mais pas tant qu'il y aura la guerre en Ukraine. Par ailleurs, elle souhaite que l'Otan se réoriente sur la lutte contre l'islamisme, ce qui changerait la nature de l'organisation.

Sans surprise, l’immigration est perçue comme le symptôme de la perte de souveraineté hexagonale.

Le RN emploie des termes forts, comme la "submersion migratoire", pour décrire cette immigration qu’il perçoit comme incontrôlée. Là aussi, il s'en prend à l’UE, et en particulier aux dysfonctionnements de Frontex, dont l'ancien patron, Fabrice Leggeri, est devenu député européen du RN en 2024. Un député RN s'est opposé aux crédits donnés aux associations d'aide à l'intégration, qui enseignent la langue et la culture française aux immigrés. Un autre a demandé la suppression de l'Office français de l’immigration et de l’intégration. Ce parlementaire explique qu'en finançant l'OFFI, on finance le déclin de la France. Le RN a, aussi, ses sujets de prédilection, comme le faible taux d’exécution des OQTF - symbole, selon lui, de l'impuissance et de l’impéritie de l'État. Le parti, qui dénonce le « diktat d’Alger », explique qu’il ferait beaucoup mieux, en utilisant notamment le levier des visas. De fait, le RN veut revenir sur l'accord bilatéral franco-algérien de 1968 sur les questions d'accueil et de séjour des ressortissants algériens et leurs familles. Mais là encore, on a envie de leur demander : "En pratique, comment feriez-vous ? Si vous bloquez les visas, quelle réaction anticipez-vous de l'Algérie ? Jusqu'où irait le rapport de force ? Quels scénarios peut-on envisager ?" Il n'est pas sûr qu'en limitant les visas, l'Algérie accepte de récupérer les personnes sous OQTF. Se pose donc la question de l’écart entre la position de principe et la réalité. Sur ce point, il n'y a pas beaucoup de réponses.

La relation avec les Etats-Unis est, dites-vous, ambiguë. Nous ne sommes plus en 2017, lorsque Marine le Pen essayait, en vain, de rencontrer Donald Trump à la Trump tower…

La relation avec l'administration Trump se caractérise par une forme de malaise. Le lendemain de la seconde élection de Donald Trump, fin 2024, les cadres du RN se réjouissent, car ils perçoivent des points communs avec l'aile MAGA du Parti républicain. Le RN cherche à défendre les travailleurs, à protéger le pouvoir d’achat, à lutter contre l'immigration irrégulière, à réduire l’influence du « wokisme », etc. Et il prône le retour des peuples. À l’époque, les parlementaires RN sont également enthousiastes par rapport aux déclarations de Donald Trump qui se positionne comme faiseur de paix en Ukraine et au Moyen-Orient. En revanche, ils émettent des réserves sur l'économie et la doctrine trumpienne de l’America First, pressentant des problèmes pour les entreprises françaises. Quelques semaines et mois plus tard, les annonces sur les droits de douane suscitent leurs critiques vis-à-vis de l’administration américaine mais, aussi, de l’UE. On le voit notamment lors de l’accord de Turnberry [signé en juillet 2025 entre Donald Trump et la cheffe de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ce texte fixe un droit de douane maximal de 15 % pour les produits européens exportés vers les Etats-Unis, NDLR]. Pour le RN, le fait que la France soit représentée par Ursula von der Leyen, au même titre que les 26 autres Etats membres, est inacceptable. Là encore, ils y voient une perte de souveraineté. Cela va même plus loin. Cet accord est perçu comme favorable à l'Allemagne, une de leurs bêtes noires, au détriment de la France. Le fait qu’Ursula von der Leyen soit allemande contribue à présenter la Commission européenne comme un vecteur de l’influence de Berlin.

Vis-à-vis de l’Ukraine, le RN, réputé pro-russe, a, dites-vous, une attitude ambivalente…

Le RN conçoit la souveraineté comme un principe de base des relations internationales. Les députés ont donc condamné l'agression russe de février 2022, qui était une violation flagrante de la souveraineté ukrainienne. Lors de la visite, à l’Assemblée nationale, en juin 2025, du président de la Rada, Ruslan Stefantchouk, une députée RN, Nadine Lechon, a d'aillleurs pris la parole et loué la résistance ukrainienne. Quand on entre dans le détail, toutefois, c'est du "oui mais" ! Le RN soutient l'Ukraine, mais il ne faut pas que l'aide soit financée par la France, même indirectement, via des programmes européens. Le soutien français ne doit pas non plus produire un risque d'escalade vis-à-vis de la Russie, et l'aide militaire ne doit pas affaiblir les stocks français de matériels, jugés trop bas. Là aussi, on a envie de les interroger : "Que reste-t-il, alors ?" Probablement pas grand-chose. Notons enfin que le RN ne s’oppose pas, en théorie, aux sanctions contre la Russie, mais il se prononce contre le renforcement des sanctions dans le secteur de l'énergie. Là encore, on aimerait savoir, concrètement, ce qu’il est prêt à sanctionner et l’effet que cela produirait.

Contrairement à Marine le Pen, Jordan Bardella a tenu des propos plus durs sur la Russie.

En 2025, il a en effet qualifié la Russie de "menace multidimensionnelle pour la France", mais, aussi, pour les "intérêts européens". Une nuance importante avec Marine le Pen, même s’il ne faut pas exagérer les divergences entre les deux dirigeants sur les sujets internationaux, selon les membres du RN que j’ai interrogés pour cette enquête.

Jusqu'à présent, le RN tenait plutôt une ligne pro-Israël. Du moins jusqu’à l’enquête de Mediapart, qui attribue des propos antisémites à Jordan Bardella, alors qu’il était jeune militant au Front national.

Le RN perçoit le Moyen-Orient à travers plusieurs grilles de lecture. D’abord, et c’est lié à l’actualité du blocage du détroit d’Ormuz, le coût de l'énergie. Pour le RN, le pouvoir d'achat, et notamment le prix à la pompe, est un sujet primordial. Ensuite, il voit le Moyen-Orient par le prisme de l'islamisme et du djihadisme - un héritage de la vague de terrorisme que le pays a connu il y a une décennie – et par l'immigration - là aussi, un héritage de la vague migratoire de 2015.

Le soutien à Israël est un marqueur fort, parce que le parti voit ce pays comme un héraut de la lutte contre l'islamisme, représenté par le Hamas, le Hezbollah et par l'Iran. Ce soutien à Israël fait aussi partie de la stratégie de dédiabolisation du RN. Et c'est là que la polémique sur les propos de Jordan Bardella - qu'il nie - est intéressante. Rappelons-nous que l’an dernier, Jordan Bardella est allé à Yad Vashem, il a visité le lieu des attaques du 7-Octobre et se présente comme un ami d'Israël, mais aussi comme un défenseur de la communauté juive en France, face à l'antisémitisme qui augmente et face à l’islamisme. Cette polémique est donc très gênante pour le RN, car elle va clairement à l'encontre de sa stratégie de normalisation.

[...]

>Lire le texte intégral de l'interview sur le site de L'Express

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Marc HECKER

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Directeur exécutif de l'Ifri, rédacteur en chef de Politique étrangère et chercheur au Centre des études de sécurité de l'Ifri

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